Ce que pensent les fleurs [microforme]
Saynète enfuntine, représentée à la section des Beaux-Arts, à la Kermesse, en 1895.
Des plantes aux larges feuilles sont disposées sur la scène, dissimulant le corps des enfants, dont la tête porte une coiffure représentant la fleur qu’ils personnifient. La
» jardinière entre en costume de paysanne, un arrosoir et un TTE 4 sécateur dans les mains. Elle arrange ses arbustes tout en
uicor À parlant.
LA JARDINIÈRE
Eh bien, mes chères fleurs, vous êtes superbes ce matin. Vous avez donc passé une bonne nuit. Toi. mon bon Tournesol, tu es toujours en extase devant le soleil, ton idole et ton modèle. Sois tran- | quille, va! tu lui ressembles joliment (confidentiel- | lement, au public), comme la grenouille au bœuf! et de loin les fourmis s’y méprennent. Seulement, le malheur, vois-tu, c’est que le soleil, lui, projette lu | lumière, et toi, c’est de l’ombre que tu fais. Mais c'est égal, je t'aime comme ça. Et puis, d’ailleurs, ton ombre.est utile à tout un petit monde d'insectes. |
Re: PTE
Chacun a sa mission ici-bas. On ne peut pas tous être des soleils. N'est-ce pas, petite Violette ? C’est ça qui n’a pas d’orgueil pour un sou! Ton rôle, à toi, c’est d'embaumer l’air que nous respirons. Eh bien, ce n’est pas une sinécure. Je te préviens que le nez humain te doit une fière chandelle ; s’il n'avait pour se régaler que les émanations de ses villes enfumées ou l’arome de sa soupe aux choux! (A la rose.) Eh, mais ! que signifie, belle reine, cette mine langoureuse ? Pourquoi Votre Majesté courbe-t-elle ainsi la tête ? Le papillon d’or lui serait-il infidèle, et cet air penché a-t-il pour objet de toucher le cœur volage ? Hein, vilaine coquette? Non, non; redressetoi ; n’aie l’air de rien. (En secret.) Tu sais, les papillons c’est comme les hommes: ils n'aiment bien que celles qui ne font d’eux aucun cas.
Et puis, mon vieux pavot ! tu es toujours content de ton sort? Pourvu qu'il dorme ce gros bonhomme:là, il est heureux ! Ce n’est pas sa faute, mais il est comme les gens qui ne trouvent rien de mieux que ie sommeil pour occuper leurs loisirs. C’est uu petit génie ! Il en faut comme cela, paraît-il, pour amuser les autres.
Bonjour, gentille Marguerite! es-tu assez fraîche et pimpante, dis, après ton baïn de rosée !
Et toi, espiègle, canaïille, curieux de Coquelicot, as-tu bientôt fini de fourrer ta tête mutine entre les haies épineuses, d’infester les champs honnêtes et de faire pester le moïissonneur pratique ?
Salut, beau lis ! Sois le bienvenu. L’aurore t'a vu naître ce matin, et l’aube virginale, en versant son rayon dans ton calice, t’a donné ton âme blanche.
son a fleur Elle :
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Me nière enfai lant .
réfle) salie,
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PR
(Au public.)
Je ne vous apprendrai rien, mesdames et messieurs, en vous disant que les fleurs ont un langage. Ce que vous savez moins, peut-être, c’est qu’elles pensent aussi. Et c’est tout naturel. autrement, à quoi leur servirait un langage ? La faculté de parler sans réfléchir est notre privilège exclusif... (Déposant son arrosoir.) Vous ne le croyez peut-être pas que les fleurs ont des sentiments. Eh bien, vous allez voir! Elle tire un papier de la poche de son tablier.) Ce n’est pas à celle qui en élève depuis vingt ans qu’on en remontrera.
Mes fleurs n’ont pas de secrets pour leur jardinière. Je les connais comme une mère connaît ses enfants. Ainsi, voilà les ordres des clients les appelant à des sorts divers. Vous allez entendre leurs réflexions. (Elle met ses lunettes, et lit : ) ‘* Melle Rosalie, la cuisinière, commande un tournesol”.
LE TourNEsOL (offensé).
Par exemple!
LA JARDINIÈRE
Hein ?
LE ToUuRNEsoI.
Ca ne me plaît pas, moi, d’aller mourir dans une cuisine.
LA JARDINIÈRE (au public).
Il a eu son heure de vogue autrefois. Ses succès l’ont gâté.. Résigne-toi, mon pauvre ami, et