‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphères (volume 5)Chapitre 47 sur 83 · DANS L ILE VANCOUVER · texte numérisé non relu

DANS L ILE VANCOUVER

chapelle. Le P. Fouqiiet. venu récemment de Marseille, consacra aussi à cette peuplade les prémices de son apostolat.

Cette mission donna réellement des consolations à ceux qui s"y dévouèrent. La fatigue était grande, mais, devant la moisson d'âmes qui mûrissait, on redoublait d'efforts, stimulé par l'espérance d'arracher tant d'infortunés à l'enfer.

Les Frères convers secondaient puissamment les Pères, soit pour le catéchisme, soit pour le temporel.

Comme on plaignait, un jour, le Fr. Janin d'avoir à défricher un sol pierreux, il répondit :

— Je vous imite. Cette terre si dure me représente les âmes que vous cultivez. Vous et moi, nous n'aboutissons à un résultat appréciable qu'à la suite de rudes et constants efforts. Mais, en travaillant ainsi péniblement par obéissance et pour la gloire de Dieu, nous sommes certains qu'il coopérera avec nous pour pulvériser ces roches, où germeront, grâce à lui, des fleurs et des fruits de salut.

§ 3 Jl la découverte.

Trois mois furent employés, au printemps de 1860, à explorer toute la partie septentrionale de l'île Vancouver, dans le but d'y préparer des centres d'évangélisation, et de s'élancer ensuite jusqu'à l'archipel de la Reine Charlotte. La plupart des nombreuses tribus disséminées sur ces vastes espaces, étaient presque entièrement barbares ; quelques-unes même anthropophages.

Le départ des Pères fit sensation, à Victoria. On afhiiirait k-vu- courage, et on les combla d'éloges.

— Ah ! si nos ministres avaient une semblable abnégation ! disaient les protestants ! Mais ils ne vont que dans les sites agréables, où ils espèrent pouvoir se bâtir de belles demeures, et jouir de tout le confortable qu'exige leur délicatesse.

Effrayés pour leurs Missionnaires qu'ils aimaient déjà beaucoup, les Saanich avaient essayé de dissuader les Pères d'un voyage aussi périlleux.

— Redoutant les sauvages du nord, autant que nos aïeux craignaient les anciens Normands, écrivait le P. Fouquet, nos néoph}i;es étaient convaincus que nous serions assassinés, ou réduits en esclavage. Des scènes sanguinaires qui avaient eu lieu, huit jours auparavant, augmentaient leurs appréhensions.

Néaniuoins. le départ s'effectua, le 11 avril. Après plusieurs jours, les intrépides apôtres arrivèrent sans encombre à Nanainio. et. de station en station, atteignirent fort Hupert, à l'extrémité nord-est de l'île. Ils s'avancèrent même plus loin.

Sans autres armes que la croix, ils se ])résentèrent à ces peu])lades qui n'avaient jamais vu de prêtre. Si on excepte quelques endroits, où ils coururent de vrais dangers, partout ailleurs l'accueil fut plutôt sympathique. Les sauvages laissèrent assez facilement baptiser leurs enfants. Plus de six cents de ces ]ietits êtres furent ainsi régénérés, et plusieurs ne tardèrent pas à entrer dans k- royaume céleste, où ils intercédèrent pour leurs malheureux j^arents.

— En dix mois, écrivait le P. Foiupiet, le 13 décembre 1860, j'ai visité une soixantaine de camps, ou campements. J'ai voyagé trente jours en canot, à la merci des vents et des tempêtes ; vingt, à pied ; quatorze, à cheval ; douze, en bateau à va})eur. Mon confrère et moi nous avons eu la consolation d'amener, à conclure la paix, douze tribus qui, de temjis immémorial, ne cessaient de se combattre avec acharnement.

Peu après, les Pères Jayol et Durieu entreprirent im semblable voyage d'exploration, dans la partie occidentale de l'île. Les Saanich essayèrent aussi de les détourner de la pensée d'exécuter ce projet, en leur assurant que les sauvages de ces contrées, très adonnés à la boisson, ne les recevraient pas bien.

— Si nous attendions, répondirent-ils, que les infidèles fussent bons, pour aller à eux, nous n'irions jamais.

Cette remarque si juste frappa les Saanich. eu les forçant de se rappeler ce qu'ils étaient eux-mêmes, avant l'arrivée des Oblats. Loin de continuer à s'o])]K)ser à leur dé])art. plusieurs s'offrirent à les accompagner.

Contrairement aux prévisions, les sauvages de l'ouest, en général, accueillirent assez bien les Pères. Ils écoutèrent leurs avis, et beaucouj) promirent di' renoncer aux liquem-s eni\rantes.

Instruit des dangers courus par les Missionnaires, des privations de tout genre (ju'ils avaient subies, et du désintéressement absolu qui les poussait à se sacrifier ainsi pour des sauvages grossiers et cruels, un officier de la marine anglaise dit, un jour, au P. d'Herbomez :

— Je constate que vous ne travaillez pas ])our de l'argent, et vous ne cherchez d'autre joie que celle du devoir accompli. Nos ministres sont dans une ])osition fort différente de la vôtre : rien ne leur' manque ; ils vivent dans une luxueuse oisiveté, et ne se soucient guère du reste.

Un publieistc protestant exposa longuement, dans un article de jom-nal i)aru à Victoria, le contraste entre la négligence des ministres

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