‹ Censure de 1827Chapitre 65 sur 91 · BON PRINCE · texte numérisé non relu

BON PRINCE

Je commence à voir clair dans les affaires de ces gens-ci. Ils sont bien loin d'être aussi bornés que je pensais. Ils ne sont pas même aussi abandonnés de Dieu et des hommes. Car ils ont du monde avec eux , ce dont je ne me doutais guère , et ils ont un système , ce dont je me doutais moins encore. Mais ces grands hommes n'ont pas la main heureuse , et les plus beaux plans échouent , quand c'est leur génie qui s'applique à les mettre en œuTre. Tout leur tourne à mal ainsi que vous ailes voir^ par une inexplicable fatalité.

Ainsi, ]a France avait une douzaine de journaux ; le ministère en a acheté le tiers à force d'or. On assure que ces entreprises ont singulièrement écorné quelques budgets. M. de La Bouillerie perd son latin à combler les déficits qu'il découvre. Les fonds destinés aux sciences , aux lettres, aux théâtres , aux arts, ont été sacrifiés, sans réserve aucune, à l'art sublime de tourner les consciences, de les miner, de les abattre, de forcer les gazettes comme les dieux forçaient Danaé« Ces grandes victoires consommées , qu 'est-il advenu? La France s'est entêtée à lire les journaux libres, à repousser ceux qui ne l'étaient pas, et le tiers des feuilles vivantes a compté un peu plus des quatre-vingt-dix-neuf centièmes des lecteurs ! Le ministère s'est trouvé avoir fait leur fortune. Ainsi tournent quelquefois les choses humaines.

Cet état de choses était intolérable. Il y avait là une sorte de sédition des esprits qui échappait à tous les réseaux des lois , qu'on ne pouvait ni saisir, ni frapper, contre laquelle les avocats-généraux ébréchèrent cent fois le glaive de la justice. Les chambres alors furent long-temps occupées des moyens d'extirper le mal. Il était question d'avoir un gendarme auprès de chaque Français pour l'obliger à dévorer la politique officielle. Ce système n'allait à rien moins qu'à prier les

Kalmouks et les Baskirs de vouloir bieiti revenir faire les fonctions de gamisaires et apprendre notre pays à bien penser, ou du moins à bien lire. M. de Villèle a craint peut-être que le 3 pour i oo ne souffrît de cet expédient onéreux ; ses entrailles de père se seront émues , et une combinaison admirable a été inventée. On a résolu de faire si bien qu'il n'y eût plus de journaux libres que ceux de la police. La censure a donc été proclamée ; puisque la France veut, à toute force, de la liberté, on devait croire qu'elle irait là où restait son idole , qu'elle fuirait les journaux chargés des stygmates de l'esclavage. Hé bien, point: elle s'est entêtée à repousser loin d'elle les feuilles de la trésorerie, toutes libres, indépendantes, allières qu'elles fussent , et les gazettes asservies n'ont pas perdu un abonné.

Ceci était au-dessus de la prévoyance humaine, rien ne prouve mieux combien sont passionnés et ingouvernables les Français d'aujourd'hui.' Ils se sont évidemment établis en taquinerie et, pour trancher le mot, en rébellion contre le ministère.

Je dois le reconnsdtre : ce ministère est prodigieux ; ses <combinaisons sont variées et iùfinies, comme ses désastres. Vous avez oui parler, bon Prince , de ce père de la fable qui mangeait ses fils , même quand ce n'était que de durs cailloux.

Ainsi a fait le cabinet. Il a immolé ses propres en* fans, SBBS ini$é]*i£orde. . Oa a tu s'évanouir iin matin tous 068 jùiiroaux, dont la France s'db^tinait à ne roulotr pak, quoiqu'elle les eut achetés , Dieu merci , fort cher ; et cette suppression avait rinconténient de montrer Tusage et le cas qu'on fait des deniers publics* Mais il y àvail un grand avantage , celui de fortifier lés lignes ministérielles en les resserrant. M. de Yillèle , habile capitaine ^ a réuni son armée , dans son antichambre, autour d'un tapis vert. Il a établi un syndicat de beaux esprits pour la polémique , comme il eh avait un d'épais financiers pour l'agiotage ; et ayant sous la main un brelan de fortes têtes, de fortes consciences, de fortes plumes, il joue cartes sur table çontrela France enchaînée. Ce brelan décompose des noms les plus illustres du pays. Ce sont les honorables MM. Linguay^ B^naben^ Saùvo, Delaney ! !! l Là est la force du ministère et sa vertu ! là est son esprit et sa glohré 1 làM* Linguay préside. Yingt^quatre mîUé fraucs ^ dit^on , sont l'escompte fixe de son labeur et de sa renommée» Dix-huit ' mille francs forment les honoraires de ses collègues ; et on accusera le- cabinet d'être hostile aux éotiivains supérieurs, dene pas encourager le génie , quand i>partage entame ce» quatre publidstes respectés la contribution de quarante villages !'

Les censeurs , qui sont loin de ces collabora-* leurs du cabinet, comme Touvrler aux mines et le tailleur de pierres sont loin des Phidias et des Ganova; les censeurs ont neuf mille féancs d appointemens : c'est la retraite de deux généraux chargés de victoires. N'oublions pas que Tavenir est fertile en gratifications ignorées, en sàlairés imprévus. Les serviteurs du ministère ont tous droit au tour du bâton.

Cette digression m'a quelque peu entraînée. Je voulais faire voir à votre altesse quelle conception habile avait assuré aux survivanciers de l'armée ministérielle tout l'esprit de chacun de leurs prédécesseurs abattus. Les colonnes du Moniteur se sont trouvées ainsi éclatantes de lumières. C'était une illumination qui rappelait celle de Paris , et en surpassait l'éclat. Toutefois y quatre cent mille citoyens ne se sont pas pressés pour en jouir , et le Moniteur a brillé , il s'est éteint , inaperçu comme le lampion du désert.

