PIGNUS AMORIS ET GRATITUDINIS
A Monseigneur DONTEINWILL,
Archevêque de Ptolémaïs. Supérieur général.
Monseigneur et bien-aimé Père,
Dans son Journal intime, notre vénéré Fondateur disait, le j-/ décembre i838 :
« J'ai fouillé dans mes papiers. J'ai brûlé plus de deux cents lettres. Je conserve celles qui peuvent servir à l'Histoire de la Congrégation. Onj' découvrira des souvenirs émouvants qui se perdraient , sans cela;... des traits pi^écieux ; . . . des sentiments souvent admirables qui édijîe/'ont ceu.x qui viendront après nous.
« Mais il faudra un homme dévoué, patient, zélé et capable, pour coordonner toutes ces choses.
« Qu'il soit assuré qu'il aura bien emploj'é son temps, quand, de son travail, résultera l'Histoire intéressante des commencements et des progrès de la Congrégation : la i^elation des missions principales et des divers établissements ; un aperçu de la vie exem^plaire des nôtres qui ont sacrifié leur existence à la gloire de Dieu et au salut du prochain.
« Si Je trouvais cet homme de bonne volonté, Je n'hésiterais pas à le dispenser de tout autre ministère, pour le laisser, fût-ce deux années entières, à cette unique occupation.
« Je le consigne ici, ajin qu'on n'ait aucun scrupule pour exécute/ce plan, lorsque, plus tard, on songera à faire ce que Je regrette qu'on n'ait pas fait encore. »
Depuis soixante-quinze ans, ces lignes sont tracées. Durant ces trois quarts de siècle, parmi les jils de Mgr de Mazenod, il n'a pas manqué certainement d'hommes « dévoués, patients, zélés et capables ». Par leurs soins, des monographies, soit de nos Evêques, soit de quelques-uns de nos Pères, ont vu le Jour. Nul, cependant, n'avait tenté encore un travail d'ensemble.
YIII
Le Chapitre général de igoS jugea que cette Histoire devait, enfin, être rédigée et paraître à V occasion du centenaire de nos origines (igiO).
Pour la réalisation de ce dessein, Monseigmeur, ('ous avez Jeté les )'eux sur moi. Cette bienveillance m'honore. Elle m'impose également l'oblig-ation de répondre, dans la mesure du possible, à la confiance dont J'ai été l'objet-
Mais comment oserai-Je me flatter de posséder ces qualités nécessaires à l'historien que notre vénéré Fondateur appelait de ses vœu.x?
Il en est une, du moins, que Je crois avoir : la « bonne volonté ». Pour suppléer à mon insuffisance. J'ai apporté à cette œuvre le dévouement, la patience et le zèle qu'il réclamait. J'ai fatig-ué mes jeu.x à la lecture de milliers de lettres, écrites en plusieurs langues, et provenant de toutes les contrées de l'univers.
Deu.x années entières ne lui semblaient pus de trop, en iS3S, pour la coordination et la mise en place de tant de matériau.x. Notre Société, pourtant, n'existait, alors, que depuis vingt-deu.x ans ! Elle ne s'était pas encore développée au delà des limites de la France !
Qu eût-il dit, maintenant qu'elle compte un siècle de vie féconde, et qu'on la rencontre sous tous les climats, Jusqu'au.x plus lointaines frontières du monde habité ? Quel chijfre d'années eût-il fixé pour la complète exécution d'un projet qui lui resta si cher?
Le temps que J'y ai consacré déjà, m'a permis de conduire celte Histoire générale, non seulement Jusqu'en iS38, mais Jusqu'en iSOi. C'était, de beaucoup, la partie la plus ardue. N'exigeait-elle pas le plus de recherches pénibles dans ces vastes régions inex/iloré-es des Archives?
Les livres, ou brochui'es, au.xquellcs tantôt Je J'ais/iis allusion, et nos Annales, dont la publication débute en 1861, concernent pr<'squc exclusivement les périodes suivantes. Quant au.x biographes de Mgr de Mazenod, ils s'occupent surtout de lui : c'est naturel. Ils ne parlent que d'une manière t/-ès succincte, et comme Incidt'inntrnt. soit des autres memh/-es de notre Institut et de leur arlion, soif des nondjreu.x établissements, nés successivement, et qui méritent autre chose que de sifn/)lcs cl courtes mentions, disséminc'cs rà et là. au itasard des circonstances.
