CHAPITRE III
Comment il faut bâtir lethéâtre, pour qu'il soit sain.
Après avoir déterminé le lieu où doit être la place publique, il faut choisir l'endroit où l’on veut bâtir le théâtre pour les spectacles qui se
tiam, sumptusque imminuit ex magna parte summam, Jpsæ vero columnæ in altitudine perpetua sub strabes testudinis perductæ et magnificentiam impensæ et auctorilatem operi adjungere videntur.
CAPUT Il.
De œrario, carcere et curia ordinandis.
Ærarium, carcer, curia foro sunt conjungenda, sed ita uti magnitudo symmetriæ eorum foro respondeat. Maxime quidem euria inprimis est facienda ad dignitatem municipii sive civitatis : et si quadrala erit, quantum habuerit latitudinis, dimidia addita constituatur altitudo; sin autem oblonga fuerit, longitudo et latitudo componatur, et summæ compositæ ejus dimidia pars sub lacunariis altitudini detur. Præterea præcingendi sunt parieles medii coronis ex iutestino opere aut albario ad dimidiam partem altitudinis. Quæ si non erunt, vox ibi disputantium elata an altitudinem intellectui non poterit esse audientibus : cum autem coronis præcincti parietes erunt, vox ab imis morata, prius quam in aéra elata dissipabitur, auribus erit intellecta.
De theatro ejusque salubri constitutione.
Cum forum constitutum fuerit, tum deorum immorta-
donnent aux fêtes des dieux. Or, il est très-important que ce lieu soit sain, et il le faut examiner au moyen de la méthode qui a été enseignée dans le premier livre, au sujet des murailles des villes ; car les spectateurs, qui restent assis fort longtemps au même endroit avec leurs femmes et leurs enfants, seraient incommodés dans leur santé, si l’air voisin était corrompu par les vapeurs des marécages ou par d’autres exhalaisons malsaines. Dans ces circonstances, en effet, les pores de la peau étant dilatés et ouverts par le plaisir, reçoivent bien plus aisément toutes les impressions de l'air. Mais ce n’est pas assez d’éviter les dangers qui peuvent résulter de la corruption de l'air; il faut encore prendre garde que le théâtre ne soit pas exposé au midi; car les rayons du soleil enfermés dans l'enceinte du théâtre échaufferaient fortement l'air qui y est arrêté, et cet air, ne pouvant être agité, deviendrait si ardent et si enflammé qu'il brülerait et diminuerait les humeurs du corps. On conçoit, d'après cela, combien il faut apporter de soin dans le choix des lieux les plus sains, quand il s’agit de la construction d’un théâtre. Si on veut le bâtir sur une montagne, il ne sera pas difficile de lui donner de solides fondements; mais si l’on est obligé de le construire dans un lieu plat ou marécageux, on n'en pourra rendre les fondements fermes et solides qu’en suivant les préceptes que j'ai donnés pour cela dans le troisième livre de cet ouvrage, lorsque j'ai traité des fondements des temples. Sur les fondements on élèvera les degrés, qui seront construits en pierre ou en marbre. Les paliers en forme de ceinture doivent être faits selon la proportion que l’on
lium diebus festis ludorum spectationibus eligendus est locus theatro quam saluberrimus, uti in primo libro de salubritatibus in mœnium collocationibus est scriptum. Per ludos enim cum conjugibus et liberis persedentes delectationibus detinentur, et corpora propter voluptatem immota patentes habent venas , in quas insidunt aurarum flatus , qui si a regionibus palustribus aut aliis regionibus viliosis advenient , nocentes spirilus corporibus infundent. Itaque si curiosius eligelur locus theatro, vitabuntur vilia. Etiamque providendum est, ne impetus habeat a meridie : sol enim cum implet ejus rotunditatem, aër conclusus curvatura, neque habens potestatem vagandi, versando confervescit, et candens adurit excoquitque etimminuit e corporibas humores. Ideo maxime vitandæ sunt vitiosæ regiones et eligendæ salubres. Fundamentorum autem, si in montibus fuerit, facilior erit ratio; sed si necessitas coegerit in plano aut palustri loco ea constitui, solidationes substructionesque ita erunt faciendæ quemadmodum de fundationibus ædium sacrarum in tertio libro est scriptum. Insuper fundamenta lapideis et marmoreis copiis gradationes ab substructione fieri debent. Præcinctiones ad altitudines theatrorum pro rata parle faciendæ videntur, neque alliores quam quanta præcinetionis itineris sit latitudo : si enim excelsiores fuerint, repellent el ejicient e superjore parte vocem, nec patientur