Cependant, rien n'était négligé de ce qui peut assurer un succès. Le ministère connaît la sublime destination de la parole dans ce monde : il sait qu'elle a été donnée à Thomme pour mentir à ses semblables, et le monologue ministériel a paru vouloir en remontrer eous ce rapport au genre humain. Il s'est mis à crier vingt fois, presse libre.

d'une façon joviale , à célébrer la Cbarte eonstitutionnelle et ses bienfaits, à dire, avec cette grâce de persiflage qu aimaient les Français autrefois , qu'il y avait un prodigieux surcroît de liberté , depuis que M. de Lourdoueix possède avec M. de Frénilly là liberté de contrôler lespensersd'autrui, etM. le duc d'Aumont celle de détruire Feydeau sans contrôle. Aujourd'hui encore , le Moniteur se ranime pour déclarer que la constitution portugaise va recevoir un complément inespéré dans le retour de l'infant don Miguel, qu'elle va s'enrichir dessermens de ce prince , comme la Charte fran« çaise s'est enrichie de la censure, que voici l'ère de ses prospérités ouvertes , qu'elle ne connaîtra

plus d'orages, apparemment parce qu'on

chantera sur elle le Requiescat in pace! Tout cela est charmant de rouerie et de sagacité ! Il y a de quoi émerveiller le monde ainsi que la France. Cet atticisme de l'arbitraire , cette hardiesse de l'imposture, tout ce mélange de grâce et de courage promettaient une riche moisson de succès ! et la France fait toujours la sourde oreille. Elle paie sur son budget ces dispendieuses railleries, et fait comme l'Europe : elle ne les lit pas.

Sort cruel pourtant que de réunir les vertus et les gaietés de la tyrannie, sans en avoir les profits! En ce genre , voici qui est pis que tout.

(7) La censure était indispensable par -toutes les bonnes raisons que j*ai déjà mises aux pieds de votre altesse, et pour celle-ci encore, que la France faisait un bruit importun. On ne se serait bientôt plus entendu en Europe; les ministres étaient tellement abasourdis qu'on pouvait craindre que, d'ennui ou de fatigue, ils dese démissent des rênes de l'empire afin de vivre en paix. Imaginez qu'on ne leur laissait pas tranquillement déplacer les hé« ritages, supprimer les imprimeries, asseoirdes impôts par des traités , spéculer sur les jeux dans l'intérêt de la fortune publique , bouleverser les théâtres, régler les budgets des directeurs de spectacles par ordonnances, chercher noise à la ville de Paris quand bon leur semblait. C'étaient enfin des cris de paon pour chacune de leurs fantaisies. Des gens qui prennent la peine d'administrer deux ou trois milliards, celui des dépenses locales, celui du trésor da l'Etat , celui de Findemnité, ne pouvaient accepter pour récompense cet effroyable tintamare. Qu'ont-ils fait? ils ont commandé le silence : depuis lors , le bruit a redoublé. C'est que ce pays-ci est un monstre à deux têtes , et ils n'en ont bâillonné qu'une; l'autre reste libre. Leur petite main ne pouvait à la fois museler ces grandes bouches. Il aurait fallu , pour obtenir ce succès, faire une loi , attendre l'hiver ,

(8) souffrir fMitîeoiuieiit quelque temps encooe |M)ur

se prévaloir des mérites de cette patience magnanime et obtenir une plus sûre victoire. Ils n'oot pensé à tout cela que le lendemain.

Qui pense à tout ? Après Tévénement là critique est aisée. Mais comment se douter que ce pays qui lisait depuis quatre ans voudrait lire encore ; que les écrivains qui vendaient leurs livres se mettraient à les donner ; qu'environ cen,4; mille puUications gratuites par semaine iraient entretenir les provinces ^ahies des ennuis de ce bruyant silence , et des vexations de cette tyrannie déb<m-^ naire ; que dans toutes les villes se fom^eraient des associations dévouées à la propa^tion de toutes les doléances de la France au secrejt , de sorte qu'il y aurait plus d'écrits indépendans sous lacej^sUré, plus de lecteurs passionnés qu'avant, et qu'on joindiriût l'odieux de l'oppression au vacarme de la liberté?

Vous ne sauriez croire , bon prince , avec quelle perspicacité ingénieuse et profonde les ministre^ aperçoilr^pi; to^s cje^ maux depuis qu'ils sont accomplis et irrévocables. M* le comte de Corbière passe les journées à chercher des conceptions nouvelles d^ns la large tabatière et sous le mouchoir rouge dont it salit de temps à autre la table royale s « Jeaonot , jpoa ami , s'écrie-t-il doulour

rettsemeut^ tu vas quitter le ministère , auquel tu tiens si peu ; » et le comte de Yillèle lui répond : « Oui dà ; vous croye;5 donc que je risque sérieusement d'être débusqué du ministère auquel je tiens tant !»

Peut-être dçmandera-t-on pourquoi tous ces périls n'ont pas été découverts plus tôt. Pourquoi? c'est que le Janus de ces grands politiques n'^i qu'un visage , celui qui regarde le temp^ écouléi Ils nourrissent des souvenirs, comme le genre bur main forme de$ conjectures et des désirs.. Che^ eux j la place de l'Espérance est remplie par ia regret. Dès-lors ils ne peuvent prévoir que ce qui est passé. Ce sont , dans le trajet de la vie ^ des voyageurs qui tiennent le cabriolet de derrière. Us ne regardent jamais devant eux.

Je vais vous surprendre, grand prince , su-r blime clarté de l'Orient ; mais ce que je viens de vous dire du ministère fait toute sa puissance. Ses vertus tournant contre lui^ il faut bien qu'il ait quelque part des appuis ; et il en trouve dfins. ses défauts.

Sachez que les ministres sont ici à la tête de tous les mécontens de la contrée. Ils tiennent les rênes pour le compte des factieux. Quiconque aime le gouvernement et révère les lois, est à leuri^ yeux un implacable enœmi. Quiconqiie veut tout

renverser au pins vite est leur allié fidèle. C'est ce qui m^avait trompée d'abord. Je n'ai vu que les propriétaires, les marchands, les manufacturiers, les artistes, les écrivains, les savans illustres, les jurisconsultes, les magistrats, les chefs de l'armée et des conseils, les représentants héréditaires de toutes les gloires de la monarchie, tous, amis du repos, jaloux de la paix publique , fatigués de révolutions , n'ayant point à j gagner, et par suite ennemis du ministère, ennemis des bouleversemens qu'il médite et prépare. Je l'ai dès lors supposé tout seul : c'est une erreur qui n'a que trop d'excuses. Toutes ces combinaisons ne s'étaient pas encore vues sous le soleil.