Selon le désir de notre vénéré Fondaleiir. J di tàehé de rendre « intéressante » cette « Histoire des eomineneenieuls et des /irogi'ès de la Congrégation ». Au rai- je réussi? Je le souhaite. l)ans le cas contraire. Je confesse sineèrcment queee serait ma faute, car, en elle-même, cette Histoire est des plus atlae/i/mtes.
l'erstutuellenieiil il m'a ele dou.x île vivre en eonlael iminedint , par
mon labeur quotidien, avec tant (Vâmes de vaillants apôtres, qui furent, à la fois, de si saints religieux. L'étude assidue de leur correspondance n'aura pas été, non plus, je l'espère, sans profit spirituel pourmoi. N'eussé-Je obtenu que ces résultats, mes longues veilles ne seraient pas stériles.
Si. par la bonté divine, ces volumes procurent aux lecteurs les mêmes avantages, la reconnaissance jaillira de mon cœur d'autant plus fervente, pour monter vers Celui de qui procède tout don parfait.
En vous offrant aujourd'hui ces premiers fruits de mon travail, je vous prie. Monseigneur, de bénir l'œuvre et l'ouvrier.
Daignez agréer aussi l'expression des sentiments de vénération profonde et de respectueuse affection avec lesquels j'ai l'honneur d'être.
Monseigneur et bien-aimé Père,
De votre Grandeur,
Le fils très humble et très soumis.
ÏII. OUTOLAX. G. M. I.
mr
MONSEIGNEUR DONTENWILL A L'AUTEl R
Mon Révérend et bien cher Père,
Au cominenceinent de la lettre par laquelle vous me faites hommage du premier volume de VHistoire de notre Congrégation, vous évoquezle souvenir aimé de notre vénéré Fondateur. C'est une pensée des plus heureuses. Elle nous montre sa noble et sainte fig^ure planant sur votre travail. Son cœur en conçut le projet ; sa main en traça le prog-ramme : son autorité, qui est pour nous d'un si grand poids, approuva pleinement, par avance, le décret du Chapitre général de igoS qui en ordonna V exécution.
Je constate avec bonheur que nous ne nous sommes pas écartés de ses indications : ni Jious qui avions à choisir l'écrivain, ni vous que nous avons choisi.
Nous estimions précisément qu'il fallait, d'abord, trouver un homme « capable », selon l'expression de son Journal intime : c'est-àdire un homme qui, habile dans le maniement de la plume, allierait à la promptitude et à la sagacité de l'esprit, un Jugement droit, une critique éclairée, un sens e.xact des convenances qui le pousserait à placer en relief les événements les plus importants, et a grouper les autres autour de ceu.x-ci en un tout liarmonieu.w
Au risque de blesser votre modestie. Je dois lé/noigne/- que nous reconnûmes en vous ces qualités et d'autres non moins précieuses. 1 alrr amour pour la famille nous garanfissai/. en outre, le soin (/iir vnns mettriez à la réalisation de l'œuvre.
Pour ces raisons, le choux de votre persinme s'intpasait .
Suivant nos prévisions, vous avez répondu généreusement à ntitie appel, en fouillant patiemment /los Archives: en recueillant un peu partout d'innombrables matériau.x : en vérifiant une foule de dtitrs : en reunissdiil dans an enscndde régiilii'i- et agreatdc tant d'eirnienis divers.
Dans ce volume, prémices de cotise inlassable labeur, après nous avoir tracé le portrait vivant de l'homme aux vertus éminentes que le Ciel nous donna pour Père, vous nous racontez les merveilles accomplies par ses prédications apostoliques et par celles de ses compagnons ; puis, vous nous décrivez la croissance vigoureuse, l'extension rapide et la multiplicité des établissements de notre Société, en France, en Angleterre, en Ecosse et en Irlande.
En lisant ces pages si attraj-antes, on voit avec satisfaction qu'une documentation des plus rigoureuses ne nuit aucunement à la beauté de la forme et à l'intérêt captivant du récit. Tous les Oblats, fen suis fermement convaincu, seront heureux de posséder ce livre. Ils y puiseront des motifs nouveaux de reconnaissance envers Dieu qui s'est montré si magnifique par les grâces insignes qu'il a prodiguées à notre famille religieuse ; envers la Vierge Immaculée dont elle est si fière de porter le nom et par qui nous vinrent tant de faveurs ; envers le Saint-Siège, qui, par son approbation solennelle, lui marqua officiellement un rang dans l'Eglise immortelle.
