‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphères (volume 2)Chapitre 1 sur 69 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Notre-Dame de Bethsiamits

§ 1 Consolants progrès de la Toi chez les Montagnais de l'Est.

Depuis 1844, les Oblats évangélisaient, au prix de fatigues inouïes les tribus nomades disséminées sur de vastes espaces, au nord-est du Saguenay. Visitant également les îles voisines du littoral, ils avaient poussé leurs excursions apostoliques jusqu'à un millier de kilomètres de leur point de départ, et, sur cette longue route, multiplié les postes avec chapelles (1).

Pour être plus au centre de ces missions, qui, de jour en jour, s'étendaient davantage, ils transférèrent, le 10 octobre 1862, leur résidence des Escoumaim. où elle se trouvait depuis 1853, à Bethsiamits, quatrevingts kilomètres plus loin, près de l'embouchure de la rivière du même nom et de la baie aux Outardes, là où le Saint-Laurent confond déjà ses eaux avec celles de l'Atlantique.

En y arrivant, le P. Arnaud et son compagnon n'eurent, d'abord, qu'une tente pour abri. C'était en plein pays sauvage, à la lisière de l'immense forêt qui se continuait jusqu'à la baie d'Hudson. A quelque profondeur qu'on s'avançât, sous son épais feuillage, on ne voyait que des arbres serrés, ne s'écartant un peu que dans la proximité d'innombrables lacs, de marécages, de cours d'eau, successivement torrents écumants, rivières impétueuses et vrais fleuves, larges parfois d'un* demi-lieue.

(Il Cf. t 11. p. 7X-91 ; 134-139.

Sans retard, les vaillants ouvriers se mirent à l'ouvrage. Il leur fallait recommencer, là, ce qu'ils avaient fait au Saguenay et aux Escoumains, c'est-à-dire s'armer de la hache, de la truelle et de la bêche, pour se transformer, selon le besoin, en bûcherons, charpentiers, architectes^ maçons et laboureurs.

A l'origine, tant que la maison ne fut pas construite et chauffée par des poêles indispensables, allumés jour et nuit, ils souffrirent beaucoup du froid très rigoureux de ces parages. La neige, en effet, tombe dès le mois d'octobre et couvre le sol jusqu'à la fin de mai. Dans le milieu de juin, persistent encore, çà et là, des amas de neige résistant aux rayons du soleil. La mer elle-même se glace, en hiver, et l'on marche dessus comme sur la terre ferme.

Durant la belle saison, elle offre au regard les scènes les plus variées : files interminables de navires cinglant vers le Canada, colossales baleines se poursuivant au milieu des vagues, innombrables troupeaux de phoques et de marsouins.

■ — ■ Dans une de nos expéditions, racontait l'un des Missionnaires, nous rencontrâmes une baleine, tuée depuis peu. On l'aurait prise pour une grosse épave de vaisseau naufragé. Des milliers de goélands, aux ailes blanches, voltigeaient alentour, cherchant à s'en nourrir. Xous débarquâmes sur le monstrueux cétacé, et nous le contemplâmes à loisir, devenu le jouet des flots, la proie des oiseaux du ciel et des autres poissons.

Un indigène adressa, un jour, au P. Arnaud, en le frappant amicalement sur l'épaule, un compliment de nature à lui inspirer sans doute quelque sentiment de vanité, s'il n'avait eu une humilité à toute épreuve. - Tshil mian ilno espish miluashin ! lui dit-il ; toi, tu es beau, comme un vrai sauvage. A quelle tribu ton père appartenait-il ?

Cette question demeura sans réponse, et, dans l'impossibilité de connaître-la famille de l'apôtre, on lui donna le nom élégant de Kauaskamuést, qui signifie : voix douce et sonore.

Après la fonte des neiges, au mois de mai 1863. les travaux de construction furent poussés avec vigueur.

Bientôt s'éleva, en l'honneur de la Mère du Rédempteur, une jolie chapelle à trois nefs, de trente mètres de longueur. Peu à peu elle s'embellit de remarquables décorations, conçues et exécutées avec beaucoup de goût. Rien n'y manqua, ni ornements sacerdotaux de toutes couleurs, ni vases sacrés, ni aucun des objets nécessaires au culte divin, ni garnitures d'autels, chandeliers, fleurs artificielles, nappes et tapis» statues et tableaux, œuvre d'artistes d'Europe.