De leur côté les factieux de ce pays ont un caractère tout-à-fait nouveau. Ces factieux sont des vieillards , des spectres , des ombres. La jeunesse ne parle que de conserver. C'est la caducité qui brûle de détruire, qui demande en toussottant que le présent soit abattu sans miséricorde, qui dresse sa béquille pour renverser l'édifice des lois. Pardonnez-lui cette fougue bizarre. Il ne s'agit point d un avenir inconnu à créer. C'est vers le temps passé qu'on prétend faire voile , tandis qu'on a encore le soufQe et la pensée. Tout se réduit à ceci, qu'on voudrait revenir au temps où tous les hommes avaient vingt ans , où toutes les femmes ,

entré autres vertus, avaient celle d'être jolies; et^ comme cet âge dor s'accomplissait pour les anciens d'aujourd'hui , au siècle de LoUis .XV, c'est le règne de Louis XV que les novateurs cacochymes envient. Leur ambition ne va ni plus haut , ni plus loin ; au risque de verser dans les poëmes de Voltaire ou dans le parc-aux-cerfs , les moralistes du parti dirigent avec ardeur Jeurs coursiers halçtan^ vers ce dernier tenne du bonheur et de la dignité d'un grand empire ;. l'administration de madame de Pompadour est leur république de Platon.

Ainsi le ministère marche environné de tout ce qu'il y a de têtes à perruques , qui s'en prennent au siècle de n'avoir plus de dents ; ajoutez tout ce qu'il y a de trapistes et de capucins morts autrefois, ou leurs revenans. Tout cela fait une armée de figures de Curtius, et comme il n'y aurait pas moyen de dompter avec de telles troupes la France tout entière unie, d'abattre des générations qu'exaspèrent, que rendront à la fin violentes et subversives ces brutales inimitiés , le ministère appelle à son secours la faim , la peur, la cupidité, l'ambition, l'hypocrisie surtout, l'hypocrisie qui allaite le fanatisme encore au berceau , mai^ en bon chemin de croître et de prospérer. Ceci est la partie morale de sa puissance.

Ce sont là des étsâs quelque peu mqniétans pour qui s'y cobGe. Les geus de t;our, par ezem* pie , et en général les gens de coeur qui tenaient une place dans Tancien ordre de choses, n'ont pu se complaire à figurer dans ce cortège ministériel ; ils trouvent dans le régime qne la Charte a créé de phis dignes alliances et de plus nobles refnges. Aussi n'entend-on parier à Saint -Cloud qu'un langage d'opposition qui£ait frémir. M. de Yillèle et ses deux porté-croix, les comtes Corbière et Peyronnet, n'ont pas le don , malgré tous leurs sacrifices , d'enchaîner à leur char les débris de la Tieille aristocratie , ni de les chankier. On a tu ces débris, en deux grandeseon jonctures, dansun coin de la Bretagne et dans une des capitales du midi , s'unir comme pour lier encore la Vendée an camp de Jalez, et arborer les couleurs opposées au mini&* 1ère; mémorable exemple d'ingratitude , noureau et frappant témoignage de ce que l'intérêt personnel peut sur les hommes ! Us abandonnent le ministère en foule , parce qu'il y a de l'autre côté plus d'avenir et plus d'honneur ; parce que ce malheureux ministère a eu son manteau lacéré dans les tourniquets, criblé de démentis, usé dans l'achat des journaux et des consciences, percé de put en part par l'épée à deux tranchans de la ecsisure, ik l'abandonnent à son destin inévitable.

oubliant que c^est pour conquérir leur amitié qu'il abjura leur estime , que c'est pour rétablir raneien régime qu'iia d'abord abattu la morale. Ne fallaitil pas déblayer le sol ?

Le ministère n'était pas tenu de prévoir ces défections ingrates^ aussi ne les avait^il pas prévues. Mais il prévoit maintenant que l'exemple gagnera ; les fonctionnaires publics mêmes ne sont pas assurés. Les roseaux répètent hardiment que les trois Midas du conseil ont des oreilles d'ânes. Tout est perdu dès lors. Et il fait beau entendre les accens plaintifs de la trésorerie. C'est l'antre du prophète qui chantait les douleurs de Sion. M. de Kothschild , qui n'est pas Français , en a le cœur brisé ; et ici personne ne s'émeut. Ah ! l'administration avait bien raison de faire dire à la France, par l'organe d'un membre de ses conseils , qu'elle était une nation féroce : rien ne l'attendrit.

C'est d'abord un malheur irréparable que la découverte , faite par la foule , de l'importance à laquelle tout le monde peut préfendre en s'éloignaht du troupeau ministériel et des six boucs de mauvaise apparence qui marchent à sa tète* Là vous brouttez l'herbe perdu dans la foule ; vous disparaissez dans la poussière ; vous êtes officiellement destitué du libre arbitre , et n'avez encore la parole que pour bêler uniformément là clô-

liire. Toul cela, c'est vertu ou spéculation; mais il n'y a point de gloire. Et au contraire yous redressez-TOUS sur yos |Heds de derrière pour braver yos guides? Leur faites-Yous une guerre hautaine? yous redcYenez un homme; on dirait Nabuchodonosor reprenant sa forme [unemière. Il suiBt que yous ayez de l'esprit et de l'honneur comme M. Gauthier , ou bien M. de Beaumont, ou bien M. de Preyssac , ou bien M. de Leyval , ou bien MM. de Noailles, ou bien M. Hyde de NeuYiUe , pour qu'on yous écoute et qu'on yous applaudisse. Alors les YiHes yous reçoivent sous des. arcs de triomphe; les sérénades yous endorment au doux concert de la reconnaissance publique ; les départemens yous consultent et YOUS re^>ectent. Yous êtes une puissance devant laquelle M. 1^ préfet décrit une courbe de 90 degrés comme devant un soleil levant, tandis que l'humble député , fidèle à la reconnaissance et à l'amitié, fidèle à ses devoirs, fidèle au mandat quil reçut de la Trésorerie, rentre à petit bruit dans sa ville natale , se glisse inaperçu au traj^ers de la sérénade ennemie , se fait humble devant la foule comme devant une Excellence, pour dérober sa venue fortive à des concitoyens indignes de lui ; tandisenfin , qu'il végète oublié dans tout l'intervalle d'une session à l'autre, ne dîne en