Au nom de tous les Oblats, et en mon nom personnel, je vous félicite de l'excellence de votre travail. Je vous remercie du dévouement avec lequel vous vous êtes consacré sans réserve à la tâche immense des longues et pénibles /recherches qu'il nécessitait ; Je m'applaudis du charme dont vous avez su revêtir la narration.
A la demande que vous m'adressez de vous bénir, Je réponds par une prière ardente à l'Auteur de tout bien, pour qu'il répande sur vous ses dons les plus abondants.
Daigne le Seigneur vous conserver la santé, vous soutenir dans vos fatigues, et vous accorder la consolation de terminer une œuvi'e de cette importance, déjà si heureusement commencée. Ce sera une grande Joie pour nous de pouvoir présenter à la Congrégation son Histoire complète, entreprise à l'occasion du centenaire de ses origines.
Recevez, mon bien cher Père, l'assurance de mon paternel dévouement en N. S. et M. I.
t Ai G. DOXTEN^VILL, (). INI. J.
Archev. de IMolcinaïs,
Suj). ?;•<•"'•
Préface
Il y a deux laçons d'écrire l'histoire. (Chacune délies a ses avantages et ses inconvénients.
Pour la disposition des matières, en effet, on peut s'astreindre de préférence à l'ordre purement chronologique, ou à l'ordre logique.
Dans le premier cas, si l'on s'en tient avec trop de rigueur à la succession des temps, et si Ion veut épuiser complètement une année, avant de passer à la suivante, on risque de rédiger simplement des chroniques ou des annales. Un tel procédé est assurément plus facile pour l'écrivain ; mais, pour le lecteur, il manque d'agrément et de clarté.
Ce que l'on désire dans la biographie d'un homme illustre, ou dans l'histoire d'un Institut, ce n'est pas un enchevêtrement de récits coupés en lambeaux à chaque instant. La juxtaposition de tableaux représentant des scènes disparates, rapprochées uniquement par les exigences capricieuses du synchronisme, ménage peu de charme à l'esprit. p]lle réserve moins encore de lumière à l'intelligence.
On voudrait surtout apercevoir la liaison naturelle des laits, et découvrir leur enchaînement psychologique, ou moral, afin d'en tirer un enseignement.
X'est-il pas fastidieux pour le lecteur d'être contraint, sans cesse, d'interrompre brusquement l'étude d'une affaire qui l'intéresse, et dont il ne trouvera la continuation morcelée que beaucoup ])lus loin ?
Kn outre, par celte méthoile, une foule d'incidents latéraux se grelfent malencontreusement sur la trame iirinciitalc, cl Imth'ut à en dissimuler les grandes lignes sous une multitude de inimitiés.
Les chroniques et les annales sont une mine ; mais, à elles seules, elles ne constituent pas l'histoire. Celle-ci exige impérieusement une refonte générale, de laquelle résultent des classements, des gr(tu|iemenls et des séparations. Sans cette précaution. imj)ossible de iiicltr»* en évidence ce qui le m<'-rit(>, et de laissci- d;ins iimc ninbr*' di^i rrlc ce (jui est moins iiii|i()rlant.
L'ordre logique a bien aussi ses imperfections, nous n'en disconvenons pas.
Après s'être avancé jusqu'à un point déterminé de la période dont on s'occupe, il faut, parfois, pour commencer la narration d'une autre série d'événements, revenir sur une ou plusieurs années antérieures. C'est un inconvénient ; mais combien petit, comparé à ceux du procédé contraire, avec lequel toute vue d'ensemble est à peu près sacrifiée !
Entre deux maux la sagesse conseille de choisir le moindre, surtout lorsque celui-ci est compensé par des avantages immenses qu'on chercherait vainement ailleurs.
Ces réflexions donnent la raison du plan adopté dans cet ouvrage.
Un mot, à |)résent, sur notre manière d'employer les éléments nombreux dont nous disposions.
La tâche de l'historien n'est pas simplement d'exj)lorer dans tous les sens, en vue d'une ])ublication future, les vastes déjxHs où sont entassés, les uns sur les autres, les monuments d'un passé déjà lointain. Ce n'est pas assez d'exhumer de leur poussière vénérable ces manuscrits jaunis par le temps. De plus, il faut les étudier, les analyser avec soin, les confronter, les compléter mutuellement, en dégager la pensée maîtresse.
Les documents étant recueillis, triés, examinés, l'auteur devra, dans son récit, s'en inspirer, à chaque instant.
Quel travail de bénédictin nécessitent ces préliminaires obligatoires ! Le lecteur s en rend très rarement compte. En parcourant des yeux rapidement certaines pages, on ne s'imagine pas ce qu'elles ont coûté !
