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CE QU'IL FAUT FAIRE AU MEXIQUE

Dès que l'armée française sera entrée à Mexico, nous aurons reçu une satisfaction suffisante du léger échec subi par nos troupes devant Puebla.

Alors, comme l'a dit l'Empereur, on laissera choisir aux Mexicains leur gouvernement, et on appuiera seulement de notre force et de notre influence le parti des honnêtes gens contre cette bande de pillards sans foi politique et sans croyance morale qui désole le Mexique depuis si longtemps.

L'ordre se rétablira, la prospérité commerciale se développera avec la paix, et la race latine du Mexique se constituera, grâce à notre appui, en une forte et vigoureuse nation capable de résister un jour à l'esprit envahissant des Américains du Nord.

Mais qui paiera les frais de la guerre?

Je sais qu'on a dit sous un autre gouvernement : La France est assez riche pour payer sa gloire ; h notre époque, malheureusement si positive, ces paroles sublimes auraient peu de succès.

Les provinces insoumises malgré la prise de la capitale, et ce seront les plus riches et les plus peuplées, se refuseront à payer une contribution de guerre à cause du relâchement des liens fédéraux, qui est tel maintenant, qu'il peut faire considérer le Mexique comme une agglomération de vingt Etats différents.

Devra-t-on les y forcer ? Alors, ce serait vouloir occuper

tout le Mexique, et j'ai dit plus haut les difficultés presque insurmontables qui s'opposeraient à la réussite d'une telle entreprise.

Non, il est un moyen qui conciliera à la fois les intérêts des deux pays, et qui sera accepté avec joie par les Mexicains, parce qu'il ne leur enlèvera rien de leur territoire ; qu'il protégera leurs frontières ravagées par les Indiens, et qu'il augmentera infiniment la prospérité du pays.

11 faut que la France demande à exercer une protection directe et déterminée pour un certain nombre d'années sur les Etats du Sonora et de Chili u ah ua, qui resteront nominativement pendant ce temps annexés au Mexique.

Ce sera quelque chose d'analogue au protectorat anglais dans les îles Ioniennes.

Ce pian ne présenterait aucune difficulté, ces Etats contenant à peine, malgré leur grande étendue, une population de cent cinquante mille âmes dont les trois quarts au moins sont des Indiens Mansos ou civilisés, race douce et inoffensive, qui accepterait avec joie l'occupation française devenue pour elle plutôt une protection, qu'une oppression du sentiment national, qui lui est inconnu.

Les plus grandes villes, Sonora, Arispe, Cinaloa, comptent à peine six à sept mille âmes ; par conséquent, pas de guerres de rues à craindre.

Enfin la Sonora et le Chihuahua sont des pays parfaitement sains, sauf une petite région sur les côtes qui est bien moins fiévreuse que les terres chaudes de la Vera-Cruz, et que d'ailleurs il serait inutile d'occuper.

Le sol de ces deux Etats est riche, boisé, arrosé par un grand nombre de rivières, mais inculte; il y a de superbes prairies où on élève des troupeaux considérables dont le nombre s'augmenterait à l'infini, si les propriétaires ne redoutaient pas à chaque instant de se les voir enlever par les Apaches, qui les considèrent comme leur propriété et qui

comptent dessus pour se nourrir, puisqu'ils n'élèvent aucun bétail et ne sèment aucun grain.

Les habitants de ces deux Etats préféreraient sans aucun doute vendre leurs bœufs aux Français qui les paieraient intégralement, que de nourrirgratis vingt mille pillards indiens.

La question d'alimentation étant résolue, reste la question des communications, qui ne présentera pas plus de difficultés.

L'État de Sonora et Ginaloa possède un port excellent, Mazatlan, à l'entrée de la mer Vermeille, où pourraient s'abriter les gros navires venant de France. De Mazatlan, on pourrait, par de petits bâtiments, envoyer des hommes et des approvisionnements dans les ports de la côte de Sonora, à Guaymas, par exemple, d'où on serait à portée de la région des mines, et d'où il serait facile d'organiser des moyens de transport.

Supposons donc deux divisions françaises établies dans ce pays; l'une suffirait parfaitement à occuper Arispe, Sonora ou Ghihuahua, qui sont de très-petites villes, et à tenir en respect la population, qui d'ailleurs, comme je l'ai dit plus haut, loin de cherchera nous combattre, verrait plutôt favorablement l'occupation française. Cette division pourrait être employée à faire des routes et à protéger les convois.

La seconde serait disséminée près de la frontière et dans le pays des Apaches, dans des fortins analogues à ceux que les Américains ont établis dans leur immense territoire indien, où avec cinq ou six mille hommes, ils tiennent en respect la population sauvage d'une région dix fois plus grande que la Sonora et le Ghihuahua.

Une fois la sécurité établie, ou du moins rendue beaucoup plus grande, des ingénieurs bien escortés, et qui pourraient recueillir les indications des chercheurs d'or du pays, le

parcourraient en entier pour relever les gisements métallurgiques et opérer des sondages; partout où de riches filons seraient signalés, on ferait un établissement fortifié et on exploiterait le minerai avec de puissantes machines venues de France, et les bras des Indiens Mansos, qui sont accoutumés à ces travaux, et qui seraient dirigés par des ouvriers européens du métier.

Les deux divisions qui occuperaient le pays ainsi que les ouvriers qui travailleraient aux mines pourraient être intéressés, dans une certaine proportion, aux opérations minières, et dans ces conditions tous les ouvriers, tous les régiments voudraient aller au Mexique!

Supposons une dépense annuelle de cent millions pour l'entretien des troupes et la mise en exploitation des mines, croit-on qu'on ne pourrait pas compter sur un rapport annuel de cinq cents millions, au moins, quand on voit ce que les Américains et les Anglais tirent de la Californie et de l'Australie, rien qu'avec l'or seulement?

Mais l'imagination est éblouie par la perspective des immenses richesses que le gouvernement français pourrait recueillir dans ces conditions, et il serait certain de réussir; car il aurait dans les mains tous les moyens d'exploitation qui manquent aux compagnies particulières, c'est-à-dire de l'argent et des bras.

Je sais que beaucoup d'esprits chagrins traiteront ce projet de romanesque, qu'ils diront que le gouvernement de l'Empereur ne peut pas s'abaisser jusqu'à se faire entrepreneur de mines; mais alors pourquoi ce même gouvernement a-t-il des écoles spéciales et des ingénieurs attitrés pour le service des mines en France ; et pourquoi ces ingénieurs ne serviraient-ils pas à exploiter l'or et l'argent, aussi bien qu'ils surveillent l'extraction du fer, que produit seulement le sol national?

Un gouvernement ne peut faire une spéculation comme

un particulier, dira-t-on encore; pourquoi cela? N'en faitil pas souvent et de moins agréables au pays quand il a besoin d'argent? par exemple, lorsqu'il augmente les impôts indirects sur les spiritueux et le tabac, le consommateur paie en rechignant, quoiqu'il sache que c'est pour son bien, pour entretenir sa puissance extérieure et son bien-être intérieur; mais croit-on qu'il ne paierait pas avec plaisir pour voir d'immenses richesses, des richesses positives, acquises parla France et la dette nationale amoindrie, sinon éteinte?

Il y a un vieux proverbe populaire qui dit : Qui n'ose rien, n'a rien; un gouvernement aussi fort et aussi intelligent que le nôtre peut tout oser.

Paris. — Typographie et Lithographie Renou et Maulde, rue de Rivoli, 144. 199G9

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