ville qu'à la préfecture , et ne reçoit dWdinaire de M. le préfet qu'un ou deux diiièmes au plus de l'inclination dont il sajiue son pouvoir. Pourquoi y direz-yous , le ministère n'arrange-'t-il pas aussi des triomphes et des concerts à ces coura-r geux régulateurs du budget , qui sont pour lui d£ fidèlesgardes-du-corps? Pourquoi , booprlnc«? C'est que pour faire un civet, il faut d'abord un lièvre, comme disait très-bien le feu roi. Supposé qu'ici la bête ne manquât points on .n'aurait point encore la sauce: on n'aurait ni musiciens, ni assistans.

Le peuple du ministère porte uoe robe qui n'est point de mise dans les bals et dans les fête^. Tous les sentimens et toutes les bienséances seraient blessés s'il fallait voir les trapistes , les visitandines, les capucins danser dansjes rues pour fairehonneurà l'unde leurs manda taires;les jésuites se prêteraient peut-être à ces ovations poUr la plus grande gloire de Dieu; mais ils ne se montrent pas encore, afin de n'être pas comptés. Resterait donc les chantres et le serpent du lieu pour faire orchestre , et les gendarmes pour faire foule. Cette dramatique naïveté a été essayée dans une ville de l'ouest. L'honorable membre pensa en mourir, et depuis en effet il est décidément mort. Ce galant homme crut qu'on venait lui demander.

coînpte de qtrelque» bizarreries de son élection. Président du coMège ^ sa mémoire timorée lui reprochait de n'avoir pas eu assez d'application à épeler les bulletins. Quand il vit la marëcbau:ssée veniràlui, il se mit à crier, la tète perdue : c Foi « d'bomme de bien , il n'y en avait que dix faux c dedans., que cent soixante véritables dehors ; « et j'ai bien lu y la moitié du temps, b

Vous voyez, illustre Pacha, comment on est venu à ce point que toute considération , toute renommée, toute puissance, tout éclat, soient désormais le prix des déserteurs. Ces biens sont assurés à qui passe sous le drapeau de la France, et veuillez songer que c'est ici par-dessus toute chose une terre de vanité.

De là , des embarras dont votre sublimité n'a point d'idée. Quoique je reconnaisse Af. de YiHèle pour un savant homme , il aurait besoin du renfort de quelques-uns de ces Indiens si habiles à dévorer des couleuvres et des épées, à marcher sur des charbons ardens , à escamoter des oranges, et à faire mille tours. Envoyez-lui une paire de ces collaborateurs utiles, et qui sait si* votre altesse n'aura point la gloire de l'avoir sauvé !

Vous n'ignorez pas qu'il y a ici deux divans nationaux, qu'on appelle les Chambres, et dont

{ »7 ) le.&ulïri^e e^t in4isp6n&able aux visirs, cpinm? le balan^cier aux a^robates^ pour se maintenir dibout sur la cpr4;e. du pouvoir, ^Or^cçipiaeicii lien ne ressemble à ce« qui se passe.depuîs le.jlé^ge /laus le reste du monde , c'est la Chambre haute, la Chambre aristocratique , la Chambre ,héi;éditaire qui a la faveur. du pays. La.Chambr,e popula^ire est de beaucoup la moins populaire des : deux, et cette bizarrerie tient à; ce. que. cette Chambre scjmble vouloir ce que le pays. ne y^Ait,pas, tandis que celle qui a été instituée/par la Couromi^ n'ac< cepte p9S; toujours ce. que; la Couroime; propose. Le mot de ce^e longue, énigme e^.ceci^; Dja^s Tune se pressent les honptmes xd'état ,; s^ttaçhés à .tout conserver, hormis le; triumirizirs^ qui v^t tout détruire, et on craint ,gue.riaul;re. ne prête roreUle aux Vœux, de cc^i^jjfçgjjl^nsjs^r }e retour,' de ces révolutionnaires ^rp^tfit^coUqt^: dp c^s CatiUnas enverti^adius.et .en;,pa^ets,^.qui

veuleiit chafager tout, même lescinpekières.

Géisont une centaiile de voii( *^i Ibaif'dâa^ Tastembiée téleotive- la' force du nxinnstèra: S'ilr en exporte la moitié dans raMembléè hëi^ditatre, il est perdu; il est perdu, s'il ne les exporte pa^.- . ' •

Dans lef premier. cas en effet,! il i$e' doo^e- six mxm de vie^aoliuxembourg. Mais soixante nou-^

( »8) véllM ëlëoHdiéiii » faire ^uk tëtikpBr le pàlaSi

^e Idl ^If^Bilt Nt Vmëk. Eltë nièHÏ pas dé miiA )É(ôï4ë \3àità té iïtdût mktoHl : iï serait pferdfc.

n b prèlit» i cëdi èi&tjaâUtë jiéi^ïiAàgës , dbhi oti âàit ièé a^nik; de K^ur idonrié^ Ik^mHé bbibiide on paiièë oh bail Ak éërrittiaè; ri éitt iiërdii sll tient pâiblè ; bàr lëè aiiciénâ pàits àërtïM Ihdigpié^ dé bett« pHfàïiàti^n. Il eàt ^ërdii j^"!! M là tièni pfts ; ôfitr les ^èité béfotiés se Vëtigêroûl clé fcëttè iûî%ïH, en rëèdiiiiaisbknt enfin i^Hè/Ml é'Agàgemeai ne lie à kj'ui li'èn fë^peëie ditcliii.

