Scène sublime dans sa simplicité, et vraiment digne du regard de Dieu
Au moment de perdre le meilleur des Pères, la Congrégation resserrait ses rangs et fortifiait ses liens, au bord de la tombe entr'ouverte.
En face du trépas imminent, elle affirmait solennellement sa résolution inébranlable de rester à jamais fidèle aux Règles qu'il lui avait données. Cette promesse sacrée, douce consolation pour l'agonisant, était pour elle un gage de vie dans l'insondable avenir.
Mors et vita duello Conflixere mirando !
L'Église chante ces paroles sur le sépulcre vide du Christ, vainqueur de la mort par son immolation volontaire. Elles s'apj)nquent aussi à ses imitateurs qui. participant aux amertumes de son sacrifice, sont appelés par Lui au bonheur éternel de la résurrection, dont, quelquefois, sur la terre, il leur accorde un avant-goùt.
Pendant que cette scène se passait à Aix, le i5 juin 1829, les Oblats de Marseille, réunis devant le Saint Sacrement, adressaient à Dieu des supplications ardentes. Toutes les communautés de la ville priaient à la même intention et multipliaient les actes héroïi[ues de pénitence. Plusieurs Oblats offrirent à Dieu leur vie [tour obtenir la prolongation de celle de leur Supérieur général.
Une religieuse capucine ne fut pas moins généreuse. Dieu, ce semble, l'exauça. Elle avait eu, jusque-là, une santé florissante, mais tomba subitement malade, avec toutes les douleurs dont avait soulfert le P. de Mazenod, tandis que celui-ci, au grand étonnement des médecins qui ne l'espéraient plus, fut instantanément hors de danger.
Cette guérison, à rencontre des pronostics de la science, parut à tous un miracle.
Plusieurs journaux de Paris, VAmi de la Religion, entre autres, avaient annoncé sa mort. La nouvelle s'en était répandue dans la France entière et au dehors, jusqu'à Rome. De divers côtés, on avait célébré des messes pour le repos de son âme. Mgr de Forbin-Janson. évèque de Nancy, non content de s'être acquitté de ce pieux devoir,
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faisait j)rier j)our lui ses diocésains, au coups de ses visites pastorales.
Le Pape Pie VIII, successeur de Léon XII, arrêta l'expédition d'un bref adressé au P. de Mazenod, et dans lequel il multipliait les marques de la plus paternelle afiection, en lui assurant la continuation de ce dévouement dont il lui avait fourni déjà tant de preuves, avant son élévation au suprême pontificat.
Quand il eut appris la guérison inespérée, il envoya le bref. Ce lui fut une occasion d'exprimer sa joie profonde de le savoir écha[)pé à la mort. « Nous vous félicitons, lui disait-il, comme un fils que nous retrouvons, après l'avoir cru perdu, et que la Providence réserve à de plus grandes destinées devant Dieu et devant les liommes, ad majora apiid Deiim et hominea Providentiœ jiidicio reservatmn. »
Cette j)lirase indiquait nettement les vues de Pie Mil, qui, comme Léon XII. se proposait d'appeler bientùt le P. de Mazenôd aux plus hautes fonctions ecclésiastiques.
Malgré l'instantanéité de la guérison, la convalescence fut très longue.
Pour recouvrer ses forces, le Fondateur avait un immense besoin de repos. Comment le trouver à Aix, ou à Marseille, au centre d'une double administration qui lui apportait des fatigues incessantes? Toujours entravée, cette convalescence menaçait de se changer en faiblesse irrémédiable. A peine était-il capable de célébrer le Saint Sacrifice et d'écrire quelques lignes.
Les médecins virent la nécessité d'un changement d'air, et conseillèrent un voyage en Suisse.
Sur l'ordre du P. Tempier, auquel le liait un vieu personinl d'obéissance, il dut se résigner à s'éloigner. Sa mère et sa sceur. la marquise de Boisgelin, raccompagnèrent, afin de lui prodiguei- les soins que réclamait son état.
Entreprendre un voyage dans ce Imt unitiue lui n'|niL;iiait xmvfrainement. Pour vaincre ses scru[)ules. le P. Tempier lui |icrmit de procéder, en cours de route, à la visite can»tni(|U(' tic l;i uiaisoii <lt' Notre-Dame du Laus, et de s'occuper des intt rèls de la (',(uigrti;ali(Ui. en ('ludiaMl sur place, à ( IrruDMc et ;i Ciiaudn ry. les pi'ojcls dCtaldissement. dont on avait déjà [)ai'lé avec les ('•vé(jues de ces diocèses.
Dans ces conditions, le v«»yagt' n'é-lait plus un siiM|de adoucissement à ses soullranccs. (IT-lail pluNM un devoir de sa charge.
Sa consc-ience ainsi t ranipiilliscc, il partit le S juillet iS'iu.