‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphères (volume 5)Chapitre 59 sur 83 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Missions dans Tinlérieur.

Cruillas et Burgos.

La première mission mexicaine fut donnée, au printemps de 1859, à Cruillas, dans l'État de Tamaulipas, à cent quatre-vingts kilomètres environ au sud-ouest de Matamoros. M. Musquiz accompagna les Missionnaires, afin de les présenter à la population. Il avait même promis de prêcher le sermon d'ouverture,

— J'en tiens le manuscrit dans ma poche, disait-il. et je le tirerai, si ma mémoire faiblit.

Excellentes intentions et courage héroïque !.,,

A quatre kilomètres de la cité, le conseil municipal et le clergé attendaient la caravane apostolique. L'entrée fut des plus solennelles, et les habitants, attirés par la curiosité, remplirent l'église.

Intimidé par cette foule, M. Musquiz, au moment de gravir les degrés de la chaire, sentit ses forces le trahir. Pâle et chancelant, il n'osa affronter les regards de la multitude, malgré le précieux manuscrit renfermé dans sa poche. Le P. 01i\-ier dut le remplacer. On n'3^ perdit rien. L'assistance charmée revint, le lendemain et les jours suivants, toujours plus nombreuse.

Quand le curé de Matamoros ^-it que, grâce à l'éloquence des Oblats, l'affaire prenait bonne tourmu-e. il jugea sa tâche terminée, enfourcha son cheval, et, au galop, regagna ses pénates, pour savourer dans le silence les douceurs d'un repos si mérité.

Entendre la parole de Dieu était chose si nouvelle pour les habitants de Cruillas ! Leur pasteur, semblable en cela à la plupart de ses confrères, ne les avait jamais fatigués par des prédications trop fréquentes. Es goûtèrent les instructions, et ne s'en lassèrent pas.

Moins vif fut leur empressement autour des confessionnaux. Depuis si longtemps ils ne s'étaient approchés du Tribunal de la pénitence ! Il leur en coûtait... A la fin de la seconde semaine, après les sermons sur les vérités éternelles, ils se décidèrent, pourtant. Durant les quinze jours qui suivirent, la grâce coula abondante sur les cœurs touchés et repentants.

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Les grandes cérémonies, telles que la consécration à la Sainte Vierge, la promulgation de la loi, la rénovation des promesses du bajîtême et autres, les enthousiasmèrent.

— Ah ! s'écriaient-ils. ravis, la religion de ces Pères est bien plus belle que la nôtre !

Un des résultats les plus consolants fut l'institution de l'Adoration perpétuelle. Auparavant, quel délaissement du divin Sauveur dans son Eucharistie ! Désormais, de fervents adorateurs s'agenouilleraient, à tour de rôle, devant le Tabernacle.

Au moment du départ, les larmes et la tristesse générale prouvèrent que la population entière s'était profondément affectionnée aux Missionnaires. Les principaux citoyens, montés à cheval, les escortèrent, pendant huit à dix kilomètres ; puis, déléguèrent deux d'entre eux, pour les accompagner jusqu'à Matamoros.

Siu- le seuil de son presbytère. M. Musquiz. radieux, leur ouvi-it les bras, en disant :

— Vous avez vu les habitants de Cruillas. Tous ceux du Tamaulipas leur ressemblent. Partout, même réforme à opérer. Avec la grâce de Dieu, nous y réussirons, n'est-ce pas ?

Seules les missions, en effet, régénéreraient ces peuples plongés dans l'ignorance. Avec eux. il y avait tout à faire, et il fallait leur enseigner jusqu'aux premiers éléments, tant la confusion régnait dans leur esprit. Très attachés à la foi. ils la noyaient dans une masse de superstitions. Ce ne serait pas sans de persévérants efforts, qu'on les dégagerait de ce fatras de faussetés, d'autant plus que les agents de l'erreur tentaient, par les moyens les plus variés, de les enfoncer de plus en plus dans les ténèbres.

Après le temps pascal, les Pères Olivier et Parisot consacrèrent de six à sept semaines à évangéliser Burgos et une autre ville voisine. Ces deux missions réussirent à merveille.