yods peûserêis qu'il pôuirràit tâièsët aller lès chdseb léiir viëuk train , ^e toHifet l'knhéè Jltecbaine i dëiîiànll^ir te milliard, dbhttef des dipIoMles dé'^m^péttô ^xlir iéiAHefi kmkn tdsé et ^arit^âi, ^§^96ii^ylénii* le VèVà]^ tfaiiJdssâ^le , bon prince ! car à^i^'è là colossale MTodPd&ëVÎé fil cëiisure y s'il ne propoéait point de temèdeétldfinttife a« ibal ^[ûe doit palKer ce fùnieste topîqte vii<l^ viendrait là méeAe la Franée etfieiitit pdrAu;>S'il ne dodbait poinbile nenteaui gâgesv desisetîsfiietions nouYelle&Â là coterie :deft déihodidMoqs , elle lui retirerait son égide puissante, et il serait perdu;;

La ^ebtkm des îûtérèts privés nie6t)|>as fftis fapil^ à mener à bien que celle .fies inlërèb pa^:

(•9) blics. Car, dans une afiaire de pairie , M. de Vîllèle' n'a pas voulu tenir les promesses du nobie duc dé Richelieu , scellées d'un seing augtîste ; et dès lors personne n'ose croire que les siennes fussent tenues de son successeur. Cette ingénieuse malice contre la mémoire de l'illustre duc se trouve, ainsi , par cette fatalité fidèle , tourner coritre luimême; et un personnage que j'oserais appeler la Girafe des gens d'esprit , puisqu'on m'a comparée à lui en me louant d'avoir exactement deUx fois sa taille , l'honorable comte Beugnot se trouve protéger de sa grande ombre le camp de l'opposition.* Le souvenir de sa déconvenue sert ce camp ennemi plus que la puissance de son talent ne sert le ministère; et grâces à lui encore, ce ministère inaleur contreux est perdu.

Le problème est ceci : trouver le moyen de proposer des lois subversives , et de n'en proposer aucune ; dé faire pairs tous ceux qui ne le sont pas encore , et de ne point irriter tous ceux qui le sont déjà ; de jeter le bataillon sacré dans le Luxiembourg, «et de le garder au Palais-Bourbon C'est la pierre'phîlosophale à trouver.

L'inépuisable comte dé Villèle a , dit-on , proposé un tour merveilleux; c'était de porter les grandes lois d'abord à la Chambre élective , puis de les envoyer à la Chambre haute, comine

( ao )

des drapeaux que^ les grenadier3 entourent , sous Tescorte et sous, la garde des honnêtes gens qui les auraient votées une première fois comme députés, qui les voteraient une seconde fois comme pairs du royaume. A cette proposition, Tévêque d'Hermopolis s'est écrié avec étonnement : Bis in idem ? M. de Corbière , réfléchissant, a murmuré. : Bis in idem ! M. le garde des sceaux , ravi d une découverte si belle , a dit avec sa voix tonnante : ^is in idem. Le chef du conseil pria Ses collègues de parler français, pour sa commodité, et on assure que, depuis leur explication, il va répétant, partout : Bis in idem! comme, après une discussion fameuse du Parlement d'Angleterre, il plaçait dix fois par séance dans ses discours les mots de casusfœderis , en les prononçant de manière à dérider, bon gré mal gré , les douze députés du centre qui savent le latin.

Je n'ai pas besoin de vous dire que la proposition n'a pas eu de suites sérieuses. Mais enfin cette bouffonnerie a couru.

M. le vicomte de Bonald proposait, assuret-on, un autre expédient» malheureusement tout aussi impraticable. Ses collègues de la Censure étant de droit en vacance pendant les sessions , il pensait qu'on pourrait leç installer, dans l'intervalle , sur les fleurs-de-lîs ; S. S. les eût conservés

à ses côtés. Mais, à tout prendre, il est plus facile à un noble pair de descendre jusqu'à eux qu'au ministère de les élever si haut; et puis la censure a'est pas un monstre aux cent bras. C'est à grande peine que six Decius se sont trouvés pour se jeter à corps perdu dans le gouffre de ce saint-office ministériel. Et que seraient M. Pain ou même Tauteur de la Gastronomie pour alimenter le parti ministériel ? M. de Yillèle n en vivrait pas deux jours de plus.

Déplorable condition que celle des hommes qui se dévouent à gouverner les empires! Après sept années de travaux désintéressés, de veilles, de sueurs, de chagrins amers, le triumvizirat voit armés contre sa gloire lés cités, les comptoirs, les cours, les chambres , un royaume tout entier T Cent hommes leur demeurent, âmes damnées de rhonneur et de la fidélité , vertueuse cohorte qui ne se soumet pas à déserter ses chefs dans les adversités de la puissance ; et ces cent hommes , il ne sait dans quel bassin les porter pour tenir en équilibre labalance à laquelle sont attachés ses destins ! n n y a pas d'exemple dans l'histoire d'une telle^erplexité. Si je n'en étais pas attendri , je croirais faire partie de ce peuple féroce; je croirais n'avoir pas d'entrailles.

M. de^Villèle parait songer à frapper quelques

coups décisifs sur son ministère pour se tirer dé peine , comme on jette le plomb et le sable à là mer dans les temps d'orage. Il se séparerait enfin d'un ou deux collègues qui étaient pour lui la queue de cbien d'Alcibiade, en détournant sur eux les sarcasmes du peuple d'Athènes. Quelque chose de plus grand serait appelé à son aide, et, o$erai-je le dire , comme ma présence a distrait quelque peu les esprits du coup d'état de la censure, peut-être ne serait-on pas éloigné de compter sur moi encore pour couvrir M. de Villèle de mon grand corps et le faire oublier aux Français.

Je commence à penser que la destination de la girafe n'a pas été bien saisie. On a dit : elle a l'épine dorsale inclinée et ne peut porter des fardeaux. Elle est sans armes et ne saurait combattre. A quoi donc est -elle bonne? je réponds que Dieu n'a rien fait d'inutile , et que , puisque nous ne sommes pas propres à autre chose , c'est que nous sommes faites pour administrer les états. On n'y avait pas songé encore; mais évidemment toute autre ressource est usée. Il faudra essayer de nous.

