‹ Celles qu'on respecte; comédie en trois actesChapitre 24 sur 24 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

LesMêmes SUZANNE.

SUZANNE, entrant.

Cette fois, on ne dira pas que je suis

en retard!... (Elle embrasse Gabrielle.) Bon-

jour, ma chérie ! (Bas.) Qu'est-ce que tu as? Tu es toute pâle !

GABRIELLE

Je te conterai ça !

SUZANNE, à René.

Bonjour, vous, (Passant.) et arrangez donc votre cravate.

RENÉ

Qu'est-ce qu'elle a?

Elle remonte, sans soin.

RENÉ

Ah!

Il va vers la glace.

SUZANNE

Bonjour, monsieur de Bressac...

(Ami-voix.) Que s'est-il donc passé?

HENRI, à mi-voix.

Ça y est, j'ai rompu avec madame Mareuil.

SUZANNE, l'air ravi.

Vrai?

HENRI

Ça VOUS fait quelque chose?

SUZANNE

Oh! moi... ça ne me regarde pas.

Ah! si c'était une veuve?

SUZANNE

Si c'était une veuve?

HENRI

Et puis, décidément je n'aime que les brunes.

SUZANNE

Ça, c'est un compliment.

HENRI

Grand Dieu, non!... les compliments, je déteste ça... la banalité encore plus... et faire la cour à une femme...

Ils continuent à causer à voix basse.

îRENÉ, devant la glace.

Oh! c'est agaçant, je n'y arriverai pas!

GabrioUe est remontée depuis un instant derrière Henri et Suzanne.

Mais c'est ma meilleure amie...

HENRI

Oui, je comprends... mais j'ai des idées tellement larges, moi...

GABRIELLE, à part.

Oh!

Elle remonte.

RENÉ

Ce coup-ci, ça y est!

HENRIj à mi-voix, à Suzanne.

Parole d'honneur, je serais positivement curieux de constater l'effet que ça fera sur vous.

GABRIELLE, à part.

Les mêmes phrases qu'à moi!

Ah ! Le « Naufrage de la Méduse. »

GABRIELLE

Le même musée!

SUZANNE, à mi-voix.

Soit!... Seulement, je vous en prie...

que Gabrielle ne sache jamais...

HENRI

Alors, à trois heures, chez moi.

SUZANNE

Je n'oserai jamais.

HENRI

N'y êtes-vous pas déjà venue?

De la part de Gabrielle... ça n'est pas la même chose du tout... du tout...

(Un temps.) N'importe, j'irai !

CELLES QU'ON RESPECTE 259 GABRIELLE, à part.

Et quand je pense que pour un polichinelle comme ça, j'ai pu... Ah!

non!... En voilà deux qui ne remettront plus les pieds ici...

Elle va à René.

SUZANNE

Parlez haut... Nous aurions l'air de comploter.

HENRI

C'est ça... (Haut.) C'est alors qu'il est tombé de bicyclette.

SUZANNE et RENÉ.

Qui donc ?

HENRI

Tu... tu... tu ne connais pas... je te conterai ça tantôt... Laisse-moi finir...

(A Suzanne.) Alors, en tombant de cheval...

Un grand temps. Gabrielle prend le journal des mains de René.

GABRIELLE

Tu es encore fâché, mon ami?

RENÉ, stupéfait, se laisse choir sur une chaise.

Gomment?

HENRI, basa Suzanne.

Voilà le dénouement là-bas... Je parie cent sous que tout va s'arranger.

SUZANNE

C'est parié.

GABRIELLE

J'ai été nerveuse... emportée... méchante... je l'avoue... Alors n'y pense plus... veux-tu?

RENÉ

Je me suis marié par amour et non pour divorcer, c'est certain... mais cette existence n'est plus possible.

GABRIELLE

Puisque je te promets de ne plus te faire de scènes.

RENÉ

Oh! tu promets ! tu promets !

GABRIELLE

Je te le jure !

RENÉ, en se levant.

Eh bien, écoute...

HENRI, à part.

Elles sont nées pour nous rouler.

Ne m'en fais plus pendant huit jours, et nous verrons.

GABRIELLE

Tu sais bien que je t'aime, au fond !

HENRI, en se levant.

Ah!

RENÉ et GABRIELLE.

Quoi donc?

HENRI

Rien!... C'est Madame qui me doit cent sous !

Rideau.

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