MANCHESTER
Plus de cinq cents hommes s'enrôlèrent dans la Société de tempérance et prêtèrent solennellement serment, au pied de l'autel, de s'interdire, leur vie durant, toute boisson enivrante.
Les communions se comptèrent par milliers. Chaque jour, il y en avait plusieurs centaines, car on ne pouvait songer à garder tout ce monde pour un seul banquet eucharistique. Néanmoins, à la clôture, douze cents personnes s'agenouillèrent encore à la sainte Table.
Par l'enthousiasme de la multitude et la magnificence des cérémonies, ce jour de clôture rappela les plus beaux de ce genre qu'on eût jamais vus en France.
En bénissant aussi largement ce premier essai, en Angleterre, du ministère spécial qui est la fin principale de leur Institut, le Seigneur montrait aux Oblats que là, comme ailleurs, il les destinait à être les ministres de ses miséricordes.
Les demandes de missions se multiplièrent, dès lors. Que n'étaientils assez nombreux pour les accepter toutes !
Double fondation à Manchester.
Outre la chapelle de Saint-Patrice quiis desservaient à Oldenhani Road, les Oblats créèrent un autre centre d'évangélisation, dans la même ville, à Nen'ton Heath.
Un terrain fut acquis pour y bâtir une belle église, à la construction de laquelle les protestants eux-mêmes, pleins d'admiration pour les Missionnaires, voulurent contribuer. Leurs bonnes dispositions leur attirèrent les grâces de Dieu. Plusieurs se convertirent ; mais, surtout, beaucoup de catholiques qui ne l'étaient plus que par le baptême, ayant laissé depuis longtemps toute pratique de dévotion, revinrent sérieusement à l'accomplissement de leurs devoirs religieux.
Les Pères Daly et Grey furent i)articulièrement attachés à cette œuvre.
CHAPIÏUE X
Liverpool
Sainte-Croix de Liverpool et le Calvaire de Marseille.
Regardée comme le port de Manchester, la ville de Liverpool est, après Londres, la plus considérable de la Grande-Bretagne. Par elle passent les quatre cinquièmes de tout le commerce anglais avec les États-Unis. Des quatre cent mille habitants qu'elle possédait en 1800, plus de cent mille se prétendaient catholiques ; mais le tiers de ceux-ci vivaient sans religion aucune, faute de clergé. Les enfants croupissaient dans l'ignorance, et trop souvent les malades mouraient sans sacrements.
Ayant appris les merveilles opérées par les Oblats à Manchester, Mgr Brown, évoque de Liverpool, pensa qu'une de leurs communautés serait une source de bénédictions pour son troupeau, (^e prélat leur offrit donc le service de la chapelle de Sainte-Croix, Holy Cross, située non loin des docks où travaillaient des milliers d'Irlandais, pauvres des biens de la terre, mais plus dénués encore des trésors spirituels. Jusqu'alors, en effet, il n'y avait eu, là, qu'un seul prêtre, pour plus de dix mille fidèles.
Les Oblats lui succédèrent, le 18 janvier i85o.
Cette maison nouvelle leur rappelait l'une des plus anciennes de la Congrégation : le Calvaire. N'était-ce pas le mémo nom? /fnl)- Cross ! La Sainte Ci'oix !
I'>n signalant celte similitude à Mgr de Mazenoil, le 1*. Auhert. <|iii se jilaisait, parfois, aux rapprochements ingénieux, lui disait :
— Nous sommes ainsi au ccnur de doux populeuses cités, dont l'une s'appelle la Marseille de l'Angleterre, et l'aulre le Liverpool de la France.
Son premier soin lut de procurer le bienfait «l'une mission en règle à tant d'àmes jus(jue-lh si aban<l«jnnécs.
LIVEKPOOL 565
Elle commença vers le milieu de février. La chapelle était plutôt une sorte de hangar qu'une église. Il faudrait se préoccuper, sans tarrler, d'en bâtir une plus décente. Pendant la mission, elle fut constamment archicomble. Gomme à Manchester, les Pères durent rester au Tribunal de la pénitence, tous les soirs jusqu'à minuit, et quelquefois jusqu'à deux ou trois heures du matin.
— Ici. remarquait le P. Aubert, on a autant de gens à confesser, dès le début, que la veille de la clôture, ailleurs !
Parmi ces Irlandais, néanmoins, beaucoup ne s'étaient pas approchés des sacrements depuis vingt ou trente ans.
La mission se continua jusqu'à Pâques. Elle fut comme une résurrection pour ce vaste district. La promulgation de la loi de Dieu et le renouvellement des promesses du baptême produisirent une impression profonde. Une trentaine d'hérétiques abjurèrent publiquement leurs erreurs. Les communions eurent lieu par milliers.
En termes très flatteurs, le journal anglais le T'ablet rendit compte de cet événement.
Dans les comtés J'ITork st de Lancastre.
Tandis que les Pères Aubert, Egan et Noble évangélisaient avec tant de succès Liverpool, le P. Cooke entreprenait un travail semblable à Huddersfield, l'une des villes manufacturières les plus importantes du comté d'York. Sa parole ardente remua la conscience des catholiques endormis. Elle décida aussi la conversion de plusieurs protestants et méthodistes, des plus notables.
Plein de reconnaissance, le curé écrivait au P. Aubert :
— Dieu a béni dune manière extraordinaire les labeurs du R. P, Cooke, dont le zèle et la piété sont au-dessus de tout éloge... L'amour et la charité régnent maintenant dans cette paroisse si malheureusement divisée jusqu'à présent. Jamais un changement si radical ne s'était opéré, en si peu de temps. Quelle transformation !... C'est un sujet d'étonnement pour nos frères séparés !
Après Pâques, les Pères Cooke et Noble poursuivirent leurs courses apostoliques dans le comté de Lancastre.
Ainsi, dans leur province naissante d'Angleterre, les Oblats se livraient avec fruit à la prédication des missions populaires. Ce genre de ministère, outre le bien qui en résultait pour les âmes, contribuait à faire avantageusement connaître la Congrégation. Les prêtres l'appréciaient de plus en plus, et les évoques lui prodiguaient les marques d'une croissante sympathie.