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LA RENAISSANCE POURQUOI AINSI NOMMÉE

On a donné le nom de Renaissance à l'époque qui a suivi immédiatement le moyen âge : non pas qu'il y ait une coupure absolue entre le passé qui s'évanouissait et les temps nouveaux qui apparaissaient : l'histoire, pas plus que la nature, ne procède par sauts et par bonds. Son développement est graduel.

Mais ce nom fut choisi parce que les premiers écrivains qui eurent à qualifier cette époque furent frappés de sa grâce, pareille à celle d'un printemps, et de son inspiration réchauffée au souffle des lettres antiques. Les semences qui avaient longtemps dormi dans la terre levèrent soudain; la civilisation éclata comme une floraison d'avril. Cette éclosion fut due, surtout, au développement général d'une vie plus libre et plus luxueuse amenant un magnifique élan de la pensée et des arts plastiques.

LES NOUVELLES Les nationalités européen-

1 eiiort des communautés étant plus puissant, plus persévérant, moins dispersé qu'au moyen âge, le champ est préparé pour des pensées plus hardies et des desseins plus prolongés : ce ne sont plus seulement des individus, des groupements particuliers, des villes ou des seigneuries qui agissent et produisent en commun, ce sont des peuples, des patries. La civilisation, par elle-même, avait une tendance à des ouvertures plus larges sur

le monde et sur l'avenir; l'étude renouvelée des traditions antiques affirme ce caractère plus universel et plus humain.

Les peuples se mêlaient; ils se faisaient part, les uns aux autres, dé leurs idées et de leurs découvertes. Notamment, dans le bassin de la Méditerranée, un commerce très actif se produisait, depuis la fin des croisades, par l'apaisement relatif entre toutes les populations riveraines, qu'elles fussent catholiques, grecques ou musulmanes.

Des villes comme \'enise, Pise, Gênes, Naples, Palerme, Marseille, Barcelone, étaient en rapports constants avec Constantinople, Alexandrie, Tunis, Alger. Les navigateurs méditerranéens recevaient, en quelque sorte, une éducation commune; ils parlaient la même langue et jouissaient des mêmes spectacles. Or, partout où ils passaient, ils retrouvaient les vestiges imposants de la grandeur an- 'ique, soit grecque, soit romaine. Partout des temples encore debout avec leurs colonnes, leurs frontons dorés par le soleil, leurs marbres, leurs métopes, leurs statues; et puis, des arènes, des cirques, des aqueducs, des ports, des colonnes, des portiques, des pyramides! Comment fermer les yeux?

INFLUENCE Au moment où on les

DU NORD ouvrait, les hommes du

ET DE L'ANTIQUITE. >,Tord apportaient leur science architecturale, leur précision pratique, leur technique impeccable, leurs modèles soi-

gneusement étudiés. Personne ne savait, comme eux, élever une masse imposante jusque dan* les nues.

A ce contact du Midi et du Nord, l'étincelle jaillit : et ce fut l'art de la Renaissance. Je crois que sa plus belle et sa plus rayonnante manifestation , à ses débuts, fut le dôme et le baptistère de Pise :

édifices de marbre oîi les colonnes arrachées aux temples de Sicile s'élèvent dans un ordre incomparable, selon les dessins d'un architecte venu probable- * ment d'une terre septentrionale.

A partir de ce moment, la coupole remplace les tours et les flèches; une conception, qui emprunte à l'antiquité l'harmonie et au moyen âge la magnificence, réalise un nouvel idéal qui compte, à son tour, parmi les plus nobles que l'humanité se soit proposé.

La Renaissance fut d'abord italienne, m^ais personne ne songe plus à nier, maintenant, l'influence de la culture septentrionale sur son éclosion. L'architecture italienne de la Renaissance fut d'abord ogivale; la sculpture n'ignora nullement les chefs-d'œuvre qui [ illustrent les portails de nos cathédrales gothiques ; les écoles italiennes de peinture empruntèrent beaucoup aux miniaturistes et aux « primitifs », comme on les appelle, qui voyageaient de Paris, de Bruges, de Dijon, jusqu'à Avignon, Gènes, Milan , Florence et Rome.

CHATEAU DE CHAMBORD (Pierre Nepveu, architecte )

nombre de Grecs du Bas-Empirt se réfugièrent en Italie, à Venise, à Rome, et y importèrerit les procédés, les secrets et les méthodes soigneusement préservés du naufrage. Ces Grecs furent, smon les maîtres, du moins les pédagogues de la Renaissance italienne. Ils y réchauffèrent le goût des lettres et des arts que des génies comme Pétrarque, Boccace et les premiers « humanistes » ne demandaient qu'à faire fructifier.

Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël sont des gloires incomparables; et c'est par un rejaillissement de la Renaissance italienne qu'il y eut, à partir de François I«% une Renaissance française.

LA RENAISSANCE Elle ne compta pas d'aussx FRANÇAISE. grands noms; elle produi-

sit, cependant, une architecture civile qui, se conformant aux nouvelles nécessités de la vie, orna les plus belles provinces de la France d'une parure de pierres qui couronne et achève leur beauté. C'est l'époque des châteaux de la Loire ; c'est l'époque des nobles demeures royales et seigneuriales ; c'est l'époque des premiers grands bâtiments publics : Chenonceaux, Chambord, Langeais, Azay-le- Rideau, Sully-sur- Loire, Fontainebleau, Saint -Germain-en- Laye ; il est impossible de rappeler toutes ces œuvres fameuses. Résumons le tableau en un seul trait : c'est l'époque où le roi de France bâtit, à Paris, le Louvre, symbole

LE LOUVRE (façade de Pierre Letcot-}

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