ERECTION DE L'EVECIIE DE BYTOWN
vœu de pau\Teté et d'obéissance ; mais jamais des séculiers ne l'accepteraient. Mçrr Phélan, administrateur de Byto^vn, n'avait même pas osé proposer aux Oblats une mesure aussi draconienne, quand il les invita à travailler dans cette partie du diocèse de Kingston, Mgr Guignes la leur imposa, de sorte que, loin de retirer un bénéfice quelconque de l'élévation d'un de leurs confrères sur le siège épiscopal, ils furent, dès ce moment, dans une situation bien inférieure à celle qu'ils avaient eue sous son prédécesseur.
Nous doutons que beaucoup d'Instituts eussent souscrit à un contrat aussi léonin, où tous les avantages étaient pour le diocèse, et toutes les charges pour la Congrégation.
Celle-ci était exposée, après tant de labeurs surhumains, de fatigues inouïes et de sacrifices pécuniaires de tout genre, à ne posséder, à la mort du prélat, ni un pouce de terrain.
ni un pan de mur, ni le moindre toit pour s'abriter, dans un diocèse qu'elle aurait créé complètement. Saint Paul lui-même aurait jugé ces conditions plus qu'onéreuses : Quis militât suis stipendiis iwquam ? (I Cor., ix, 7).
Il serait difficile d'apprécier, à cette heure, tout ce que Mgr Guignes dut à un concours aussi désintéressé.
Au commencement de son épiscopat, il ne trouvait, dans son diocèse, outre la cathédrale inachevée, que deux petites églises qu'il fallait rebâtir, et quelques misérables chapelles en bois, dénuées presque de tout. A la lumière des réflexions antérieures, on comprend qu'il ait pu l'enrichir
Le P. Tabaret.
de soixante-sept églises, de quarante-huit chapelles, et d'un nombre proportionné d'éeoles. Par leurs fatigues incalculables et leurs sacrifices répétés, les Oblats constituèrent ces centres d'évangélisation ; pais, à mesure qu'ils eurent formé un clergé séculier, ils lui cédèrent leurs propres résidences, devenues des paroisses prospères.
Situation singulière (pour ne pas dire anormale) de la Congrégation, dans un diocèse qu'elle créait de toutes pièces i...
Une douzaine d'années seulement après leur arrivée, les Oblats y possédèrent un établissement : le collège d'Ottawa, que leur céda Mgr Guignes. Mais il était loin de valoir, alors, ce qu'il devint, dans la suite, par leur sage administration, leur dévouement sans bornes, d'énormes sacrifices pécuniaires, et le génie d'organisation du P. Tabaret.
Cette cession elle-même fut une bonne affaire pour le diocèse, car. au moment où le collège passa complètement dans leurs mains, il représentait plutôt une lourde charge qu'un avantage quelconque. En outre, le prix de l'immeuble, si modeste encore, égalait à peine la forte somme avancée par la Congrégation, dix ans auparavant, pour la construction de la cathédrale. C'était donc, moins un don gracieux, ou une reconnaissance, si insignifiante fût-elle, des innombrables services rendus, qu'une simple restitution opérée sous couleur d'un échange. Là encore se manifestait cette habileté pi'overbiale de Mgr Guignes pour les transactions.
Quant aux sommes, autrement grandes, employées par la Congrégation à la fondation des paroisses, abandonnées ensuite au clergé séculier, il n'en fut fait aucune mention, et elles restèrent définitivement acquises au diocèse.
§ 3 Le collège d'Ottawa, future Université.
Conçu pour procurer une éducation très soignée aux jeunes gens de la haute classe et aux aspirants au sacerdoce, ce collège qui, dans les desseins de la Providence, était appelé à un si brillant avenir, commença modestement, comme les oeuvres de Dieu. Les Oblats naturellement en furent les professeurs et les directeurs ; ils le sont encore, à cette heure.
Ouvert, le 26 octobre 1848, dans une bâtisse en bois, près de la cathédrale, il compta, dès le début, quatre-vingts élèves, parmi lesquels le successeur de Mgr Guignes, Joseph-Thomas Duhamel, alors âgé de neuf ans.
Le nombre des étudiants continuant à augmenter, cet édifice fut remplacé par im autre plus convenable, à l'angle de la Church street et de la Sussex street. En 1853, le P. Tabaret en prit la direction, et c'est