‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphèresChapitre 97 sur 131 · EVERINGHAM · texte numérisé non relu

EVERINGHAM

votre conscience de nature à vous inquiéter. D'autre part, si le Seigneur vous concédait une prolongation de l'existence, vous ne savez pas quel genre de mort vou. serait réservé. Vous pourriez être surpris, ou, du moins, perdre l'usage de vos sens, de sorte que vous n'auriez peut-être pas le moyen de vous préparer, aussi bien que vous l'avez fait, cette fois. Ainsi, tout considéré, au point de vue de vos intérêts spirituels, je crois qu'il vous est beaucoup plus avantageux de mourir...

— Vous avez raison, mon cher frère. Je suis très lieureux que vous pensiez comme moi.

Puis, après quelques instants de silence :

— Je sens la mort qui s'avance rapidement. Je ne puisplus remuer les pieds ; ma poitrine est oppressée !... haletante... mon cœur bat à peine.

Par un suprême effort, il joignit ses mains défaillantes, et, les yeux levés au ciel, il murmura cette humble et touchante prière :

— Seigneur Jésus, mon Sauveur et mon Juge, ne me damnez pas ! Ne jetez pas dans l'enfer mon âme créée par vous, à votre image et ressemblance... mon àme rachetée par votre sang précieux !... Dans peu d'instants, je comparaîtrai devant vous ! Oh ! je vous en conjure, faites-moi miséricorde, avant de m'appeler à votre redoutable tribunal.

A ce moment, on entendit du bruit, dans lescalier, et Ion reconnut le pas du médecin. Le Frère Vernet se précipita vers la porte, pour l'empêcher d'entrer.

— Je craignais, racontait-il plus tard naïvement, que la vue de cet homme qui, par son incurie, et peut-être par sa méchanceté, causait la mort du Père, ne fût pour celui-ci l'occasion d'une pensée de mécontentement, ou de légère rancune, qu'il aurait dû ensuite expier en Purgatoire. Je ne voulais pas que la présence de cet hérétique le troublât au dernier instant, et retardât son admission au ciel.

Mais le mourant s'était aperçu de la manœuvre.

— Faites-le entrer, commanda-t-il.

Aussitôt il tendit les Ijras vers le visiteur dont l'embarras était visible. Ayant saisi sa main, il la serra affectueusement, et, arrêtant sur lui un regard profond, il lui dit d'un ton pénétré :

— Thank yoii! Merci, cher docteur; merci!... Pardon, sije vous ai fait de la peine !... Adieu !... Au revoir !...

Interloqué, en proie à une émotion inexprimable, le médecin sortit immédiatement de la chambre, sans avoir i)u prononcer un mot.

Au bas de l'escalier, il rencontra le P. Walsh et le P. Cooke. Il tremblait, et des larmes s'échappaient de ses yeux.

Quand son agitation lui permit d'articuler quelques paroles, il leur dit :

55o DANS LES ILKS BRITANNIQUES

— N'oilà près de vingt ans que j'exerce la médecine. Toutes les fois que je me suis rendu chez des moribonds, s'ils ont réussi à ouvrir la bouche, ce n"a été que pour me charger d'injures, m'accusant de les avoir mal soignés, d'être la cause de leurs souffrances et de leur mort. Votre bon Père, lui, m'a remercié!... Il m'a demandé pardon!... Pardon?... mais de quoi?... Il l'a fait d'une manière si attendrissante, que je n'ai pu maîtriser mon émotion... Oh ! comme l'expression de sa gratitude me bouleverse!... Quelle charité!... Non! non! jamais je n'ai rien vu de semblable ! Dans notre religion, nul ne pratique, à ce point, la vertu !

^ux alentours d'Everingham.

La mort si édifiante du P. Perron, à la lin du mois de février 1848, attira une telle source de grâces sur la mission, qu'elle prit un essor toujours croissant. Il se forma, dans le gracieux ParJc Prior)'. une nombreuse et florissante communauté, dont la direction fut confiée au P. Gooke.

Au mois de décembre suivant, (fuinze Oblats y firent, sous la présidence du P. Aubert, leur retraite annuelle préchée par le P. Bel- Ion. Le jour de la clôture, 8 décembre, ils renouvelèrent leurs vœux dans l'église publique, devant le Saint Sacrement exposé, en présence d'une grande foule accourue à cette cérémonie si extraordinaire pour elle. M. Maxwell y assista avec ses enfants et plusieurs amis. Tous communièrent. Le noble lord considérait cette imposante réunion de religieux chez lui. comme une marque particulière de la bonté de Dieu pour sa maison, et une bénédiction précieuse pour sa famille.

Parmi les Oblats alors à Everingham, nommons les Pères Grey, Egan. Trudeau, Soulerin, Jolivet. Walsh, Rouisse. Lynch, etc. ; les novices scolastiques, Murphy, Mac Donald, Dalton Patrice, Kerby. etc. ; les frères convers Vernet, Bayeul, etc.

Les observances religieuses à l'intérieur ne nuisirent en rien au zèle le plus ardent i)our la conversion des hérétiques. Non seulement on s'occupa activenu'nt de ceux du voisinage, mais on créa des centres d'évangélisation dans plusieurs villes po[)uleuses assez éloignées, telles i{ue lîeverley, Ilowden, Pockliugtoii. dans mi rayi»ii <!•* <|uinze à vingt kilomètres de distante.