()n ne s'attendrait pas, écrivait, quelques années plus tard, le 1*. Charpeney, à trouver, ici, de grandes toiles venues de Rotn%et l'on est agréablement surpris en les voyant. Les stations du Chemin de Croix, peintes aussi à l'huile, ne dépareraient pas une église de ville, l'.i quelle exquise propreté ! On se croirait dans une chapelle de couvent ! Entrons dans la sacristie. Ouvrez les armoires, et comptez ces chasubles. ces dalmatiques, ces chapes, si nombreuses et si riches, ces chandeliers de toutes dimensions, ces candélabres à plusieurs branches, et tant d'admirables choses qui captivent l'attention !... Ne penseriez-vous pas qu'un vaisseau chargé de toutes ces splendeurs a dû s'échouer dans les environs, jeté à la plage par la tempête ?... Non, ce n'est pas cela ; mais le zèle pour la maison de Dieu a réalisé ces merveilles, dans ce pays si reculé. •

Non loin, sur une tour, une grandiose statue de la Sainte Vierge, le visage tourné vers la mer, qu'elle domine. Vingt à trente blanches colombes semblent la contempler dans le ravissement. Ce monument, imposant et gracieux à la fois, est ce qu'on aperçoit, d'abord, en arrivant de n'importe quel côté. Les marins, en passant au large, n'oublient pas de saluer Notre-Dame de Bethsiamits, de se recommander à sa protection maternelle, et de la remercier du secours obtenu d'elle dans les moments périlleux.

Au bas de la tour, une statue colossale du Christ au Sépulcre. En arrière, un charmant bocage de sapins et de bouleaux invite à la prière et au recueillement.

• — Il est rare, disait le même Père, de ne pas rencontrer là quelque sauvage agenouillé.

Près de l'église, dans le jardin, en un site très agréable, est l'habitation de la Communauté, entourée d'une galerie sur laquelle il fait bon venir respirer l'air pur de la campagne, et promener ses regards sur la vaste étendue des eaux. Le long des murs extérieurs, s'épanouissent, au printemps, durant l'été et même une partie.de l'automne, des géraniums et des roses de Bengale, aux vives nuances : on en chercherait, en vain, «le plus magnifiques, même chez les jardiniers-fleuristes les plus renommés de Montréal et de Québec.

— C'est ici, disait l'auxiliaire de l'archevêque, après une tournée de Confirmation, que je voudrais terminer mes jours.!

L'endroit, en effet, est très salubre et des plus attrayants. Aussi les Pères de la province du Canada, dont la santé réclamait des ménagements, allaient volontiers s'y reposer durant les mois de juillet et d'août.

Peu d'années auparavant, lieu absolument inculte, où les chasseurs nomades dressaient leur hutte éphémère, Bethsiamits devint bientôt

très animé. Autour de la chapelle et du presbytère se forma une agglomération de plus en plus florissante. Sept à huit cents pêcheurs canadiens s'y fixèrent. En outre, de quinze à seize cents Montagnais y campèrent, à époques déterminées, sur les terres, ou réserves, que leur avait concédées le Gouvernement.

Bethsiamits. — A droite de la chapelle, la maison des Pères ; à gauche, le musée. (Dans le t. II, p. 135, 137, les portraits des PP. Arnaud et Babel ; p. 139, vue plus détaillée de la maison.)

Complètement convertis par les Pères, et fervents chrétiens, ils assistaient quotidiennement au Saint Sacrifice, en répétant les cantiques, composés en leur langue, par le P. Flavien Durocher. Messes, vêpres, enterrements, tout se chantait en leur idiome, alternativement par les hommes placés à droite dans l'église, et par les femmes à gauche. Leurs voix, guidées par une oreille fine et délicate, étaient si justes et si mélodieuses, que les étrangers présents à ces pieux exercices en étaient dans l'admiration.

Mgr de Tloa étant venu de Québec, accompagné de douze prêtres, pour conférer le sacrement de la Confirmation, fut très frappé de leur recueillement. De grosses larmes d'émotion coulaient de ses veux, tandis qu'il leur distribuait le pain eucharistique.