Nous serions des gens en place accomplis. Nous avons la tête haute, et le regard assuré. Nous portons au vent. Foulant à nos pieds , comme je

( 23) l'ai fait voir à Lyon ^ tout ce qui trébuche , gens du peuple , sayans , préfets ^ et autres , nous ne nous abaissons pas jusq[u'à chercher terre à terre notre vie. Nous ne broutons que les cèdres et les palmiers. Voilà pour les vertus et la représentation.

Quant aux talens, en Egypte , bon prince , les vizirs que j'ai vus pouvaient me rendre timide* Ceux de ce pays m'enhardissent par leurs infortunes. Des revers plus grands ne sont pas à craindre , et , sans vanité aucune ^ je suis bien sûre que si le Moniteur apprenait un matin aux Français que j'ai reçu le porte-feuille au lieu et place de ceux qui l'ont en main^ le royaume serait le lendemain couvert de feux de joie. Et alors quelle gloire pour l'Egypte de m'avoirdonnée àlaFrance^ On dirait encore :

Tradidit iEgyptus.

Mes conjectures se fondent moins sur ce que je me juge que sur ce que je me compare. Je connais incontestablement mieux la France que le ministre des affaires étrangères. Si je n'ai pas , comme M. le ministre de la guerre, appris dans la maison de Sa Majesté Catholique , le roi Joseph Napoléon I*', à méditer sur les besoins de la légitimité française , je n'ai pas non plus de mo-

nomanies étrangères, de prédilectiottspmMenncSy et je ne croirais pas devoir tenir la main à ce qœ la plume de coq allemande fût ailN»ée sorle chef de tons mes gens de guerre, en même temps qne sur les mairies et les clochers de nos fitmtières dn nord. Je ne parerais mon front qae de la cocarde blanche , et. Dieu merci ! on Yerrait de loin mon panache ; j*ai incontestablement sept pieds de pins qne M. de Clermont-Tonnenre. J'ai les formes pins élégantes , le tact pins fin, et, si Ion peut parler ainsi , le cuir moins épais que le ministre de 1 Intérieur. Quant à M. Tévèque d'Hennc^hs , l'éloquent prélat est à moitié Egyptien , et par son siège épisc<^al, et par ses soins paternels pour les écoles et les mosquées que tous élevez en France: nous nous entendrions parfsdtement ensemble. Reste M. deYillèle : Il est également difficile d'entrer au conseil avec lui et sans lui. D tient au ministère comme à ses vieux habits, et préférerait mille fois perdre la monarchie que son portefeuille. D'un autre côté , il est bien usé , Inen inconsistant, bien... bien... pour lui associer ma fortune jeune et pure. J'y songerai.

Cependant^ si je ne viens au secours de l'administration , personne n'aura cette charité. M. de Martignac seul pourrait tenter l'aventure. Maïs , comme dirait mylady Fairfax, il a trop d'esprit

pour se mettre làrdedans; il a aussi trop d'esprit pour que M; de Villèle Vy désire.

Moi 9 au contraire, je satisfais à tout Sans compromettre la supériorité du président des conseils, j'aurais un succès fou ; mon grand air tharmendt; ma démarche imposante ferait merveille : c'est de l'ancien régime. M. de Chabrol devient incommode avec ses perpétuelles améliorations coloniales. M. de La Bouillerie brouillera tout avec ses économies ; le garde des sceaux embarrasse par ses jeunesses de tribune. M. d'Hermopolis a du talent; M. de Yiilèle de son coté baisse à vue d'œil ; il est monotone : il y a sept ans» qu'on sait tout ce qu'il va dire. Je n'ai aucun de ces inconvé.. jens contraires. Quand je m'avancerais vers la tribune, on crierait la clôture. Quand je ferais un signe de tète pour le vote par assis et levé , on le verrait de loin, et il n'y aurait pas d'hésitation dans les consciences : le couteau d'ivoire de M. de YiUèle est trop petit; il peut échapper aux regards distraits par de douces influences quand les orateurs du ministère viennent d'occuper la tribune. Avec moi enfin, le gouvernement représentatif qu'on rêve pour ce pays serait complet. Je suis le dernier ressort qui manque. Espérons.

Et ne craignez point qu'iyie vaine jalousie de métier trouble le cours de mes succès , que l'envie

jette personne dans l'opposition. Vous n'avez pas ridée du dévouement lacédémonien de ce mondeci* Ils sont là trois cents qui , en me voyant en charge , diraient comme le Spartiate : < Je rends c grâces aux dieux que la patrie ait trouvé plus c capable que moi. r

Mes avantages sont infinis. Point n'ai de mœurs décriées et d'alentours compromis. Je défierais qu'on opposât à mes actes mes paroles , et à mes discours mes discours. Personne ne pourndt me vouer au ridicule avec une citation ; je n'ai point été clouée vingt fois sur un banc par des démentis. Je n'ai , que je sache , échoué dans aucune entre* prise. On ne peut me reprocher ni les préjugés étroits d'un gentilhomme à lièvre , ni les étroites habitudes d'un piqueur de nègres y ni la brutalité de manières d'un parvenu de mauvais goût. Enfin^ je suis haute comme il faut l'être, sans morgue et sans grossièreté* Je suis polie, ce que cette nationci goûte fort; ce qu'elle ne goûte pas moins, j'aime les savans; je m'en vois avec plaisir entourée , et aucuns d'eux ne m'approchent sans retourner contens. C'est accomplir le vœu de Titus.

