‹ Celse, Vitruve, Censorin (œuvres complètes), FrontinChapitre 82 sur 265 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Des fondements des murs et des tours.

Lorsque, d’après ce qui a été dit, l’on se sera assuré de la salubrité du lieu où l’on veut fonder une ville par la connaissance que l'on aura de lan qualité de son air, de l'abondance des fruits qui croissent dans les pays d’alentour, et de la facilité que les chemins, les fleuves et les ports de mer donneront pour les approvisionnements qui seront nécessaires , il faudra travailler de cette ma nière aux fondements des tours et des remparts. Î Il faut creuser, s'il se peut, jusqu’au solide ete dans le solide même, en raison de la pesanteur des murailles, et bâtir le fondement avec la pierre { la plus dure que l’on pourra trouver, mais avec plus de largeur que les murailles n’en doivent. avoir au-dessus du rez-de-chaussée. Les tours doivent s’avancer hors des murs, afin que, lors que les ennemis s’en approchent, celles qui sont à droite et à gauche leur donnent dans le flanc. Il faut surtout rendre diffieile à Fennemi l’approche des murailles, en les environnant de pré cipices; il faut aussi que les chemins qui vont aux portes ne soient pas droits, mais qu'ils tournent à gauche de la porte ; car par ce moyen les} assiégeants présenteront à ceux qui seront sur lai muraille le côté droit, qui n’est point couvert du bouclier. La figure d'une place ne doit être ni carrée, ni composée d’angles trop avancés; mais" elle doit faire simplement une enceinte , afin que l’on puisse voir l'ennemi de plusieurs endroits; les angles avancés ne sont point propres pour la défense, et sont plus favorables aux assiégeants 4 qu'aux assiégés. J’estime que l'épaisseur de la

itaque nunce Salpini quatuor millia passus progressi ab op« pido vetere habitant in salubri loco.

De fundamentis murorum et turrium.

Cum ergo his rationibus erit salubritatis in mœnibus collocandis explicatio, regionesque electæ fuerint fructibus ad alendam civitatem copiosæ, et viarum munitiones, aut 4 opportunilates fluminum , seu per portus marinæ subvec= tiones habuerint ad mœænia comportationes expeditas, W tune turrium murorumque‘fundamenta sic sunt facienda, uti fodiantur (si queat inveniri) ad solidum , et in solido, (quantum ex amplitudine operis pro ratione videatur,) crassitudine ampliore, quam parietum, qui supra terram sunt futuri; et ea impleantur quam solidissima structura: Item turres sunt projiciendæ in exteriorem partem, uti, cum ad murum hostis impetu velit appropinquare, a turribus dextra ac sinistra, lateribus apertis , tehis vulneretur. Curandumque maxime videtur, ut non facilis sit aditus ad oppugnandum murum , sed ita circumdandum ad loca præcipitia, et'excogitandum , uti porlarum itinera non sint directa sed scæva : namque cum ita factum fuerit, tune dextrum latus accedentibus, quod sculo non erit tectum, proximum erit muro. Collocanda autem oppida sunt non

muraille doit être assez grande pour que deux hommes armés, venant à la rencontre l’un de l'autre, puissent passer aisément et sans s’incommoder. Dans cette épaisseur, il doit y avoir de grands pieux de bois d’olivier un peu brûlés et placés fort dru , afin que les deux parements de la muraille, ainsi joints ensemble comme par des tirants et des clefs, aient une solidité en quelque sorte indestructible ; car ce bois, ainsi préparé, peut demeurer éternellement dans la terre et dans l’eau sans se manger aux vers, ni se corrompre en quelque manière que ce soit. Cela doit se pratiquerdanslaconstruction non-seulement des murailles, mais même de leurs fondements; et quand on aura besoin, pour d’autres édifices que des remparts, de murailles fort épaisses, il en faudra user ainsi : grâce à cette liaison , elles dureront fort longtemps. Les espaces entre les tours doivent être tels, qu'ils ne soient pas plus longs que la portée des traits et des flèches ; afin de repousser les assiégeants en les blessant à droite et à gauche, avec les traits lancés par les scorpions et les autres machines de guerre. Il faut de plus qu’à la droite des tours le mur soit coupé en dedans de la largeur de la tour , et que les chemins, ainsi interrompus, ne soient joints et continués que par des solives posées sur les deux extrémités, sans être attachées avec du fer , afin que, si l’ennemi s’est rendu maître de quelque partie du mur, lesassiégés puissent enlever ce pont de bois; car s'ils le font promptement, l’assiégeant ne pourra passer du mur qu’il a occupé aux autres murs, ni dans les tours qu’en se précipitant du haut en bas. Les tours doivent être rondes ou à

