Sur ce point les témoignages abondent
Les partisans de rol)sciirantisme ont (»ssa) ('• de ruiner l'Orphelinat et, à la douleur de la démocratie, il s'est j'encontré pour leur allié un ministre républicain, sans doute mal informé.
M. Paul Robin renversé, l'édifice est resté debout, ce qu'on n'esp('rait pas.
Aujourd'hui, le préfet de la Seine propose une organisation nouvelle dont le mécanisme est un agencement mal coordonné de rouages empruntés à ceux des écoles maternelles de Paris, à ceux des écoles pi-imaires de Paris, à ceux des écoles manuelles de Paris, ('empuis ne serait plus Cempuis.
La Commission nous a fait l'honneur de nous confier la tâche d'examiner ce projet de règlement. Nous nous sommes livrés à cet examen avec tout le soin que la question comporte.
Permettez-nous, Messieurs, de vous exposer, avec quelques détails, les raisons qui nous ont déterminé à vous inviter à repousser ledit projet, par nous jugé en contradiction avec une organisation existante et définitivement consacrée.
Oui, définitivement consacrée.
En effet, dans la mémorable séance du 17 octobre 1894, M. le préfet, pour calmer les craintes manifestées par le Conseil Général de la Seine que soient modifiés le caractère et les procédés éducatifs à l'Orphelinat, M. le préfet faisait cette dt'claration solennelle :
« Cempuis continuera à être ce qu'il a été' au point de vue des principes gém-raux qui ont inspiré son fondateur.
" Ce sera un élablissement laïque et de coéducation.
ANNKXKS 375
" Les intentions du lostateur et les intentions du Conseil (lénéral seront suivies à ce double égard. »
Messieurs, faut-il vous rappeler les intentions du généreux donateur?
« 1° C/ioisi/- le directeur et les instituteurs de l'établissement sous réserve de l'approbation du département de la Seine, et surveiller la marche de l'éducationet de l'instruction, sous réserve de la même approbation.
Et dans le codicille du 3 décembre 1871 :
« Pour prévenir des difficultés et des conflits qui pourraient nuire à l'établissement, je décide que c'est le Conseil Général qui avisera au fur et à mesure des décès survenant dans le comité. »
Vous voyez, Messieurs, combien M. Prévost tenait fortement à ce que ce soit vous qui soyez la sauvegarde, qui ayez le maintien de ses volontés quant au caractère de l'éducation et de l'instruction à donner aux orphelins du département à Cempuis.
Entre parenthèse, vous savez, Messieurs, que, par arrêté du 30 décembre 1882, ce comité fut remplacé par une Commission administrative « chargée de se prononcer sur l'admission des orphelins et de donner son avis sur toutes les questions qui lui seront soumises par l'Administration au sujet de l'Orphelinat ».
Le 6 décembre 1879, sur la proposition de la troisième Commision et de M. Aristide Rey, rapporteur, le Conseil Général adoptait le projet de délibération suivant :
376 CEMPLIS
« Le Conseil Général,
« Considérant que le lestateur n'a pas voulu constituer de l'Orphelinat un établissement ayant une existence propre et un régime spécial, que le département pourra exercer avec avantage les actes de la vie « vile au nom de la fondation Prévost, et qu'il n'y a aucun intérêt administratif à donner à cette fondation le caractère cV ètahlhsement public^
(( Délibère :
« L'œuvre de Cempuis sera directement administrée par le déparlement, ses dépenses seront portées au budget sous un crédit spécial, et il n'aura pas le caractère d'(''tahl}sspnient jtuh/ic. <>
L'année suivante, à la date du 11 décembre 1880, M. Hérold, sur la délihéralion du Comité de l'Orphelinat^ uoimnait M. Robin, ancien élève de l'Ecole normale supérieure, inspecteur de l'Enseignement primaire en congé, directeur de l'établissement départemental de Cempuis.
Dans son admirable rai)port du 30 novembre 1881, M. Aristide Rey s'exprimait ainsi :
« Messieurs, la succession Prévost est définitivement réglée.
« Quel sera votre avis sur l'organisation de l'établissement? quel enseignement, quel système d'éducation adopterez-vous? Dans quelle voie dirigerons-nous les orphelins? A l'agriculture ou à l'industrie? Devront-ils un jour fréquenter nos écoles j)rofessionnelles, supérieures, etc?...