— Ce qu'il y a d'extrêmement remarquable dans nos chers Montagnais, écrivait le P. Nédelec, le 15 février 1864, c'est leur foi. Par cette vertu, ils s'élèvent au-dessus de tous les autres peuples, même des Irlandais, même des Bretons, universellement réputés si dévoués à leurs croyances, à leurs prêtres, au Souverain Pontife... Le Montagnais est religieux par-dessus tout. Il aime Dieu, et rarement il offense ce bon Père, dont la Providence se manifeste d'une manière si prévenante à son égard. Elle lui envoie régulièrement, tantôt du gibier aquatique, canards,

outardes, etc.. tantôt des perdrix blanches, grises, etc., tantôt des lièvres ; en hiver, des caribous, des ours, des loups-cerviers, des bisons, des renards, des loups marins ; en été, des poissons de toute espèce : saumons, truites, harengs, morues, etc. Le fleuve Saint-Laurent en abonde. Les Montagnais ne jurent jamais et ne blasphèment pas le nom de Celui <pii leur révèle si constamment toute sa tendresse. Le vol leur est en horreur : au contraire, ils s'entr' aident avec générosité.

Matin et soir, la prière se faisait en commun, et ensemble, chaque jour, ils récitaient très dévotement le chapelet. Leur tenue à l'église était vraiment édifiante. Jamais ils ne tournaient la tête, et gardaient les veux modestement baissés. Ils vénéraient leurs Missionnaires, leur obéissant comme des enfants, et suivant, en tout, leurs conseils.

- Réellement, concluait le P. Nédelec, ils méritent le dévouement que nous leur portons.

Après Dieu, ils devaient cette surprenante transformation au zèle des Oblats qui les avaient évangélisés : les Pères Durocher, Arnaud, Babel, Charpeney, Burtin, Nédelec, Coopman, Bernard, auxquels furent adjoints, plus tard, les Pères Laçasse, Désiré Fafard, etc.

Ces excellentes dispositions des Montagnais, non seulement ne s'affaiblirent pas avec le temps, mais se maintinrent, en s'améliorant sans cesse. Une vingtaine d'années après, Mgr Bossé, préfet apostolique du golfe de Saint-Laurent, en témoignait officiellement dans une lettre aux Oblats de Bethsiamits, le 29 octobre 1882 :

Votre chrétienté rappelle par sa ferveur les Réductions fondées autrefois au Paraguay. Oh ! qu'il a fallu d'efforts pénibles et surhumains pour changer les enfants des bois en catholiques si pieux !... En esprit, chers Pères, je baise vos pieds, usés à courir, sans fin ni trêve, après les idolâtres ; je presse contre mes lèvres, avec respect et amour, ces mains qui ont versé l'eau sainte sur tant de têtes, autrefois infidèles ; je vénère comme reliques ces membres que vous avez livrés au froid, aux moustiques, à la vermine, aux plus dures fatigues, à tout ce qu'il y a, pour un blanc, de crucifiant, dans une telle vie toute d'immolation. Ces grands sacrifices, vous les avez accomplis avec joie et de bon coeur, pour augmenter le nombre des brebis dans le bercail du Christ.

§ 2 Au Labrador. — "Esquimaux et JVaskapis

De Bethsiamits, connue centre d'évangélisat ion, les Pères rayonnaient au loin. ;'i |tlus de quinze cents kilomètres, jusque chez les Esquimaux des renions «daciales du Labrador.

NOTRE-DAME DE BETHS1AMITS 15

Us ne les atteignaient que par un long et dangereux voyage de six mois entiers, sur une mer agitée et à travers les icebergs, ou montagnes de glace flottantes. Ces intrépides apôtres partaient au printemps, pour ne revenir qu'à l'automne, après avoir contourné toute l'immense presqu'île du Labrador, et avoir pénétré dans le détroit d'Hiidson, par lequel la baie du même nom communique avec l'Atlantique.

— Pendant la traversée, écrivait le P. Babel, le 12 août 1865, à la veille de franchir le détroit de Belle- Ile, je n'aurai pas besoin de chercher les violons pour danser. Les vents est et sud-est se chargent gratis de la musique, et. lorsque nous serons dans les eaux du Labrador, ils nous en promettent une plus complète, au milieu des énormes bancs de glace, parmi lesquels il nous faudra nous risquer, exposés toujours à voir notre bateau brisé, comme un fétu de paille, par leur pesante masse... Le retour sera aussi mouvementé e1 périlleux, avec les vents d'automne qui ne sont pas moins violents... Dans mes expéditions, j'ai couru les plus pressants dangers, et sur terre et sur mer. Ce qui me rassurait, c'est que l'on priait pour moi, et ces prières m'ont sauvé et préservé du naufrage.