Un autre immense avantage , c'est qu'avec moi, la liberté de la presse pourrait être rétablie, et la nation y tient comme voua tenez à vos odalisques et à votre trésor. Pourquoi la détruirais-je ? Quel-

(27) qu'un s'aviserait-il de nier que j'aie douze pieds de haut ? On se moquerait de lui. Quelqu'un xne reprocherait-il de n'avoir point cette existence honorable sans laquelle on ne saurait comprendre le sacerdoce du pouvoir? Le mépris ferait justice de l'imposture ; je suis disposée à penser qu'il n'y a que les gens calomniables qui croient au triomphe de la calomnie. Dirait-on que je ne marche point précédée de cette considération européenne^ de cette grande renommée qui est indispensable aux ministres d'un peuple , nombreux en beaux génies et en talens éprouvés ? L'argument est fort, je l'avoue; il m'embarrasse; il m'embarrasserait , si mes devanciers ne m'en défendaient pas. Dirait-on que je n'ai point la capacité voulue dans les affaires? Â l'œuvre on juge l'ouvrier! Quand on verrait toutes mes lois adoptées par les Chambres s^ns que j'eusse créé des places, grossi les pensions, frappé des coups d'état, mis en

coupe réglée les libertés publiques, alors —

Mais , comment feriez-vous ainsi passer les lois ? — D'une façon bien simple. Je n'en proposerais que de bonnes , et je m'assurerais qu'elles sont telles , en ne m'en rapportant pas à mon mince génie du soin de les concevoir et de les rédiger. Je prendrais conseil des hommes d'état respectés; puis je laisserais faire le reste au temps, sûre que si

des Ghafnbres s'avisaient de rejeter mes propositions , non point parce qu'elles seraient mauvaises , toais parce qu'elles seraient miennes, le public sifflerait mes ennemis sans miséricorde. Enfin, et par dessus tout , je ferais respecter l'initiative et l'autorité royales ; je ne laisserais point enfoncer une proposition de la Couronne de deux cent trente amendemens; et, pour éviter cette insulte, j'aurais soin que la forme valût le fond, que le style ne sentît pas trop la Girafe , qu'il y eût simplement dans la rédaction quelque peu de bon sens.

Ce pays ne veut qu'une chose , c'est qu'on le laisse prospérer en- paix. Ainsi ferais-je. Ma conscience de Girafe ne se prêterait pas à tourmenter trente-deux millions d'hommes, pour les contraindre d'adopter mes modes et d'entrer dans mes fantaisies. Quelle pitié si ^ parce que j'ai douze pieds de haut, j'allais me mettre en pensée de réformer ici la ménagerie, de violenter le naturel des habitans divers que le sort y a rassemblés ; si, séduite, dans ma visite au préfet de Marseille, d'un portrait <lu roi Louis XV, ou de quelquWne de ses maîtresses, je prétendais forcer le lion à déposer sa riche crinière, le cerf à replier son branchage , l'onagre même à émonder le luxe de ses oreilles pour me donner la joie de coiffer tout ce monde à l'oiseau royal, et d^accommoder, au

(^9) gré de mon humeur, la perruche ou la louve , de talons, de mouches, de poudre et de paniers. Un tel caprice ne peut tomber sous le sens qu'à des ministres étourdis de leur rapide fortune , et je ne pardonnerais point à M. de Yillèle cette coupable folie , s'il n'y rattachait tout un système , combinaison vaste et profonde que j'essaierai de vous expliquer quelque jour.

Je le ferai dès que mon secrétaire sera de retour d'un voyage qui va l'entraîner loin de moi. Aujourd'hui je me borne à vous envoyer le dernier martyrologe de la censure : en le lisant , vous saurez tout juste ce que le ministère veut dire quand il parle de la licence de la presse. La licence consiste à mettre au jour tout ce que je rassemble dans mon album ci-joint. Je ne suis pas bien sûre que Votre SubUme Pouvoir^ illustre Pacha, fût aussi ombrageux; tant l'adversité^ quand elle est à la fois une injustice des hommes et du sort , finit par aigrir les caractères les plus bénévoles et les plus fermes esprits !

Electeurs de France ! il dépend de* vous de mettre un terme à cette légitime exaspération du ministère , à ces violences inévitables. Les listes électorales se préparept ; ne vous inscrivez pas !

Électeurs de France ! voyez le mal que vous avez fait à trois hommes, en retour de tous les

biens qu'ils vous ont voulus. Puissent la recon-^ naissance et le repentir entrer enfin dans vos âmes l Ne vous inscrivez pas !

Électeurs de France ! portez - vous des cœurs d'hommes dans vos seins généreux? Âvez*vous pitié de l'infortune ? donnez-vous une larme tardive à la désolation du ministère? voulez* vous lui assurer sept ans de gloire pour compenser sept ans de misères et de mépris ? Ne vous inscrivez pas !

Électeurs de France ! voulez-vous voir le fonds de cette politique ministérielle dont vous n'avez entrevu que les abords? Youlez-vous connaître et posséder tous les biens que la congrégation vous réserve en partage ? Ne vous inscrivez pas.

Électeurs de France ! en vain les citoyens renommés, les magistrats, les pairs du royaume vous convient. Pensez au ministère et point à vos fils ; à la société de Jésus , et point à la France : ne vous inscrivez pas.

Electeurs de France ! laissez courageusement vos concitoyens , vos proches , vos frèi'es être jurés en votre lieu et place ; laissez le ministère être électeur pour vous : ne vous inscrivez pas.

Électeurs de France ! si la Girafe a semblé vous être chère; si vous tenez à l'imiter, à vous grandir jusqu'à son niveau par vos mâles vertus ,

à mériter dans vos campagnes et vos villes le titre de girafes civiques^ électeurs de France! ne vous inscrivez pas.

Ci-joint raibum iùdiqiké ph» haiU| et eni^iiihi des dernières noirceurs de là eeiistitè.

GiftAËË DE ISenniar.

lUPRIMBaiE DB H. FOUJtNl£B.

IIVB Bl $UMM , M. li.

LETTRE DE LiA GDlAFE an padia d'ÉgypU , pour hd rendn coaqpte de son Tojafft à Sûft-Oond, et enTojcr la rugniei de U cicmuit de Fraoe an jonmal^ sVlaUtt à Alnandrie en Afrique. la JniUei 1837.

IXITRE à M. le rédacteur dn Journal des DâMtsinr les affipffcf pnbliqnes , par N. A. de SalTandj. 19 JnOlet i8s7«

SECONDE LETTRE i M. le rédacteur du Journal des Débats sur Fétat des afiaîres poUiqucs , par le mène. 19 Juillet 1817.

TROISIÈME LETTRE à M. le ràiacteur du Journal des Débato sur la suite des afSdrespubbqiies, par le ntâinc. aS Juillet 1817.

QUATRIÈME LETTRE i M. le rédacteur du Journal des Déliats sur les a£Eûrcs puliiiqnes, par le nilae. 9 AoAt 1897.