A l'annonce de ce succès, plusieurs paroisses, dans un rayon de soixante lieues, envoyèrent des délégations aux Pères, pour les supplier de leur accorder la même faveur. Les curés n'étaient pas les moins ardents à solliciter cette grâce. La vue du résultat de ces prédications simples, mais claires et si touchantes, leur montrait à eux-mêmes comment ils devaient s'y prendre, pour instruire leurs ouailles, auxquelles ils s'étaient contentés, jusqu'alors, de donner, en de rares circonstances, des sermons d'apparat, incompréhensibles pour la plupart des auditeurs.

— Les Missionnaires nous apprennent beaucoup de vérités que nous n'avions jamais entendues, disaient les gens. Chaque jour, ce sont des

choses nouvelles. Que leur relitrion est belle ! Nous ne nous en étions jamais doutes.

Leur admiration et leur joie ne se traduisaient pas seulement par des paroles ; mais ils venaient, en foule, au confessionnal.

A la clôture de la mission de Burgos, les Pères plantèrent une grande croix, sur le piédestal de laquelle on grava les armes de la Congrégation et les initiales O. M. I., en lettres d'or.

C'était un jalon posé sur la route du Mexique, qui s'ouvrait largement aux Oblats de Marie.

Vichria et la police ombrageuse.

Désireux de fixer dans son diocèse les apôtres dont il estimait les travaux, l'évêque, exilé de Monterey, chargea son grand vicaire d'établir les Pères à Victoria, capitale du Tamaulipas.

Malgré son titre que lui valait sa position centrale, cette ville ne comptait guère que de six à sept mille âmes. L'endroit est agréable et très sain, par suite de la proximité d'une chaîne importante de hautes montagnes : la Sierra madré orientale. Située à quatre cent cinquante mètres d'altitude, la cité est entourée de riantes campagnes, où abondent les palmiers et les orangers.

Les Pères Olivier et Sivy s'y rendirent, le 5 mars 1860 ; mais ils durent, par prudence, renoncer à inaugurer leur ministère par une mission en règle, qui aurait éveillé les susceptibilités du pouvoir civàl extrêmement ombrageux.

Ayant récemment aboli les couvents, le gouvernement, soi-disant libéral, n'aurait pas toléré qu'une communauté religieuse se constituât sous ses yeux. Les deux Pères ne se présentèrent donc que comme curé et vicaire. Plus tard, quand ils auraient pris solidement racine dans la place, ils appelleraient quelques confrères, pour les adjoindre successivement à eux.

Dès le principe, ils conquirent la confiance, et virent leurs confessionnaux fréquentés. Bien meilleure, d'ailleurs, que celle de la frontière, la population se plaisait beaucoup aux manifestations extérieures du culte.

— J'eus à porter le saint Viatique, racontait le P. Sivy. Jamais je n'avais assisté à un tel déploiement de pompe. La musique de la troupe ouvrait la marche. Deux longues files d'hommes avec des flambeaux précédaient le Très Saint Sacrement, tandis que les notables portaient le dais, et que d'autres lui faisaient un cortège d'honneur. En arrière, suivaient plus de deux cents femmes, ayant presque toutes aussi des

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cierges allumés. Dans la rue semée de flem-s, se dressaient, de distance en distance, des arcs de triomphe. Enfin, dans le pauvre jacal du malade, transformé en élégante chapelle, les voisins avaient disposé, en guise de tapis et de tenture, ce qu'ils possédaient de plus précieux.

Très solennelles furent les cérémonies de la Semaine Sainte. Pendant les trois derniers jours, les magasins restèrent fermés, et les voitures ne circulèrent plus. La ville entière rentra dans le silence et le recueillement. De fort loin arrivaient les ranchéros, qui envahissaient l'église, aux heures des offices.

§ 3 Persécution.

Enhardi par k- triomphe croissant des révolutionnaires dans les autres parties du Mexique, le Gouvernement du Tamaulipas résolut d'exécuter son projet de soumettre pleinement la juridiction ecclésiastique au pouvoir civil. Pour atteindre ce but, il procéda par une série de tracasseries, d'abord mesquines, puis méchantes et carrément hostiles, avec menaces d'amende et de prison.

