‹ Cent fleurs de mon herbierChapitre 25 sur 62 · LE PISSENLIT · texte numérisé non relu

LE PISSENLIT

Famille des composées. — Pissenlit dent-de-lion, Taraxacum dens leonis. — Chemins et prés. Avril-novembre.

Qui ne connaît la splendide fleur orangée de la dent-de-lion, qui plane fièrement sur une hampe élevée, dans les prés, le long des routes, un peu partout ? Plante vivace s'il en est, elle se répand avec une facilité incroyable. Cependant, on ne la considère pas comme nuisible, attendu que les vaches, les brebis et les chèvres la broutent bien ; les chevaux font exception. Aussitôt que les fleurs sont flétries,

Le pissenlit.

apparaissent les graines, munies de parachutes qui, par leur réunion, forment une boule blanche que les vents s'amusent à transporter et disperser au loin, quand ce ne sont pas les humains ou les bêtes qui s'en chargent. Semeurs sans le savoir, les uns et les autres font l'œuvre de la divine Providence.

Comme le dit le poète américain Lowell, dès que la verdure a paru :

The dan de lions^and butter cup Giid ail the lawns.

PLANTES DES PRES ET DES BOIS

car du mois d'avril au mois de novembre, le pissenlit et la renoncule ne se font pas faute de jeter à profusion le ton d'or de leurs corolles sur le vert des gazons.

C'est une plante alimentaire recherchée, surtout au printemps, alors que ses feuilles tendres se mangent en salade. On emploie aussi ses racines pour en faire une sorte de café assez estimé.

En médecine, on la dit diurétique et dépurative.

Un pissenlit

N'est pas une fleur ordinaire ;

Le langage des fleurs nous assure qu'il est l'oracle des champs, parce que « ses fleurs qui se ferment et qui s'ouvrent à certaines heures, servent d'horloge au berger; de plus, elles lui prédisent le calme ou l'orage ».

Dans certaine partie de la vieille mère patrie on lui a donné un nom joli : Florion d'or.

LA CHICOREE SAUVAGE.

Famille des composées. — Chicorée sauvage, Cichorium intibus. — Vivace. Tige de 2 à 3 pieds, rude. Feuilles par paires sessiles. Corolles bleues, plantes, 5 dentées. Bord des chemins. Juillet-septembre.

Un jour, le long du canal de l'aqueduc de Montréal, nous avons vu ses bords, sur une grande étendue, couverts de méUlots blancs, de méUlots jaunes et de trèfles roses entremêlés de chicorées bleues. C'était d'un elTet superbe. Et c'est alors que nous revinrent à la mémoire ces paroles d'Alphonse Karr :

« Il y a très peu de fleurs bleues. Le bleu pur est un privilège que, à quelques exceptions près, elle n'a accordé qu'aux fleurs des champs et des prairies. La nature est avare de bleu : le bleu est la couleur du ciel, elle ne la donne qu'aux pauvres, qu'elle aime avant tous les autres ».

Combien de fois avez -vous passé près de cette jolie fleur, aux pétales gentiment et uniformément dentés, comme si quelque fée avait voulu ajouter à leur grâce 1

Elles sont partout qui bordent les chemins. Pourtant, nous en sommes sûr, vous les avez à peine regardées parce qu'elles sont trop communes. Est-ce qu'on s'occupe de ce qu'on a en abondance ? Nullement 1 La satiété produit l'indiflerence et l'on s'attache plutôt à des choses de moindre valeur, mais qui sont rares.

Outre la réelle beauté de ses fleurs, cette plante peut être rangée

parmi celles que l'on considère comme utiles. C'est sa racine torréfiée qui produit le succédané du café le mieux connu et le plus employé. La médecine usuelle l'emploie comme apéritif, laxatif et fébrifuge. Enfin, par sa culture, on a obtenu les espèces de chicorée que l'on mange en salade ou cuites comme des épinards.

Vous le voyez, elle a bien des titres à notre respect.

A son sujet, un botaniste américain a dit :

« La chicorée est une des nombreuses plantes qui nous sont venues d'Europe. Le nombre de ces épaves qui ont d'abord trouvé un pied-à-terre, ensuite un chez soi et souvent un domaine sur notre

La chicorée sauvage.

sol, va toujours en augmentant. Quelques-uns de ces hôtes ne sont pas mal accueillis, mais la plupart deviennent nos herbes les plus nuisibles et les plus vivaces ».

La rapidité avec laquelle certaines plantes européennes, comme le chardon lancéolé, l'herbe-à-cochon et le pourpier chassent nos plantes indigènes et prennent possession des champs et des routes, semble indiquer qu'elles ont quelques avantages sur les nôtres dans la lutte pour la vie.

« Les plantes de l'ancien monde sont plus favorisées que celles qui sont indigènes, parce qu'elles laissent là-bas leurs insectes et

Plantes des prés et des bois. 63

leurs autres ennemis, quand elles traversent l'Océan. Les nôtres sont toujours forcées de lutter avec ces désavantages habituels pendant qu'elles sont engagées, quand même, dans un combat inégal avec les envahisseurs ».

Dans le langage des fleurs, la chicorée est l'emblème de la frugalité. « Horace a chanté la frugalité de ses repas, qui ne se composaient que de mauves et de chicorée », mais un poète, même latin, n'est pas obhgé de dire la vérité.

M. E. Lefebvre écrit que cette espèce jouit d'une grande réputation comme dépurative et anti-scorbutique.

Ses feuilles naissantes, ajoute-t-il encore, constituent une salade un peu amère très estimée à Paris, surtout quand on l'a fait blanchir. Pour cela, il suffit de recouvrir la plante, soit d'une motte de terre, soit d'un morceau de bois ou de planche.

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