‹ Cent annees de rivalite coloniale- L'affaire de MadagascarChapitre 1 sur 32 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Lo présent ouvrage est la suite de celui que l'auteur avait précédemment publié sous le titre de : France cl Angleterre : cent ans de rivalité coloniale. L'Afrique.

Le premier volume, consacré à l'Afrique, a obtenu un rapide succès et il a été couronné par l'Académie des Sciences morales et politiques, qui lui a décerné, en 1906, le prix Drouyn de Lhuys, destiné, aux termes de la fondation, à récompenser des œuvres consacrées à l'histoire des négociations de la France^ ou à des questions qui se rapportent directement à la diplomatie.

Dans le rapport présenté à l'Académie, au nom de la section d'histoire, M. F. Rocquain s'exprimait de la façon suivante :

« Dans tel ouvrago, M. Darcy s'esl. donné pour but de retracer les principaux incidents de cette rivalité au cours du xix« siècle. Son inicntion n'a pas été de faire un exposé d'ensemble des relations franco-anglaises durant cette long'ue période. Il s'est borné, en suivant pas à pas la course de la France à travers les mers et les conliiients, à exposer les faits qui ont marqué ses conquêtes, et il a montre que chacune d'elles a dû être enlevée de haute lutte et que la France, partout sur son passage, a rencontré l'Angleterre cherchant à lui barrer la route et à réprimer son élan. En écrivant cette histoire, M. Darcy ne s'est pas laissé entraîner, comme on eût pu le craindre, à des récriminations. Assurément il l'a écrite avec une àmc toute française, mais ses sentiments ne l'ont pas empêché d'être l'quitable dans ses jugements et modéré dans sa critique. Il a compris que la nature, en faisant de l'Angleterre une île, lui a imposé des conditions d'existence particulières, qu'elle ne peut vivre sans l'échange, et que de là est né chez elle ce souci incessant de tenir la mer libre, et. par une exagération toute humaine, la passion d'être

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st'ulo maîtresse de la mer. Tout au plus, lui reproche-l-il un peu trop d'Apreti' dans la lutte. Mais, ainsi qu'il le déelare en son introduction. " entre deux rivaux, comlialtanl l'un et l'aulre pour la gloire et la grandeur de leur pays, il ne saurait y avoir de haine ».

■• Tel est re,sprit qui a inspiré et dirigé son travail. M. Darcj- n'a négligé aucune des informations propres à éclairer son sujet. Il a cherché dans les archives de France el d'Angleterre, aulanl qu'elles lui étaient accessibles, les dépêches secrètes à côlé des dépêches officielles, s'est aidé de mémoires, de correspondances privées, a interrogé des témoins, a noté dans les comptes-rendus des Chambres de l'un et l'autre pays les discussions qui s'étaient élevées sur ces diverses questions. L'auteur appartient à cette classe d'historiens qui, sans s'abstenir des considérations générales, s'altachenl surtout à faire revivre le passé. Il ne se contente pas de retracer les faits dans leur développement: il met en scène les acteurs. C'est ce qui apparaît notamment dans les quatre premiers chapitres qui concernent la querelle d'Alger et représentent plus d'un grand tiers du volume. De là résulte un récit vivant, dramati(|ue. passionnant même par endroits, sans que néanmoins la vérité historique en soit altérée, et je n'hésite pas à dire que ces chapitres sont, de tous points, remarquables. J'ajoute que l'auteur fait ressortir avec une grande impartialité les mérites de tous ceux, souverains ou ministres, qui, à travers nos révolutions intérieures, de 1827 à 1851, ont entrepris, poursuivi, achevé l'o-uvre d'où est sortie une Algérie française. C'est ainsi qu'il a rendu justice à l'un des ministres de la Restauration, M. de Polignac, chez lequel on ne voit d'ordinaire que le fossoyeur inconscient de la monarchie des Bourbons; à Charles X, qui, s'il ignorait tout de la France, connaissait du moins l'Europe; à Louis-Philippe, qui. eonlre les jalousies du dehors et les préventions du dedans, défendit la jeune France d'Afrique et y envoya successivement tous ses lils.

