‹ Cent fleurs de mon herbierChapitre 23 sur 62 · LA MARGUERITE · texte numérisé non relu

LA MARGUERITE

Famille des composées. — Chrysanthème leucanthème, Chrysanthemum leucan- Uscmum. — Racine noire rampante. Tige de 2 à 3 pieds, anguleuse. Feuilles crénelées, dentées. Juillet-août. (Provancher.)

Marguerite des champs, votre corolle blanche

Est faite de beauté, de grâce et de candeur.

En groupes gais, joyeux, chantant sous la splendeur

D'un firmament d'azur où le soleil se penche.

Les jeunes filles vont se mêler parmi vous.

Elles ont des yeux clairs, des fronts purs, des cœurs doux ;

Vous les reconnaissez, ce sont vos sœurs aimées...

Léon Lorrain.

Alors qu'est étalée l'immense nappe verte des plantes qui grandis-

sent sur toute cette terre septentrionale, que la phléole, les blés, les avoines et les seigles préparent en secret la moisson blonde de la fin d'été, les jolies marguerites répandent leurs troupes de vierges folles farandolant aux moindres brises et chantant de douces choses aux amoureux.

Ainsi que le dit le poète :

Souvent la pastourelle Loin de son jeune amant Se dit : m'est-il fidèle ?

Tremblante elle te cueille ; Sous son doigtuncertain L'oracle qui s'effeuille Révèle son destin.

La marguerite.

L'heureux temps que celui où notre cœur, neuf encore, attend avec anxiété le résultat des interrogations : « un peu, beaucoup, passionnément » !

Aussi loin, en arrière, que peut se reporter notre souvenir, nous voyons la marguerite. C'est la première fleur dont nous avons connu le nom, c'est la première que nous avons aimée, c'est la première que nous avons cueilUe de nos frêles mains d'enfant pour en faire des bouquets que nous portions à notre mère, afin de mériter un tendre sourire^'et une longue caresse.

PLANTES DES PRÉS ET DES BOIS. 57

Et nous lui en sommes bien reconnaissant, et nous ne la voyons pas reparaître, au mois de juin de chaque année, sans la saluer presque humblement.

Durant notre jeune âge, nous ignorions que la nécessité avait décrété que certaines plantes étaient utiles, d'autres nuisibles ; nous ne considérions que l'ornement, et nos faveurs étaient plutôt pour les pimpantes corolles que pour les modestes épis des graminées.

Oh ! combien de fois nous sommes-nous mis en colère contre ces « méchants habitants « qui maugréaient contre notre pauvre marguerite, et épuisaient leur vocabulaire à l'invectiver.

Ils avaient cependant raison comme nous, puisque tout dépend du point de vue en ce bas monde ! Aussi, maintenant, nous écoutons leurs doléances et nous admirons la fleur.

Comme son nom scientifique l'indique, la marguerite fait partie de l'aristocratique genre des chrysanthèmes, mais, selon qu'il arrive parfois dans les meilleures familles, le sujet de cette monographie a préféré la vie de bohêmo e.i plein i«.ir, exposé à toutes les misères et les intempéries, plutôt qu'une captivité choyée dans nos serres et dans les jardins.

Et nous ne l'en aimons que mieux.

Son nom vulgaire, que l'on donne aussi à la pâquerette, lui vient du latin margarita, qui signifie perle. Par les anciens elles étaient considérées comme les perles des champs î Ils étaient galants nos aïeux.

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