donne à tous les théâtres, afin qu’ils aient une bauteur convenable à leur largeur. Si, en effet, ils étaient trop relevés, ils rejetteraient la voix en haut, et empêcheraient qu’elle ne vint frapper les oreilles, et se faire entendre distinctement de ceux qui sont assis au-dessus des paliers. Il en est de même pour tous les degrés, qui doivent être tellement disposés qu’en tirant une ligne depuis celui du bas jusqu’à celui du haut, elle touche les angles de tous les degrés; par ce moyen, la voix ne rencontrera point d’obstacle. Les entrées et les sorties doivent être en grand nombre, et spacieuses ; il ne faut pas non plus que celles du haut se rencontrent avec celles du bas : elles doivent aussi être droites et sans détours , et faire des passages séparés, qui ne s’empêchent point l'un l’autre, afin que le peuple ne soit point trop pressé en sortant des spectacles. Il faut surtout avoir soin que le lieu ne soit pas sourd , mais, au contraire, que la voix s’y puisse étendre sans être étouffée : on choisira pour cela un endroit oùrien ne puisse en empêcher leretentissement. La voix n'est, en effet, autre chose que l’haleine qui, étant poussée, fait impression sur l'organe de J'ouie par le moyen de l’air qu’elle a frappé, et dont l'agitation forme une infinité de cercles. Mais, de même que, lorsqu'on jette une pierre dans un étang, on voit s’y former une grande quantité de cercles qui vont toujours en s’élargissant depuis le centre, et qui s'étendent fort loin , s'ils n’en sont pas empêchés par le peu d’espace ou par d’autres obstacles, et que s’ils rencontrent quelque chose, les premiers cercles qui sont arrêtés arrêtent et troublent l’ordre de ceux qui les suivent ; ainsi la voix s'étend en rond, et fait plusieurs cercles. Il y a pourtant cette dif-
in sedibus summis, quæ supra præcinctiones, verborum casus cerlasignificatione ad aures pervenire. Etad summam itaest gubernandum, uti linea cum ad imum gradum et ad summum extenta fuerit, omnia cacumina graduum angulosque tangat ; ita vox non impedietur. Aditus complures et spatiosos oportet disponere, nec conjunclos superiores inferioribus, sed ex omnibus locis perpetuos et directos sine inversuris faciendos; uti cum populus dimitltilur de spectaculis, ne comprimatur, sed habeat ex omnibus locis exilus separatos sine impedilione. Etiam diligenter est animadvertendum ne sit locus surdus, sed ut in eo vox quam clarissime vagari possit. Hoc vero fieri ita poterit, si locus electus fuerit, ubi non impediatur resonantia. Vox autem est spiritus fluens et aéris ictu sensibilis auditui. Ea movetur cireulorum rotundationibus infinitis , uti si in stantem aquam lapide immisso nascantur innumerabiles undarum circuli crescentes a centro quam latissime possunt evagantes, nisi angustia loci interpellaverit aut aliqua offensio, quæ non patitur designationes earum undarum ad exitus pervenire. Itaque cum interpellentur offensionibus, primæ redundantes insequentium disturbant designationes. Eadem ratione vox ictu ad circinum efficit motiones. Sed in aqua cireuli planitiæ 1n latitudinem mo-
férence que, dans un étang, les cercles ne se font que sur la surface de l’eau, au lieu que les cercles qui sont faits par la voix vont toujours en s'étendant non-seulement en largeur, mais même en hauteur, montant comme par degrés ; en sorte que si le premier cercle n’est arrêté par rien, ni le second, ni ceux quisuivent ne sont point troublés. C’est ainsi que la voix arrive distinctement et sans confusion aux oreilles de ceux qui sont assis en haut, aussi bien que de ceux qui sont en bas. C’est pourquoi les anciens architectes ayant étudié la nature de la voix, et remarqué qu'elle s’élève en l’air par degrés, ont réglé, d’après cette connaissance, l'élévation que les degrés du théâtre doivent avoir, conformément aux règles de la proportion canonique des mathématiciens et de la proportion musicale; ils ont fait en sorte que tout ce qui serait prononcé sur la scène parvint clairement et aisément aux oreilles de tous les spectateurs. Car, de même que les anciens ont su tirer des instruments à vent, faits d’airain ou de corne , des sons parfaitement d’accord avec ceux des instruments à cordes; de même, avec le secours de la science harmonique, ils ont trouvé le moyen d'augmenter le son de la voix dans les théâtres.