DIVERS MODES DE L'ÉGALITÉ FRANÇAISE
Les enfants reçoivent des parts égales du bien paternel; les Français sont égaux au jour du vote et à l'heure de l'impôt; le mariage français et surtout les mœurs françaises établissent'une égalité de situation entre l'homme et la femme. Or, si on va au fond des choses, on s'aperçoit que, dans tous ces cas différents, égalité veut dire simplification et clarté.
Ce sens résulte d'un examen attentif de toute la vie nationale. La marche implacable de la race vers l'égalité échappe, ainsi, au caractère odieux qu'on lui prête, quand on prétend n'y voir qu'un sentiment de jalousie et d'envie des classes ou des personnes, les unes contre les autres. « C'est le nivellement par en bas, »
va-t-on répétant; « la démocratie fait comme le Tarquin antique, qui coupait les têtes de pavots dépassant les autres. » Non! Les Français n'ont pas cette haine farouche pour la supériorité. On leur reprocherait, plutôt, un enthousiasme aveugle, un engouement trop prompt pour les réputations faites ou surfaites. Qui donc disait : « France! guéris-toi des individus ! » Mais, dans ce pays de fine critique et d'ardente querelle, les voiles sont vite déchirés, les masques tôt arrachés. Pour que la supériorité s'impose, il faut qu'elle soit réelle, non feinte, conquise, non usurpée. Reconnue, elle n'a rien à craindre dans un pays qui, de toute antiquité, fut célèbre par son esprit de discipline et de hiérarchie.
L'égalité française vient d'un besoin de vérité, donc de justice. Un homme vaut un homme, quand les mérites sont pareils. Qja'on n'essaye pas de nous tromper avec des titres, des apparences, des manteaux, des perruques ou des préjugés. « Les trognes ne nous en imposent pas, » comme dit Montaigne. Agissant dans la limite de son autorité, la législation française proclame cette aspiration de la race vers l'équité; mais elle ne songe nullement à enfreindre les lois de la nature ni ne rêve de les modifier.