‹ Censure de 1827Chapitre 22 sur 91 · COQUETTERIE DE LA CENSURE ENVERS NAPOLEON · texte numérisé non relu

COQUETTERIE DE LA CENSURE ENVERS NAPOLEON

La Revue encyclopédique a^ait imprimé ces mots : Napoléon perdît la liberté. Les censeurs ont biffé cette phrase , séditieuse contre la gloire de l'empereur et roi , et leur plume a enrichi le journal de cette eSLolamation : Non, il ne perdit que l'anarchie ! Les censeurs ctt>ient-ils , par une vieille habitude, travailler pour le compte du roi de Rome?

C'est chose curieuse comme les louanges dé Napoléoti-^Ie-Grand retentissent aujourd'hui de

toutes' parts ; non pas' seulement parce- que les favoris de la faction qui triomphe/ étant d'ordinaire des valets du pouvoir impérial, trouvent leur compte à glorifier leur vie dans ses apothéoses, mais aussi parce que les ministres de notre monarchie constitutionnelle se croient caressés par les panégyriques du grand homme ; ils ontTair de se sentir de sa famille. Napoléon passa son règne h essayer de greffer sa fortune sur Tarbre antique de la monarchie. La monarchie le 4ui a rendu.

BERSONNEL' DE Là CENSURE.

La Quotidienne n'a pas pu imprimer une lettre de M. le vicomte de Walsh , homme d esprit et d'honneur , à la plume de qui on doit les Lettres vendéennes. Il écrit qu'il n'a point accepté à Nantes les fonctions de censeur. Cette nouvelle eût été une bonne fortune pour quiconque honore, sous l'empire du trône restauré, les classes que le trône antique entraîna dans sa chute en les compromettant , durant un siècle entier, dans le respect public. M. de Walsh a aussi la noblesse du talent. Ce sont deux raisons pour que la France s'applaudisse d'apprendre que la police *lui fait injure en l'associant, dans l'opinion pu«»

blique, par de calomnieuses prôUibitions, au travail de ses censeurs.

Les deux articles <jui suivent ont été retranché^ du Courrier français y après avoir été admis dans les feuilles des départemens.

— La Feuille de Cambrai nous fait connaître aujour* d^hui le nom de son censeur; c'est M. l'abbé Duhem , principal du collègue. A. Yalenciennes , c'est le commissaire de police. Il paraît que partout ce sont ou des ecclésiastiques ou des agens de police qui se sont dévoués à ces. fonctions.

( Écho du Nord» )

— Dans le département du Pas-de-Calais, l'autorité, se fondant sur l'art. 6 de l'ordonnance de censure qui loi laisse la latitude de nommer des censeurs selon les ùesatHs , n'en a point nommé.

( Journal du Nord. )

GUEKRE DE LA CENSURE A TOUTE PUBUGITIÈ.

La censure a interdit aux divers journaux les annonces telles que celles-ci :

— M. de Rératry va publier, d'ici à deux ou trois jours, le recueil des pièces de son procès.

( Courrier Français. )

— M9 de Salvandy publiera demain , chez le libraire Sautelet une Lettre adressée à M. le rédacteur du Jour^ naldes /jébatssurVètat actuel des affaires publiques.

— M. le marquis de la Geryaisais, député^ a publié soas ce simple titre , la Pairie^ une éloquente démonstration de ce principe que les créations des pairs sont inconiti-tutionnelles. Écrit excellent, écrit étouffé.

— Demain paraît chez tous les marchands de nouveautés une brochure intitulée : Lettre de In Girafe au pacha

d'Egjrpte.

' {Journal des Débats.)

■' — Ob n'a point cBeorè re$u ioi la brochure ée M. de Cbâteaubriaod 9 qqa nous attendons .cèpendafit avec ime grande impatience.

( Précurseur de lyfon, )

Ainsi 9 dans un pays où la discussion est de droit commun, toute polémique se trouve étouffée en naissant. Nul écrit ne peut être annoncé à un public qui croyait vivre sous une loi de liberté. Nulle doléance ne peut pénétrer au sein des provinces qui croyaient vivre sous une loi égale. Comme pour tenter notre patience , cette censure du royaume des Francs joint à rétouffement la dérision. Un de ces jours , Le Précur^ seur de Ljron défendait à tort ou à raison la pliilosophie modérhè contre les isystèmes ennemis; il rapportait, en les réfutant, une foule d'injures grossières adressées à sa cliente. Les injures ont été admises, les réfutations biffées, en sorte que ce journal a paru ne contenant que

des malédictions outrageuses poar les opinions auxquelles il s'est consacré. C'est là uoc des gaietés de la tyrannie constitutionnelle dont notre ^ande France porte les lisières.

AGGRESSIONS DE LA CENSURE A^X FEljUIONNBS.

La concorde, cette cpocorde uflâjbvinei sté^Ie, glacée , qui naît id^ rîndclîon et du ailence, est le propre des états despotiques. Là, il n'y a point de haine entre les sujets et l'autorité : car l'autorité n'a point d'adyersaires ni d'émnles*; elle ne connaît que des senriteups dociles. A l'oinbre du système représentatif les partis se livrent d'utiles combats, et les hommes du pouvoir peuvent nourrir des haines violentes contre quiconque les importune et les menace. Leur livrer la pensée, c'est vou-r loir qu'ils l'exploitent dans ces intérêts d'inimitié, dans ce^ besoins de diffamation que du moins les Etats absolus ignorent. Ceux qui veulent ressusciter le despotisme impérial en l'obligeant à grimacer par respect humain la liberté , devraient songer qu'ils ne font que rendre ses traits hideux. Sous quel régime , dans quel pays lès deux notes que nous transcrivons n'eussent^elles pas trouvé grâce aux yeux de la censure?