Ce n'est (jumu prix thr fatigues immenses et d'un dévouement à toute épreuve (ju'il fui possible de s'implanter dans ces places fortes de l'erreur, et d'y répandre abond.imiiieiit la s«Mnence de la vérité, malgré toutes sortes d'obstacles.

EVERINGHAM DDI

La première fois, par exemple, que les Pères vinrent à Howden, ville de cinq mille habitants, celui qui leur avait loué la salle pour la réunion, leur signifia, au dernier instant, qu'il ne pouvait leur livrer son immeuble pour un pareil usage. Il fallut faire la conférence sur la place publique, en face du marché. Au milieu subsistaient quelques gradins du piédestal d'une croix antique, disparue depuis longtemps. La chaire était toute trouvée. Le P. Gooke y monta. Il parla en plein air à une foule de plusieurs milliers de personnes de la ville et des environs, car l'annonce qu'un prêtre catholique devait prendre la parole, avait attiré une multitude de curieux de toutes les sectes : protestants, anglicans, méthodistes, indépendants, puritains, etc., etc.

— Quelles étranges choses peut bien avoir à nous dire ce papiste? s'étaient-ils demandé entre eux. Les croyances des romanistes sont si ridicules ! Allons-y !

Et, quoique ce fût un dimanche, les nombreuses chapelles hérétiques demeurèrent vides. On écouta le P. Gooke dans le plus grand silence.

A la fin, un murmure approbateur s'éleva de la foule, et les assistants échangèrent leurs réflexions :

— Tiens ! mais co qu'il dit paraît fort raisonnable !

— Et selon la Bible I

— Rien à objecter !

— Et quelle clarté dans l'exposition !

— Si ce révérend, qui certainement est très instruit, revient, j'irai l'entendre encore.

— Moi aussi !

— On nous avait dépeint le catholicisme sous d'autres couleui-s.

— Nous aurait-on trompés ?

— II nous sera facile, maintenant, d'en avoir le cœur net.

Depuis lors, chaque dimanche, malgré la distance d'une vingtaine de kilomètres, un des Pères d'Everinghan retourna à Howden. L'auditoire fut de plus en plus sympathique. Des conversions eurent lieu et allèrent se multipliant. Il fut décidé que, sans plus tarder, on ouvrirait une chapelle provisoire, en attendant la possibilité d'en bâtir une autre qui, par ses proportions et sa beauté, répondît à l'importance de l'œuvre si pleine d'espérances.

Le chef des méthodistes ayant, un jour, par hasard, assisté à l'office dans cette chapelle, entendit le Missionnaire annoncer, pour le dimanche suivant, un sermon sur la Présence réelle de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie.

— La Présence réelle ! se dit-il. Jamais je ne croirai cela ! Quelle

absurdité ! Le corps du Clirist serait simultanément dans des milliers d'endroits ! Allons donc ! C'est contraire au simple bon sens !... Cepen- <lant, ce prêtre ne manque pas d'esprit !... Il n'est pas fou !... Loin de là!... Et il parait convaincu!... Gomment s'y prendra-t-il pour prouver ce qu'il affirme si catégoriquement?... Et s'il avait raison!... Par exem[)Ie !... En voilà une affaire !...

Toute la semaine, le prédicant méthodiste rumina ces pensées. Le dimanche, il fut un des i)remiers à la chapelle catholique. On le trouva à genoux, priant Dieu de l'éclairer.

Il écouta le sermon avec une profonde ^attention, notant soigneusement les passages de l'Ecriture-Sainte, que le Père alléguait à l'appui de son enseignement.

L'office terminé, il se retira tout ému.

Rentré chez lui, il prit sa Bible, et appela sa femme. Ensemble ils employèrent le reste du jour et la majeure partie de la nuit à examiner les textes cités.

Leurs âmes avaient trop de droiture, pour que la céleste lumière leur fût refusée. Peu à peu, les ténèbres de l'erreur se dissipèrent, et la vérité se révéla dans une radieuse clarté.

Le mari se tournant, alors, vers sa femme, lui dit :

— Ma pauvre amie, n'avons-nous pas été, jusqu'à cette heure, pire que les Juifs ?... du moins, nous ne valons pas mieux ! Comme eux, nous n'avons pas voulu croire aux paroles du Fils de Dieu, déclarant avec tant de netteté qu'il donnerait sa chair en nourriture et son sang en breuvage !

Tombant à genoux, l'un et l'autre, ils demandèrent pardon à Dieu de leur incrédulité.

Dès le lendemain matin, le chef des méthodistes courut chez le Missionnaire lui manifester sa ferme intention de devenir catholique.

11 se convertit, en effet, lui, sa femme et ses enfants.

Ses anciens coi'cligionnaires irrités lui iniligèrent les plus uiauvais Iraitements pour se venger de lui. Ni les privations, ni les menaces, ni les promesses ne l'ébranlèrcnt. .ïus(ju'à sa mort, il persévéra.

Le nt)mbre des catholiijues augmentant sensibleuuMil à llowden. les pères durent s'occu|>(m- <1c <'onslruiiM> une église CDUvenable. ( )n acheta uii Icrrairi Irt"^ biiMi silui'-. cl l.i prcniiri'c picii-c lic Iiililice fut solcnnelb-iMcnl j)Osée, «luranl l'été de 18Ô0, j)ar Mgr Hriggs. vicair*' aposlf»li(|ue du comtt- d'York. Une belle église gothitpie commença aussjlnt à sortir de terre. Les lai'gesses de M. Maxwell permirent «le

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