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Ce que disent les aïeux

On voyaofeait beaucoup au temps jadis, plus peut-être, mai^-^ûrement mieux qu'à présent. Les ouvriers, «compagnons du devoir )>, faisaient, à pied, « le tour de France » ; les marchands allaient par monts et par vaux, la balle sur le dos, et, malgré la terreur de l'embuscade qui les attendait trop souvent au coin d'un bois, la soif du gain étant la plus forte, rien ne les arrêtait ; les étudiants se transportaient de collèges en collèges et d'universités en universités, contents de peu et n'ayant, souvent, d'autre viatique et d'autre ressource que la mandoline en sautoir, comme «le Passant», de François Coppée. Quant aux soldats, enrôlés du « régiment qui passe », ils suivaient le drapeau dans les divers pays où l'on se battait.

C'est la chanson des « adventuriers de France » :

Tous compagnons adventuriers, Qui sommes partis de Lyon Pour aller sur la mer salée Y acquérir bruit et renom.

En Barbarie nous irons Contre les mauvais mécréants ; Mais, devant que nous retournions, Nous leur aurons donné mal an.

Bourguignons salés, Picards portant la pique, Bretons bretonnants, cadets de Normandie ou de Gascogne, ils se retrouvaient loin du foyer natal. Les Gascons faisaient le plus de bruit, ce qui ne les empêchait pas de faire beaucoup de besogne. Ils chantaient, eux aussi, du haut du gosier et du haut de la tête, en leur I liffreloffre :

Aventuriers, bons compagnons, Bendez vos arcs, gentils Gascons, Nobles, sautez sur les arçons, Armés, bouclés, propres et mignons, La lance au poing, hardis et prompts ;

Donnez dedans, Frappez dedans, Soyez hardis, Cadédis !

En joye mis; Chacun sa saison !

On se sentait vivre ; et ces vaillants fils, sans autres soucis, au son des fifres et des tambours, parcouraient tous les chemins de l'Europe et à peu près tous les chemins du monde. Quand la terre manquait, ils montaient sur les bateaux, et <r vogue la galère ! »

Les fameux mariniers de Dieppe ne le

cédaient à personne, pas même aux Marseillais :

Les mariniers de Dieppe, ils ont bien triomphé.

Ils portent les chausses doublées de taffetas, De sayon, de sayette, le pourpoint de damas ; Et puis, ils s'en iront dessus la mer jolie Contre les ennemis qui ont sur nous envie.

Terriens et mathurins, ils partaient au premier caprice de leur fantaisie, comme leurs ancêtres, les Gaulois, dont les historiens anciens ont raconté les randonnées à travers le monde.

Le vie française ne fut, pendant les années de jeunesse, qu'un long remuement... Aujourd'hui, plus vieux, nous sommes plus casaniers et les enfants de France ne quittent guère le toit paternel.

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