LES CHATIMENTS
EMILE BAYARD
Les Chiitiinents lurent pendant longtemps l'œuvre de Victor Hugo la plus célèbre. Ce livre fut publié à Jersey en 185;. Partout traqué, poursuivi, il fut bientôt dans toutes les mains et dans toutes les mémoires. Pas de réunion où quelqu'un n'en récitât des fragments, des morceaux entiers, c'était le leit-inotiv des conversations littéraires. Les édiieurs, les libraires, ne se préoccupaient pas, du reste, de l'auteur. Chacun en publiait une édition à sa guise sans le rétribuer. Ce chien, ce proscrit n'avait rien à y voir. On s'enrichissait de son labeur, et puis après, qu'il y vienne voirl De fait, il eût été bien mal venu de se plaindre; les lUges n'eussent fait qu'en rire. Quand on disait à Victor Hugo que rien ne pouvait empêcher son livre de se répandre, il était heureux. Et de lait, c'était avec malice que les voyageurs faisaient passer ce petit volume .à la frontière. Chacun s'ingéniait à le dissimuler aux regards des douaniers, qui, eux, fouillaient partout, allant jusqu'à faire déshabiller les passagers et passagères. — Ce livre qui prédisait l'avenir était l'effroi de Napoléon III.
Ce serait une erreur de croire que ces choses
Finiront par des chants et djs apothéoses.
Z.'i CJiâliment^ {p. 96).
LES CHATIIVIENTS