Cette remarque ne vise pas la rédaction : elle est plutôt un délassement pour les habitués de la plume, comme la causerie est une jouissance pour les personnes douées de la facilité d'élocution. Mais cette documentation préparatoire! Que de recherches elle impose!... recherches si longues, si répétées, et, parfois, hélas! si stériles!... Avant de rencontrer une perle, que de lourdes masses à soulever ! Quel déblaiement à poursuivre avec courage et persévérance !...
Doit-on, après, selon la méthode chère à quelques-uns, se contenter d'enfiler, les unes après les autres, d'interminables citations ?
Non. assurément.
Lliistoricii aui-ail tort de se l'onferincr dans le rcMc de compilatcnv. Pour rli-e archilcctc, su('(il-il d'acciiinulcf picn-es sur pierres? ou. pour être peintre, d'i'taler honnemenl des couleurs, les unes à côté des autres ?
Il y a évideunnent autre cliose à l'aire.
Tous les matériaux ne sont pas éj^alement importants. A l'homme avisé de les utiliser suivant leur valeur respective et d'en tirer le meilleur parti.
Les ])ublier sans discernement, c'est causer au lecteur une inj^rate latii^ue, et l'exposer à s'égarer. Ne prendi'a-t-il pas l'accessoire |)our le princi])al, et récipi-oquement, à moins qu'il n'ait garde, à chaque pas. de tout |)eser au jjoids du sanctuaire?
Non seulement les doeumcMits, seraienl-ils contempoi'ains. n'ont ])as tous une valeur identicjue, mais ceux qui émanent de la même source, ou sont de la même main, ne nous insh-uisent pas avec une égale précision. Tro[) souvent, ils trahissent surloul la préoccui)ation de l'heure à laquelle ils furent écrits. Il n'est [)as i-are de constater (|ue cette impression s'est, plus tard, sensiblement modifiée au grr des circonstances, ou à la suite de réflexions ultéi-ieures.
Si Ton s'attache à contrôler sérieusement ces documents, on voit que plusieurs se neuti'alisent, ou, du mtjins. se coi-rigent. les uns les autres, en bien des points.
Pourquoi forcer le lecteur à passer i)ar toutes ces (luctualions de pensées, aux([uelles furent sujets les témoins (ju'on invocpie? (Quelquefois, il peut y avoir avantage, et, dans ce cas, nous uaxons pas hésité. D'autres lois, au contraii-e. il en résulte de niuitiplcs détours, dont le moindre défaut est une perle de temps.
Dailleurs. si nous nous étions ai*rêlé au parti Ai' publier à peu près in cxlenso les dot lunents dont nous nous sommes ser\ i. ce n'est l)as deux volumes ([u'il nous aurait fallu pour cluupie période, mais six ou sept. Nous avons préféré, après avoii" élagut- ce (pii ('tait superllu. fondre les dJNcrs (''h'mcnls dans la narration. Mais, soui-ieux de lu plu-serupideuse exactitude, nous n'avons rien a\aMré (pie sous la loi de la uiullilude de pi('ces (pie nous a\ions sous les yeux.
Sci'utei' nos Arcldxcs et c(dles des miiniei palil(''s où nous es|i('ii(ins trouver (pMd([iM's (h'tails eonceinant noire lanulle reli^ien-e. ne nous a |>as sid'Ii. De nondireux voyages, non seuleuieni en l'ranee cl en Italie, mais en .Angleterre, en i'icosse et en Irlande: au (ianada. de I .VI lanli(pie au PaeifKpu'. de l'es! à Iduesl : el. au nord. jus([ira l'rincc-UupcrI, à lAlliabaska cl au lac des j-lselaves ; aux litats-l nis.
jiisijuaii T<'xas ; au Mexique, jusqu'à la capitale de ce beau i>ays. etc., nous ont permis de recueillir une abondante moisson de renseignements sur les jiersonnes et sur les choses.
Nous croyons donc pouvoir raffirnicr : rien n'a été négligé [)our donner à cet ouvrage les |>lus grandes garanties de A'éraeité historique.
Kn lerniinant cette l'réface. nous tenons à remercier ceux de nos Pères ou de nos amis. qui. au cours de nos voyages en Euro])e et par delà les mers, ont bien voulu nous communiquer des documents utiles, ou nous lournir de précieuses indications. Les nommer tous serait tro]) long ; mais, c'est, pour notre cœur, un devoir bien tloux de leur exj)rimer ici notre fraternelle et alFectueuse reconnaissance.