quadrata nec procurrentibus angulis, sed circuitionibus , uii hostis ex pluribus locis conspiciatur. In quibus enim anguli procucrunt, difficiliter defenditur, quod angulus magis hostem tueatur quam civem. Crassitudinem autem muri ila faciendam censeo, uli armati homines, supra obviam venientes , alius alium sine impeäitione præterire possint : tum in crassitudine perpetuæ {aleæ oleagineæ ustulatæ quam creberrime ipstruantur, uti utrque muri frontes inter se, quemadmodum fibolis, his taleis colligatæ æternam habeant firmitatem : namque ei materiæ nec tempestas nec caries nec vetustas potest nocere, sed ea et in terra obruta et in aqua collocata permanet sine viliis utilis sempiterno. Itaque non solum in muro sed etiam in substructionibus, quique parietes murali erassitudine erunt faciendi, hac ratione religati non cito vitiabuntur. Intervalla autem turrium ita sunt facienda, ut ne longius sit alia ab alia sagittæ missione; uti si qua oppugnetur, tum a turribus, quæ erunt dextra ac sinistra, scorpionibus reliquisque telorum missionibus hostes rejiciantur, Etiam contra inferiora turrium dividendus est murus intervallis tam magnis quam erual turres ; et ilinera sint interioribus parlibus turriam contignata, neque ea ferro fixa : hostis enim si quam partem muri occupaverit, qui repugnabunt, rescindent , et si celeriter administraverint, non patientur reliquas partes turrium murique hostem penetrare, nisi se voluerit præcipitare. Turres itaque rotundæ ant polygo-

plusieurs pans; car celles qui sont carrées sont bientôt ruinées par les machines de guerre, et les béliers en rompent aisément les angles : tandis que, dans la forme ronde, les pierres taillées comme des coins résistent mieux aux Coups, qui ne peuvent Îes pousser que vers le centre. Mais il n’y a rien qui rende ces remparts si fermes que quand les murs tant des courtines que des tours sont soutenus par de la terre; car alors ni les béliers, ni les mines, ni toutes les autres machines, ne peuvent les ébranler. Toutefois, les terrasses nesont nécessaires que lorsque les assiégeants ont une éminence très-rapprochée des murs, sur lesquels ils peuvent s’avancer de plain-pied. Pour bien faire ces terrasses, il faut premièrement creuser des fossés fort profonds et fort larges, au fond desquels on doit encore creuser le fondement du mur; et il faut donner à ce mur une épaisseur suffisante pour soutenir la terre. Il faut, en outre, bâtir un autre mur en dedans, à une distance telle, que l’on puisse faire une terrasse capable de contenir au-dessus ceux qui doivent y être placés pour la défense, et rangés comme en bataille. De plus, entre ces deux murs, il est nécessaire d’en bâtir plusieurs autres qui aillent du mur extérieur au mur intérieur, et qui soient disposés comme les dents d’une scie ou d’un peigne. Grâce à ce moyen, la terre, divisée en plusieurs parties par ce petit mur, n'aura pas autant de force ni autant de poids pour pousser les murailles. Je ne détermine point quelle doit être la matière des murailles, parce que l’on ne trouve pas en tous lieux ce que l’on pourrait souhaiter. Il faudra employer ce qui se

niæ sunt faciendæ ; quadratas enim machinæ celerius dissipant, quod angulos arietes tundendo frangunt : in rotundationibus autem uli cunéos, ad centrum adigendo, lædere non possunt. Jlem muniliones muri turriumque aggeribus conjunctæ maxime tutiores sunt; quod neque arietes neque suffossores neque machinæ ceteræ eis valent nocere. Sed non in omnibus locis est aggeris ratio facienda, nisi quibus extra murum ex alio loco plano pede accessus fuerit ad mœænia oppugnanda. Itaque in ejusmodi Jocis primum fossæ sunt faciendæ latitudinibus et altiludinibus quam amplissimis : deinde fundamentum muri deprimendum est intra alveum fossæ, et id exstruendum est ea crassitudine, ut opus terrenum facile sustineatur. Item interiore parte substructionis fundamentum, distans ab exteriore, introrsus amplo spalio constituendum est, ita ufi cohortes possint, quemadmodum in acie, instructæ ad defendendum supra latitudinem aggeris consistere. Cum autem fundamenta ifa distantia inter se fuerint constilula, tunc inter ea alia transversa, conjuncta exteriori et interiori fundamento, pectinatim disposita, quemadmodum serræ dentes solent esse, collocentur. Cum enim sic erit factum, tune ita oneris terreni magnitudo‘distributa in parvas partes, neque universo pondere premens, non pote rit ulla ratione extrudere muri substructiones. De ipso autem muro e qua materia struatur aut perfciatur, ideo non est præfiniendun, quod in ommibus locis, quas optams,

trouvera, des quartiers de pierre, de gros cailloux, des moellons, des briques cuites ou non cuites; car on ne peut pas dans tous les pays, comme à Babylone, où il y a grande abondance de bitume , se servir de cette matière au lieu de mortier pour bâtir des murs de briques. Chaque pays produit des matériaux qui ont chacun des propriétés particulières ; et c’est en les utilisant de la manière la plus convenable qu’on fait des constructions qui peuvent durer éternellement.

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