— M. Tabbé de Montgaillard , dans son Histoiie de

France , publiée récemment, et qui est déjà à sa seconde édition^ dit que les princes d*£spagne, à leur arrivée au château de Yalençaj, étaient accompagnés de M. le duc de Dalberg , aujourd'hui pair de France , qui avait été chargé de le surveiller.

C'est une erreur qu'une consonnance de noms propres aura fait commettre à l'auteur.

M. le duc de Dalberg n'est jamais allé à Yalençaj ; c'est M. le comte d'Arbei^, chambellan de Napoléon, qui accoiupagna.les princes d'Espagne à cette résidence.

( Courrier Français. )

-^Un membre de l'Académie Française, auteur des peux Filles spectres, drame' qu'on doit jouer incessamment au théâtre de la Porte-Saint-Martin, nous écrit pour nous annoncer qu'il fait don de la totalité des droits d'auteur de cette pièce , sur toutes les représentations qui pourront avoir lieu durant un an , aux victimes de Tio cendie du théâtre de l'Ambigu-Comique.

{Journal des Débats et Courrier français.)

On le voit; annoncer les projets bienfaisans dun académicien de l'opposition, rétablir des faits indiflérens au pouvoir, quand c'est un pair de France , défavorable au ministère , qui se trouve lésé , ces grandes choses passent la mesure de nos franchises nationales ! Lliistoire même est enchaînée , la charité même mise à l'index sous ce régime tutélaire ! La censure qu'on a rétablie au

nom de la vérité gémissante^ au nom des réputa^ tions attaquées , a plus outragé la vérité , les renommées, l'histoire, en quinze jours de règne, que la liberté en cinq ans de vie. Alors dumoins > on pouvait se défendre ; aujourd'hui la diffamationa pour elle le bon plaisir. Il reste aux victimes la liberté .... la liberté de lire dans la Charte le droit de répondre , dans le Moniteur l'invitation^ de se plaindre , dans le Bulletin des Lois le de--^ voir de se taire.

Quand on est engagé dans de telles voies , quand on fait la guerre au principe même do gouvernement dont on possède l'usufruit , dont on doit sauver les destinées , épuiser l'odieux ne suffirait pas, il faut y joindre le ridicule. Cette censure , instituée pour priver une grande nation du premier de ses droits, s'offense , si la Quotidienne. nomme Je chansonnier de la cause royale, Désau-» giers, le plus spirituel des faiseurs de chansons. Elle biffe ce mot qui l'offense. Pourquoi? Dans l'intérêt de Béranger peut-être ? point. Y a-t-iî une circonstance grave, un danger imminent pour le. trône, à ce que la littérature exprime à ce Jugement? S'agit-il au .moins des intérêts du ministère, s'agit-il de la renommée que quelqu'un des^ membres du cabinet a pu conquérir par des petits vers heureux? C'est moins que cela. Il y a ua

censeur qui a fait dans sa vie un vaudeville 1 Tordonnaoce Ta désigné en conséquenee du nom d'homme de lettres , pour que , dans la troupe , quelqu'un semblât connu , et que les lettres fussent compromises de compagnie; les collègues de ce monsieur ont dû veiller aux intérêts d une gloire dont les reflets rejaillissent sur eux^ et M. Desaugiers , qui n'est pas censeur , ne sera poiat , jusqu'à nouvel ordre , le plus spirituel des chao^ sonniers.

Il n'y a pas beaucoup plus de sens dans ces mutilations du Courrier f rancis ;

— Plusieurs citoyens des Étai-Unis d'Amérique, résidant à Marseille, voulaient sl* réunir dan9 un banquet pour célébrer l'élection de M. de La Fayette;^ mais Tautorité leur a fait donner par rintermédiaire de leur consul Tordre de se séparer. Un Américain, qui devait faire partie de cette réunion, nous demande si la conduite de la polîee dans cette circonstance était autorisée par nos lois. Nous lui répondrons qu'en France , pas plus qu'en Amérique , la police n'a d'inspection sur les gens qui dînent et sur les toasts qu'il plaît à ces gens de porter. Ainsi , il est permis à des Américains de dîner à Marseille en l'honneur de La Fayette , tout comme il serait permis à des Français de dîner A Philadelphie en l'honneur de Washington.

( Courrier Français, )

— I^e Moniteur revient encore sur la question de la liberté suffisante dont jouissent les journaux depuis rétablissement de la censure. Il cite pour preuve Tautorisation qui a été accordée aux feuilles indépendantes d'insérer les détail^ du banquet célébré par les citoyens aniéricains , et de rapporter les toasts prononcés 4an^ qette fête« Nous, qui n'ayons pas l'habitude de prendre Is^ partie pour le tout, nous croyons que le Moniteur ]^our ait mieux choisir son exemple.

( Courrier Français )

En effet, un toast fort iooff^n^if a?ait ét^ supprimé dans toutes les feuilles ^du lendemain, et un discours de M. de La Fayette avait été interdit au seul journal qui eût été tenté de le reproduire. L'exemple du Moniteur était donc mal olK>isi; mais le Moniteur^ dans un paya libre, doit être inaccessible à toutes les réfutatioas.

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