‹ Cendrillon comedie en cinq actesChapitre 37 sur 95 · GE0R6E · texte numérisé non relu

GE0R6E

V Ah ça ! et madame Fontenay ? et ces demoiselles ? " '

CLAUDE

Mais ces denaoiselles sont allées ttu-devant de loi. ‘

GEORGE

Ah bon ! nous nous serons croisés. ^ ‘

• •• ifc ' . *i.* > J *5 -V •

* CLAUDE

Quant à madame, elle est enfermée avec le commis de son banquier. •-

GEORGE.

Attendons alors ! ' ^ ‘

Monsieur le comte va bien? - • ^ • -, >

GEORGE

Très-bien pour un malade. Tiens, j'arrive en droite ligne de Pierrefonds. Ce pauvre père est toujours enfermé dans sa chambre en fêle-à-têie avec ses rhumatismes. Ils ne veulent pas absolument lui fausser compagnie. Par bonheur, le comte est entêté. H avale du matin au soir des tonnes d’eaux minérales... (ri*m) c'est-à-dire que je tremble pai'fois qu’il ne noie le malade en voulant noyer la maladie. ,

* CLAUDE

11 doit être bien heureux, de voir que tu le mai’ies.

Ah ! et moi donc?

CEiNDRlLLON

GEORGE

CLAUDE

11 n'élait pas tranquille avec monsieur sou fils... 11 devait toujours craindre qu'une duchesse ne le lui enlevât.-

Une duchesse? Ah ! je voudrais bien savoir où elles sc cachent, (se reprenant.) Du moins^j’aurais bien voulu le savoir autreiois, car aujourd'hui je suis au port, je m’y . trouve bien, et j’y reste. - - ,

' CLAUDE

A l’entendre, il semblerait que tu n'as essuyé que des naufrages.

Des naufrages? Ah! bien oui... pas même la moindre tempête... un calme plat, mon cher! ‘

CLAUDE

Comment, pas une petite bonne fortune?

GEORGE

Non, mais beaucoup de mauvaises ; car, vois-tu, mon cher ' Claude, les gens de ma trempe peuvent avoir' des passions vraies ou des amours ridicules, ils n'ont jamais de bonnes ^ fortunés. '

CLAUDE. ; '

Je ne te comprends pas. . r. .

GEORGE

Assurément, je ne suis pas si sol que de médire de la vie clcganie et facile des Lovelace et des don Juan du jour; mais je crois seulement que, pour mener l’amour à grandes guides, il no faut pas, mon cher, s’amuser à ramasser tous les cœurs qu’on écrase, car alors on n’arrive jamais... à être .un homme à bonnes fortunes.

I CLAUDE, riaal. . '

Et tu les ramassais, toi?

3c ne faisais que cela; je n’ai jamais pu voir pleurer une femme. , . , , - > -

.. ACTIv'II ' 'ü5

- CLAUDE.. ' • . '

Pauvre George !

GEORGE, avec colère.

ImbécUe de George ! j’aurais bien voulu faire comme les autres... ne pas m'attendrir. J’ai essayé, raais^ Lah ! une seule lai*me, tombée des yeux de l’un de ces jolis crocodiles, trouvait toujours mon cœur faible et désarmé. ^

CLAUDE

Tu étais bon.

GEORGE

J’étah bête!... Combien de fois ai-je fait le serment de ne jamais aimer plus de huit jours de suite ! Eh bien, ma première semaine des amours 'commença auprès d'une gentille ouvrière qui chantaitjour et nuit; le samedi venu, et comme je me préparsds à lui dire im éternel adieu, elle m’apprend ^ pleurant que sa mmtresse l’a remerciée. Ma délicatesse m’ordonnait d’entendre qu’elle eût trouvé une autre place.. ^ J’attendis deux mois, deux mois d’ennui, et j’attendrais encore si je ne m’étais décidé à lui acheter, un petit fonds de lingerie : ci douze cents fiancs. line autre fois, je devenais, toujours pour Une semaine seulement, l’ami^ en titçe d’une artiste à la mode... Le samedi venu, et comme je me disposais à lui dire un étemel... tu sais?... Armandine, m’annonce avec des larmes, de joie il est vrai, que, fière de mon amitié, elle n’a voulu rien garder d'un passé qu’etleregrette et qu’elle vient de tout rendre... au marquis de Carabas.

Ma délicatesse me défendait de quitter Armandine avant que je pusse la dédommager de tous ses sacriOces... J’attendis cinq mois, en rongeant avec ma chaîne, une chaîne que j’ador... que je dorais. Une dernière fois, on m’avait. présenté une délicieuse écuyère... un farfadet, un sylphe avec des éperons, et j’avais fait le serment solennel de ne m’attekr à son cbar que pour vingt-quatre heures seulement, pas une minute de plus, Lc>ïsa devait me rejoindre après la représentation, et je l’attendais, en admirant de ma stalle sa gr&ce et sa hardiesse sur un cheval nu... Ce serait bien le diable, me disais-je, si- en vingt-quatre heures j’avais à me repentir de... En ce moment, patatras, Loïsa fait un faqx

fto

pas, tombe dans l’arène, et se casse une jambe. Ma dëlicalesse, ne me permettait pas... Tu connais la formule?

^ Mon ami, pendant cinq mois, j’ai été garde-malade. Total : douze mois d’ennui, pour seize jours à peine de l’ombre du bonheur; et voilà ce qui le prouve qu’on ne saurait être un ' homme à bonnes fortunes quand on ne peut pas voir pleurer les femmes. Oh! voici madame Fontenay, (u court i Chère mère!

Page 1