MADAME DE NEPVILLK A ANATOLE
Beauvoir , novembre 1786. '
Je sais tout ; Cécile a déposé dans mon sein un horrible secret. Je suis tentée de vous maudire quand je songe à celle dont vous avez à jamai i
l'existence, que vous avez préci dans un abinie de honte et de doulc... si jeune! si pure! si accomplie!... Malheureux ! que deviendra-t-elle ? . . . Que deviendra sa mère, ses parens, ses amis et les tien»; ? Notre existence à tous
LETTHE LVIJI. 49
était attachée à la sienne. . . . Tu nous as tous perdus... et cependant je te rends justice, tu n'es pas un me'cliant homme ; ton cœur est bon , généreux , honnête, mais une passion désordonne'e y croissait à l'ombre d'une orgueilleuse sagesse , et tu lui as fait le sacrifice de tout ce qu'il y a de sacré sur la terre. . . .
Mais je dois me faire violence et vous épargner des reproches qui pourraient vous conduire au . découragement, seul malheur que vous ayez aujourd'hui à redouter. Osez envisager votre position, elle est horrible; mais si votre crime est grand, notre amitié est sans bornes. . . . Cher et cruel Anatole, vous ne savez pas encore jusqu'où
s'étend votre infortune Peut-être la
punition d'un moment d'erreur est-elle
5û CÉCILE.
déjà commencée Cécile craint . . .
Que dis-je? Elle espère . . . Dans quel égarement vous Pavez plongée ! . . .
M. de Clénord est arrivé hier soir, deux heures après moi !
LETTKE LIX. ^ I
CÉCILE A ANATOLE
Trois fois j^ii voulu commencer cette lettre , et trois fois la plume sVst échappée de mes doigts. C'en est fait! ... le crime est puni; la honte, la douleur, la félicite' suprême sont à jamais mon partage. Us sauront tous le secret de notre cœur. Je suis perdue !.. Je suis heureuse !
Devines-tu, Anatole, sens-tu tous mes tourmens , tous mes de'lices ? Je n'en puis plus douter, un gage de noire
amour vit dans mon sein. Les résolutions les plus désespérées se pressent dans mon cerveau. Tantôt je veux me jeter aux pieds de mon père, et lui demander ma grâce ou la mort : tantôt je veux fuir, fuir avec loi , périr, me cacher au sein de la terre. 0 toi! mon époux, mon bien , mon malheur et mon seul appui , père de cet être infortune' qui naîtra sous de si cruels auspices, quel secours te demander? Que faire? Que devenir , Anatole?
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