Ob jiDDonee poor paraître da 12 aa i5 aoàt : U5E aNQUIÈME LETTRE A M. LE RÉDACTEUR

DU JOURNAL DES DÉBATS, sck la suite des af-

FAiBES vuvuçgijESy par N. A. de SalTandy,

Et un Écrit de m. hyde de neuville sue le

MtnZ STJET.

Troisième jour de

fan iny^' HÉGYRE.

înqimMûH^ à bas krpoliçe ,

chercbcv la donnée première roiâveté mène au crime, le

surtout que. la fiécondilé de»

mra dsaniatiqujes ^ ae produit et qu'il serait kieu tempe pour ertaiBB tkéàtres , de g'adreswr

emprunta d» îa tragédie ^a , Tâgc et Texpétience , en^ lui le désabusèrent d« cet éclaA lui cette porliiMi mê»c d« pur Bteurs du paradi» ou de Tam^ imes a preMpi'entièuement diar lase du discours. Mais le luxe e du style forment un étrange ae bourgewse des pewonaag»»^ lous montrant plus guère^ue e lésais, se rappwcbeir dft fc toutefois que des geoé qui wmf peu mieux : la vérité lorsqu elle T toute nue , et le public com.la soiréd au tbéâtre kfl atroce»

iaes à le matin même effraçyé 9èè BU^ dfena 1«* derniera rangfc da

âge employé à nés exportations était française ; I part de l'étranger a excédé la nôtrç de 77 mille >e i8a5 à 18269 1^ tonnage français n*a presque eliiî de rétranger s'est accru dans cette seule année

tonoeaux. M9US ae ptrloqs que des exportations , es présentent des osôilations moins fortes, et que les droits différentiels s'y fait moins sentir. Dans

année i8a6, sur 900 mille tonneaux d'importaarine française n'en a transporté que 355 mille , que nous arions déjà pressentie en examinait les mbliés à l'appui du budget. En Angleterre, plus srs du commerce se fait sous payillon national, et lins exécutent eux-mêmes tous leurs transports à le près.

ion de la mariue marchande mérite certainemeofen sérieuse eonsidéfation : niais c'est une singusion à tirer de son infériorité actuelle , que la nélaintenir l'état de chose qui l'a produite , au moins tfkrtiç. L'intérêt de la marine est inséparable di$ mmerce : il est aussi ridicule de les oppQser Tua le de mettre l'agriculture aux prises avec l'indusle le font sans cesse tant d'orateurs officiels et de I en crédit : et qui yeut faire prospércx l*un aux 'autre les sacrifie certainement tous les deux, ne colonial empêche potre comnierce maritime de >er; c'est une yérité incontestable. Il n'est pas in que les modifications indiquées dans la pétition rs de sucre accroitraîent , avant trois ans , la coude cette denrée de 40 millions de kilogr. au moins, rtation ne pouvant avoir lieu sans une exportation

f le mouvement maritime serait augmenté de 70 tonneaux. J\ faut remarquer que le commerce avec

no.rA p.«t tvMvîna HpfnvnrAKIp mip. Ipa aiitppA à Ia rvATi«

testait, comme il l'a dféjiîi

s'il affirmait qu'il n'en a

'il habite, nous emploie-

, et nous lui dirions qù^ori

mandemens des évéques

I qu'il soit ; que c'est à eux

urs et la foi sont compro-

issent les met à même de

de cause de la démorali-

ette démoralisation; nou»

Itromjper.dans des matières

d,e àSURÉES.

gç„ a du détroit de Gibraltar,

q^^ rre français; maii il paraît

^ lant.

mmissariat de l'armée ancidoHer que les personnes qui ceipre des vivres pendant six d'à? aux troupes britanniques teiJies à l'entour, devront lui do e i 6 de ce mois. L'une des ail t résilier ce marché en préin/ Indicateur de Bordeaux, ) gi( lu Courier Français.^ et co du Journal des Débats,).

\^ ous avons annoncé hier l'aria

é une jeune fille de six ajas), *J^ oserions faire connaître par "^ i jeune fille a paru devant le "* rs témdios. C'est M. trays- ^^te affaire, j lure du Constitutionnel. )

té un peu plus économe de privilèges pour la création théâtres qui contribuent fort peu à la gloire littéraire :e, et qu'on eût été un peu moins rigoureux sur le lombre de ceux où se représentent les cb ef s — d'oeuvre

, on ne se trouverait pas aujourd'hui dans un em— t on ne peut sortir sans froisser une multitude d'intéscorde agite toujours ses torches dans les rians douterpe et de Polymnie ; on ne rencontre plus que des

et des huissiers dans les avenues de Fajdeau ; le puccoutume d'un genre essentiellement français ; mais le

en profite. Pour certaines personnes il j a compen—

SI , à l'Odéon , aux Bouffes , on ne parle que de pen— E*stitutions et de mutations.

ttis delà musique allemande et italienne ; nous allon» comédie anglaise : nous ne manquerons bientôt plus |ue d'ouvrages français ; et nous connaissons des comai vont se faire naturaliser à Naples et à Vienne pour aeur de se faire entendre à Paris.

{Ko^nure du Constitutionnel.)

Bttre de Paulhaguet, du a4 j^îH^t? contient les dés sur la réception du fils du général La fa jette dans

>rges Lafayette est arrivé à sa terre de Ghavagniac , lent de Btioud«, dimanche 22 juilFet, vers les cinq Dir, accompagné d'une de ses filles. Les habitans de t et des lieux les plus voisins sont allés au-devant de nmes rangés sor deux rangs 9 un. fusil au bras , martête d'un grand nombre de femmes, d'enfons et de 3n ne doit pas être surpris de Tacoueil qu'il a reçu en on , si l'on considère le bien qu'il a fait dans le pays. :te là marque de ses bienfaits ; partout on trouve des philanthropie et de sa généreuse prévoyance. Ici $ Die d'enseignement mutuel fondée gratuitement pour ;ens ; là, c'en est une autre où l'on fait élever aussi unes filles; ailleurs, ce sont des vieillards et des sionnés, des malades soulagés et alimentés. »

( Idem, )

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