N'ayant pas consenti à se plier à ces exigences sacrilèges, les Pères reçurent, le 20 décembre, notification officielle du décret d'expulsion formulé contre eux.

— Le matin de notre départ, écrivait le P. Sivy, la foule accourue pour nous faire ses adieux, remplissait le presbytère. Des mères en pleurs nous priaient de bénir leurs enfants ; d'autres se jetaient à genoux, en demandant de nous baiser les mains. Des personnes riches nous offraient leur rancho, ou leur hacienda (maison de campagne), tandis que les moins fortunés nous apportaient quelques petites provisions de voyage, en nous suppliant de les accepter. Quand il fallut nous arracher du milieu de ces braves gens, nous eûmes beaucoup de difficultés, pour nous frayer un passage jusqu'à notre voiture. Alors, tous tombèrent à genoux, pour être bénis, une fois encore.

Arrivés, la veille de la Noël, à la Gavia, grand rancho d'un millier d'âmes, les Pères s'y installèrent provisoirement, dans l'attente du jour où il leur serait possible de retourner à Victoria. Dans cette région reculée, le bien à faire ne manquait pas. Rarement les prêtres l'avaient visitée, et les paroisses des environs étaient dépourvues également de secours spirituels.

Il semblait aux Missionnaires que, loin de toute autorité civile, et comme perdus dans les montagnes, ils seraient à l'abri de la persécution.

Elle ne tarda pas à les atteindre. Après trois semaines, des sbires leur signifièrent d'avoir à repasser la frontière. Une fois de plus, ils secouèrent la poussière de leurs pieds, et, vers la fin du mois de janvier 1 801, rentrèrent à Browiisville.

— J'espère que leur éloigncmcnt de Victoria ne sera que momentané, écrivait le P. Gaudet, le 12 mars.

On avait d'autant plus de motifs de le croire, que les Pères de Matamoros, obligés, eux aussi, de quitter, avaient pu revenir, deux mois après leur départ.

En avril, les Pères Olivier et Sivy regagnaient, à leur tour, le Mexique : ils allaient desservir une paroisse à quelques lieues de Victoria, pour préparer, de ce poste avancé, leur retour dans la capitale.

§ 4 Guerre civile et étrangère.

Depuis quatre ans, cependant, les discordes intestines ne cessaient de croître d'intensité. En 1857, le Gouvernement fédéral avait publié une constitution qualifiée de libérale, mais qui, inspirée par le sectarisme le plus aveugle, asser\nssait complètement l'Eglise à l'Etat : suppression des Ordres religieux ; liquidation des biens du clergé, convertis en biens nationaux ; administration des s. : ements remise à l'arbitrage des fonctionnaires civils, etc.

Ces lois tyranniques suscitèrent des émeutes. Mexico et plusieurs États du Sud s'opposèrent à leur application, et organisèrent un mouvement de réaction très ^^ve, sous la direction du général Miramon. Les États du Nord voulurent, au contraire, les soutenir, élurent Juarez pour chef, et choisirent Vera-Cruz pour capitale.

Pendant trois ans de luttes fratricides, de cruautés inouïes et de scènes d'impiété, le sang coula à flots. Ce fut. pour les deux partis, une suite de succès et de revers alternatifs.

Au commencement de 1860, les factieux, assiégés dans Vera-Cruz et réduits à la dernière extrémité, étaient sur le point de se rendre, quand les États-Unis capturèrent les navires qui bloquaient cette ville du côté de la mer, et contraignirent ainsi l'armée de l'ordre à s'écarter du rivage.

Obligé de se tenir sur la défensive, Miramon ne put empêcher les « libéraux » de renforcer leurs colonnes, de s'emparer de plusieurs villes, et, au mois de décembre, de cerner Mexico qui dut capituler.

Le premier acte des vainqueurs fut de disperser les religieux, de confisquer leurs biens et ceux du clergé, d'expulser les évêques, et de

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