- Quelle route étrange et combien impressionnante ! écrivait, de son côté, le P. Arnaud. C'est un vrai labyrinthe d'îles et de montagnes de glace flottantes ! Mes yeux n'avaient pas assez de puissance d'adaptation pour contempler, non pas ces beautés, mais ces changements de scènes, variant à chaque instant. Autour de notre goélette, les baleines venaient jouer et nous faire des gentillesses. Les seuls habitants de ces lieux solitaires sont quelques animaux aquatiques. A peine si on distingue, par-ci par-là, quelques arbustes, ou quelques taches de verdure, apparaissant dans les anfractuosités des rochers !

L'intérieur du Labrador, presque absolument inconnu à cette époque, sauf des Missionnaires et des sauvages, est une des contrées les plus tourmentées du globe. En beaucoup d'endroits, l'œil effrayé ne découvre que d'énormes rochers, à parois verticales, bizarrement déchiquetés par les agents atmosphériques. Chaque année, à l'automne, l'eau s'infiltre dans leurs fissures, et, quand se produit le dégel avec le printemps, cette eau détache des masses considérables, qui tombent les unes sur les autres, dans une confusion indescriptible, frappante image du chaos, tel qu'il devait exister aux premiers âges du monde !

Ailleurs, c'est une sorte de terrain volcanique, un vrai culbutis de montagnes, avec lacs et marécages, résultat des commotions effroyables qui, aux temps géologiques, l'ont si affreusement bouleverse.

- Comment s'y prendre, pour parler de ce pays, sans en médire i demandait charitablement le P. Arnaud.

La plupart des rivières qu'on y rencontre, ne sont qu'une suite inin-

terrompue de rapides écumants, le long desquels on ne peut avancer que lentement, en tirant le canot au moyen de cordes. Il faut ensuite traverser une foule de passages dilliciles et escarpés, en chargeant sur son dos canot et bagages. Parfois, c'est, pendant des heures entières, une escalade pei pétuelle, sur le bord des ravins, des précipices et des gouffres béants.

- Le Missionnaire doit voyager à l'apostolique, écrivait le P. Babel, le 27 octobre 1866 ; il doit s'attendre à bien des privations et des souffrances... Sur quarante-trois jours passés en canot, j'en ai eu vingt-sept pluvieux. Pendant tout ce temps-là, mes habits n'ont, pour ainsi dire, pas séché. Malgré la pluie, nous allions toujours. Me mouiller ici, ou me mouiller plusJoin, me disais-je, importe peu. En avant donc ! Que Dieu accepte mes peines... Le soir, je me couchais mouillé ; et, le lendemain, je me relevais mouillé... Puis, ce furent des intempéries plus rudes encore : vents continuels, violents orages et tourbillons de neige qui nous aveuglaient et nous transissaient de froid... Quand nous eûmes dévoré notre dernière galette et notre dernière bouchée de lard, il nous restait encore plus de cinq cents kilomètres à parcourir, sans provision aucune... Terrible situation, si nous n'avions compté sur la divine Providence !... Elle nous a toujours secouru, au moment opportun... Nous n'avions jamais rien à l'avance ; mais, quand ai rivait l'heure du dîner ou du souper, nous ne manquions jamais du nécessaire. Le Bon Dieu nous envoyait ce qu'il nous fallait : des oiseaux, ou des quadrupèdes, gros et gras, se mettaient gentiment, à point nommé, à portée de notre fusil.

L'année suivante, le voyage fut plus pénible encore.

- Dieu a fécondé mes travaux au delà de mon attente, écrivait le I*. Babel, le 10 novembre 1867, mais au prix de beaucoup de fatigues et de dures épreuves. Après une absence de cinq mois et demi, je suis rentré à Bethsiamits tout brisé, et tellement faible que je puis difficilement vous tracer quelques lignes... Plus d'une fois, je faillis succomber, et je commençais à faire le sacrifice... Le Bon Dieu exigeait-il la vie du Missionnaire de ces âmes infortunées, privées jusqu'ici des biens surnaturels '.'... Mais Dieu ne réclamait pas tant de moi. J'en fus quitte pour de nombreuses souffrances que j'ai été heureux de lui offrir.