« Cette justice, M. Darcy la rend également à Jules Ferry, quand, dans le chapitre cinquième, il aborde l'affaire Tunisienne. Je n'entends pas, du reste, donner ici une analyse, même rapide, de cet excellent ouvrage, qui a déjà trouvé, en Angleterre comme en France, de nombreux lecteurs. Il me suffira de dire que les qualités qui distinguent les chapitres sur Alger n'apparaissent pas moins dans les autres, et particulièrement dans les derniers intitulés : La question du Nil, et qui se terminent à Fachoda par l'émouvant épisode de ce que l'auteur appelle » notre abdication ». Apres avoir suivi la France en Algérie, en Tunisie, en Egypte, en Abyssinie, dans le Soudan, dansl'Oubango, sur les rives du Congo, du Niger,

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(lu Sonogal, du Nil, l'auteur, au moiiionl du clore son livre, se iliMiiaiido avec mélancolie pourquoi noire pays, qui, depuis un siècle, a l'ait tant de tirandcs choses en Afrique, qui, sous quatre rég^imes (lirfi'ri'iits et malgré ses nialliiMii's puldiis et privés, n'a jamais interrompu sa caiMpagrio féconde, poui-quoi, dans son dernier efTort, il est retombé si lourdement. « Avons-nous, dit-il, subi le sort que la justice lente mais sûre de l'histoire réserve aux ambitions coupables'^ Est-ce plutôt que notre pays a dégénéré, ([ue la vigueur de la i-ace a faibli... et faut-il souscrii'e à l'impiloyable et ilédaigneuse sentence tomiiée réceiumenl d'une bouche impériale : « Il n'y a plus di' l'rance. » Jamais pareille sentence ne se trouvera sur des lèvi'cs vrainuMit françaises, car les noms viennent en foule de tous ceux qui, sur la terre d'Afrique, soldats, marins, prêtres ou simples citoyens, ont fait honorer le nom de noire patrie. Et à côlé de celte élite de [)rivilégiés à (|ui les cliances de la vie ontpoimis d'inscrire leurs noms dans l'hisloire, combien y a-t-il de hi'ros inconnus, perdus au fond des déserts, de la brousse ou des forêts, dont l'existence entière est consacrée à mettre en pratique ces instructions que Louis XVI donnait jadis à l'infortuné La l'érouse : « Faites partout connaître la France, et surtout faites-la aimer. » Certes non, le vieux peuple de France n'a pas failli à sa tâche, et s'il traverse aujourd'hui une période altristante durant laquelle le doute vient aux âmes faibles et chagrines, il suffit, pour reprendre courage, de jeter les yeux sur la jeune France d'Oulre-mer. »

« En reproduisant ces lignes, je ne puis ajouter sans regret que ce sont les dernières que M. Darcy ait, sinon écrites, du moins publiées. Un second volume était préparé où il devait suivre en Asie, en Amérique, en Océanie, cette lutte de deux grands peuples qu'il avait suivie sur le sol d'Afrique. Une mort prématurée l'a frappé au cours de son travail. M. Darcy n'était pas seulement un historien, c'était encore un écrivain faisant concevoir les plus légitimes espérances; et, pourquoi ne ledirais-je pas, la mort, qui l'a arrêté au milieu de ses travaux, l'a arrêté au milieu d'occupations d'autre sorte, loules de bienfaisance, auxquelles il donnait une part de sa vie. »

Dans la séance publique annuelle du 8 décembre 190G, ^I. Geliliart, président de l'Académie, disait, en proclamant les noms des lauréats de l'Institut :

« L'ouvrage de M. Darcy retrace les principaux incidents de la concurrence de l'Angleterre sur toutes les voies maritimes où la

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France, au xix'siècle, a cherché l'accroissement de sa puissance coloniale. Il pst remarquable à la fois par sa richesse d'informations et l'allure dramaliiiuedo certains épisodes tels que la querelle d Alg-ei'. Le livre de M. Darev permettait d'attendre, pour h' jeune écrivain, un avenir brillant. Frappé soudain en plein bonheur domestique, d'un mal implacable, il fut, en quelques heures, emporté par la mort, une mort admirablement chrétienne. »

L'œuvre lioiiorée de ces hauts sulïrages n'était pas complète. L'auteur s'était proposé de suivre, sur les divers points du globe, l'éternelle rivalité de la France et de l'Angleterre. La plume est tombée de ses mains, au moment oii il venait de terminer la première partie de son deuxième volume, consacré à l'île de Madagascar. Là encore, il avait saisi sur le vif l'incessante action de celte politique des Anglais, poursuivant :

Leur liien premièrement et puis le mal d'autnii.

A l'aide de nombreux documents, dont beaucoup sont inédits, grâce à une série de renseignements précieux mis à sa disposition par une libéralité bienveillante, qui montre le cas que faisaient de son talent les juges les plus autorisés, l'auteur a écrit une page d'histoire, dont chaque ligne, pour ainsi dire, est appuyée sur des faits certains, sur des documents authentiques.

Les nombreux lecteurs du premier volume retrouveront, dans celui-ci, les qualités que signalaient à l'Institut MM. Gebhart et Rocquain, ils rcgretteiont, sans doute, qu'une mort aussi cruelle que r iipide et prématurée ait laissé inachevée l'œuvre de M. Darcy.

GKNT ANNKKS

DE

lUYALITÉ COLONIALE

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