CHAPITRE II
Autun. Sacré-Cœur
Dans la demeure de sainte Jeanne de Chantai.
Le transfert de l'administration générale à Paris en appelait un autre : celui du scolasticat de ]\Iontolivet. Cette charmante résidence, bâtie avec tant d'amour par le P. Tempier, et améliorée chaque année par lui, de tant de manières, n'assurait plus aux jeunes Oblats, après tant de commotions dont le contre-coup avait retenti jusqu'à eux, la tranquillité reciuise pour le succès de leurs études et la perfection de leur formation religieuse.
Mgr de Marguerye, évêque d' Autun, qui, six ans auparavant, avait accueilli si favorablement les Oblats, et qui, depuis, les ayant vus à l'œuvre, se félicitait chaque jour davantage de les posséder dans son diocèse, s'empressa de profiter de ces circonstances, pour leur procurer, tout près de lui, un second établissement.
Dans la partie occidentale de sa ville épiscopale, se trouvait un ancien couvent de Visitandines, fondé par sainte Jeanne de Chantai elle-même.
Dispersées par la Révolution, ces saintes âmes ne rentrèrent jamais dans leur asile regretté. Comme ce local n'était pas en vente, quand elles retournèrent à Autun, elles durent en acheter un autre, dans le voisinage.
Pendant quelque temps, les Dames du Sacré-Cœur installèrent un pensionnat dans ce monastère, qu'elles quittèrent ensuite, n'ayant pu se décider à y opérer les transformations nécessaires pour l'adapter à sa moderne destination.
Depuis plusieurs années cet immeuble était abandonné com]3lètement, lorsqu'il fut proposé à la Congrégation qui l'aclieta, le 13 juillet 1862.
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Toujours amateur de constructions, nialfjrc son âge, le P. Tempier, très habile en ces matières, présida aux travaux de réparations et à l'aménagement.
Les anti(iues cellules étroites et basses, reliées entre elles par des corridors sombres, allaient se changer en vastes salles dans lesquelles l'air et la lumière entreraient à flots, et que réuniraient de larges cloîtres aux arceaux imposants.
Dans le courant du mois de septembre, des groupes de professeurs et d'élèves commencèrent à affluer.
— La cordialité la plus franche règne parmi les membres de la famille ainsi transplantée, écrivait l'un d'eux. Les premiers venus font fête aux derniers arrivés. On vit dans le bruit des démolitions et des reconstructions, au sein d'un nuage de poussière : on prend part aux travaux dans la mesure du possible, et, quoique l'on soit provisoirement dans la gêne et l'embarras, on est content. Bien plus : on s'amuse de toutes les privations, et l'on plaisante sur tous les épisodes curieux que la position, à chaque instant, suscite. En un mot, le malheur rend spirituel, et on se permet, pour cette fois, d'en rire...
Au mois d'octobre, après huit jours de retraite, s'ouvrirent les cours réguliers des sciences sacrées.
Sous la direction du R. P. Martinet, supérieur, et de professeurs soigneusement choisis, les seolastiques ne cessèrent de progresser. Tous s'applaudissaient de ce séjour qui j)résentait tant d'avantages à la jeunesse studieuse et pieuse : élégante chapelle, riche bibliothèque, silence, air pur, beaux jardins et vastes espaces d'un parc seigneurial.
En souvenir des Visitandines, et à cause du rapprochement du monastère de Paray-le-Monial, illustré par les révélations du divin Maître à la bienheureuse Marguerite-Marie, la maison fut placée sous le vocable du Sacré-Cœur.
Mgr de Marguerye, héritier de l'affection de Mgr de Mazenod pour les Oblats,
La fête de l'Immaculée-Conception, célébrée pour la [)remière fois au scolasticat d'Autun, le 8 décembre 1862, le fut avec un éclat particulier. Mgr de Marguerye voulut bien la présider lui-même entouré de ses grands vicaires, des chanoines de la cathédrale, des supérieurs du grand et du petit séminaire, -et des curés de la ville.
Non seulement il dit la messe de communauté, mais il assista ponti-
ficalement à la messe solennelle et aux vêpres chantées en musique par les scolastiques, dont les voix fraîches et vibrantes étaient remarquablement exercées.
Autun. — Chapelle du Scolasticat.
Avant de se rendre à l'autel pour le salut du Saint Sacrement, l'évêque, du haut de son trône, adressa une émouvante allocution. En voici quelques passages :
■ — Comment contenir en mon âme les sentiments qu'y fait naître