Instruit de ces travaux surhumains et de leur résultat, l'Archevêque de Québec écrivait :

liém soit Dieu de l'heureux succès de cette mission. Bénédiction à celui à qui il a été donné de l'accomplir, et au vénérable Institut qui l'a envoyé ! L'Evangile a été annoncé, enfin, dans ces régions lontaines, jusqu'ici impénétrables à nos Missionnaires. Espérons que le Seigneur

protégera l'entreprise, et fournira les moyens de continuer cette œuvre de salut.

De si héroïques sacrifices ne pouvaient qu'attirer très abondantes les grâces de Dieu sur les vaillants ouviiers apostoliques et sur la Congrégation dont ils étaient les fils.

Ces sacrifices si méritoires furent continués, les années suivantes. Sans répéter ce que nous avons déjà relaté des difficultés de tout genre résultant d'un climat si rigoureux et d'un pays si accidenté, disons un mot de celles du langage.

- Je tâche d'apprendre l'idiome des Esquimaux, écrivait l'un des successeurs des premiers Missionnaires du Labrador, le P. Laçasse, au mois de septembre 1875. Je m'y suis mis avec ardeur. Mon dictionnaire est déjà passablement rempli, et j'ai un tableau synoptique des verbes assez complet... Mais, en m'exerçant à prononcer un de leurs k. ou kh, j'ai failli prendie un mal de gorge. Le moyen, je vous prie, de faire partir une syllabe du creux de l'estomac, de l'étouffer à son passage dans le gosier, puis de la pousser avec violence dans le nez, et, là, en dépit des répugnances et des lois de la force centrifuge, l'avaler de nouveau, et lui donner un coup de mort dans le larynx, où elle doit expirer en de bonnes conditions... Pour me consoler et m'encourager, mon professeur, jeune homme de dix-sept ans, cuisinier de son métier, me prophétise que je ne pourrai jamais prononcer certains mots, avec une élégance absolue, mais m'assure, pourtant, que l'on me comprendra.

C'est l'essentiel !... Quant à appartenir à l'académie... esquimaude, je suis assez humble pour y renoncer...

§ 3 lin Muséum d'Histoire naturelle sur les bords du Saint-Laurent

Qu'une opulente capitale possède un Muséum d'Histoire naturelle, cela se comprend : mais comment supposer qu'il y en aurait jamais eu un, à Bethsiamits ? Et, cependant, cette merveille s'opéra, si loin de toute ville populeuse.

Au milieu du jardin, fut bâtie, dans ce but, une maison à deux étages. In singulier arc de triomphe en précédait l'entrée. C'était une gigantesque mâchoire de baleine. Ce trophée était un commentaire lumineux de nos saints Livres. En le contemplant, on se rappelait l'histoire de Jonas, et l'on constatait qu'il pouvait loger à l'aise, même avec quelques compagnons de voyage, dans un cétacé de cette taille, transformé en navire vivant.

A l'intérieur de l'édifice, on admirait, parfaitement conservés, en des vitrines ou des bocaux, une multitude d'oiseaux, de quadrupèdes et de poissons de l'Amérique du Nord. L'étonnement, déjà grand, croissait encore, quand on apercevait de nombreux représentants de la faune de l'Amérique du Sud, des Alpes, des Indes, et môme d'ailleurs.

Quel prodige avait réuni, en ce lieu, une collection aussi variée ?

Chacun sait, sur les rives du vaste golfe de Saint-Laurent, écrivait le I'. Charpeney, que les Révérends Pères Arnaud et Babel, tout en étant dv zélés Missionnaires, sont aussi d'intrépides chasseurs et des empailleurs habiles. De plus, ces Pères ont, comme à leur service, une phalange de capitaines marins, qui se plaisent à leur rapporter de leurs lointains voyages des «objets curieux, dont ils leur font cadeau, par amitié et par reconnaissance. Pendant mon séjour, le P. Arnaud a reçu une lettre d'un marin, en station navale dans l'Extrême-Orient, lui promettant des spécialités chinoises et japonaises.

Par des échanges avec des naturalistes de profession, les Pères, en outre, se procuraient une foule de sujets rares et précieux, sans beaucoup de frais. Ils réussirent ainsi, en quelques années, à constituer une collection scientifique des plus remarquables.

Temiskamingue. — Village de la baie '1rs Pères, devenu ensuite Ville-Marie. A droite de l'église, la maison îles Oblats : à gauche, le couvent-hôpital des Sœurs Grises.

(Voir dans le t. 11, p. 50, la carte du lac indiquant remplacement de la ville.]

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