« L'Orphelinat est un établissement où la société
prépare pour la grandeur de la pairie les meilleurs de ceux dont elle a la charge. La société a le plus grand intérêt à ouvrir largement ses portes aux orphelins. Ceux-ci, élevés avec méthode et science, sortiront de Cempuis forts d'esprit et de corps, vraiment hommes, robustes pionniers de la société nouvelle.
« Vous avez pensé comme nous ; nous avons attendu les avis de Texpérience. M. Robin a été placé à la tête de rétablissement depuis un an. 11 s'est misa l'œuvre avec passion, avec intelligence. On peut dire aujourd'hui que le succès est assuré.
(( Nous ne saurions mieux faire, pour édifier le Conseil sur le système d'éducation donné à Cempuis, que de placer sous ses yeux une partie du rapport adressé par le directeur à l'Administration. » (Cet extrait est à l'annexe 111, page 263.)
Pour conclure, Messieurs, le Conseil adoptait une série d'articles d'ordre budgétaire et l'article ainsi conçu :
« Sont approuvés le plan général (l'êdncation établi par M. Robin, ainsi que le mode d'admission des orphelins. » (Voir l'annexe V, page 274.)
Depuis, et voilà quatorze ans, ce plan général a été suivi, perfectionné avec les leçons de l'expérience dans cet orphelinat qui comptait cinquante enfants en l'année 1881, qui en compte aujourd'hui deux cents, qui en compterait au moins le double si la place ne faisait défaut.
Depuis, et voilà quatorze ans, M. le Préfet était d'accord avec le Conseil pour consacrer ce plan général d'éducation, j)uisqu'il approuvait chaque année le budget toujours en progression de l'Orphelinat, présenté par votre Commission.
378 r.F^MPLls
Dans la séance d'octobre 189i, M. le préfet disait : " J'ai dû signer la révocation de M. Robin, mais Gem- |)uis continuera à être ce qu'il a été. » Donc, Messieurs, le plan général d'éducation établi par rex-directeiir continuait à être ce qu'il a été.
Alors quelle est donc la signification de ce nouveau règlement que M. le Préfet vous propose d'accepter?
La signification, elle apparaît nettement à travers la réglementation étroite, minutieuse et compliquée dans laquelle l'auteur de ce règlement semble vouloir nous entraver, nous enserrer comme entre les mailles d'un lilet.
Sa préoccupation est doter à l'institution de l'Orphelinat Prévost ce caractère original et cette hardiesse ([ui, vous le savez, ont attiré l'attention et provoqué l'admiration des éducateurs de France et de l'étranger.
Les heureux essais pour fonder une éducation en rapport avec les besoins du monde moderne où la place prépondérante du peuple est fatalement marquée, ont-ils épouvanté une administration jalouse et hautaine?
Aurait-elle par nature, malgré elle-même, toute répugnance pour ce qui est initiative, discussion, progrès, parce que progrès c'est mouvement et changement? Les fautes (s'il y a eu fautes), commises par M. Robin, ont servi de prétexte. L'éducateur sans doute irritait parce qu'il se permettait A'étrc lui.
En haut lieu on crut fermement que persone ne ferait attention à la disparition de cet homme, que l'on pourrait ensuite aisément ruiner son édifice en deux coups de pioche... clandestins. Nous savons combien profonde a été Terreur, combien cruelle la déception. Néanmoins l'Administration paraît vouloir faire rentrer
l'Orphelinat dans la voie banale routinière, et stérile, le transformer en une école comminia/e de Paris à la campagne.
C'est bien ce que signifie le projet de règlement.
Avec le personnel primaire officiel, les programmes primaires officiels, les livres primaires officiels, les méthodes (!) primaires officielles, l'Orphelinat sera une école primaire officielle comme toutes les autres, moindre que certaines peut-être, ohl alors, Messieurs, Gempuis ne causerait plus de tracas; il aura obtenu et mérite le silence.
Vous allez trop loin! nous objectera-t-on ; la coéducation est maintenue, elle reste debout. Oui, mais l'auteur du nouveau règlement a glissé de-ci, de-là, quelques mots, c'est-à-dire posé quelques pierres sur lesquelles d'autres seront tout doucement posées, et, un beau jour, il y aura l'Orphelinat séparé en deux par un mur. Côté des lilles et côté des garçons. La ruine de l'idée et du système éducatif.
Examinons maintenant ce proj<'t de règlement.