‹ Cent fleurs de mon herbierChapitre 43 sur 62 · LE ROSIER ET L'EGLANTIER · texte numérisé non relu

LE ROSIER ET L'EGLANTIER

Famille des rosacées. — Rose brillante, Rosa lucida. — Arbrisseau de 1 à 3 pieds. Fleurs assez grandes, d'un rouge pâle. Rosier rouillé, Rosa rubiginosa. — Fleurs solitaires, rosées, odorantes. (Provancher.)

Gai Ion la, gai le rosier.

Du joli n\ois de mai.

(Chanson canadienne.)

lEN que ce refrain soit très populaire parmi nous, il n'en reste pas moins vrai qu'en ce pays, la plupart des rosiers ne fleurissent qu'au mois de juin. [Mais le refrain n'a pas tout à fait tort, car lorsque le printemps est hâtif, il arrive qu'on voit la rose épanouie à la fin de mai. Il en est de même en France, s'il faut en croire Alphonse Karr, puisqu'il écrit dans son volume, « Les Fleurs » : « Chez presque tous nos anciens poètes, on voit donner au mois de mai le nom de mois des roses. Cette erreur provient de ce que très longtemps on a pris chez les Grecs et les Latins des images toutes faites, et que nos premiers trouvères étaient du midi de la France. En réalité, pour presque toute la France, le mois des roses est le mois de juin ».

Nos espèces indigènes ne sont pas très nombreuses, ni bien variées en couleurs. La flore canadienne nomme la rose brillante, la rose de la Caroline, la rose agréable, et l'on peut ajouter le rosier rouiUé ou églantier (rosa rubiginosa). La couleur des corolles varie du rose pâle au rouge foncé. Elles n'en sont pas moins belles. Peutil en être autrement ? quand on dit rose on dit beauté, et la plus humble comme la plus coquette a droit à notre admiration, car elle reste la fleur par excellence en tous pays. Elle a sa place prépondérante dans toutes les littératures, à toutes les époques. Une des plus déUcieuses poésies de l'aurore de la langue française est celle de Ronsard qui commence ainsi :

Mignonne, allons voir si la Rose Qui ce matin avait desclose

Sa robe de pourpre au soleil.

N'a point perdu cotte vesprée Les plis de sa robe pourprée Et son teint au votre pareil...

Malherbe lui doit peut-être sa popularité, de lui dire que ces deux vers :

Bien des genr^ ne savent

Et, rose, elle a vécu ce que vivent les roses. L'espace d'un matin.

La rose agréable.

Mais passons, il faudrait une vie entière pour faire une anthologie complète de la rose. Contentons-nous de glaner ici. Nos chansons populaires lui font très souvent allusion. Vous savez tous ces couplets :

J'ai perdu ma maîtresse Sans l'avoir mérité.

Pour un bouquet de roses Que je lui refusai.

(A /« claire fontaine).

J'ai cueilli la belle rose Qui pendait au rosier blanc, La belle rose...

Entrez, en danse, joli rosier...

C'était une frégate.

Mon joli coeur de losc.

Dans la mer a touché, Joli cœur de rosier... etc.

Les peintres l'ont placée dans tous les lieux enchanteurs, les saints l'ont mise dans les plus belles litanies, des partis politiques l'ont choisie pour emblème, et les horticulteurs l'ont torturée de toutes façons pour en obtenir de toutes les nuances et de toutes les formes. C'est au point qu'Alphonse Karr, qu'il faut toujours citer en parlant des fleurs, prétend qu'un petit jardin doit avoir au moins cent belles sortes de roses. Vous voyez qu'il est modeste.

Nous ne nous attarderons pas à vous répéter son histoire, ni à vous en faire la description. Nous allons nous borner à reproduire une sorte de poème en prose de notre illustre botaniste Provancher parce qu'il n'est pas coutumier du fait, et que ce morceau est trop peu connu, lisez bien :

« Aucune fleur, de l'aveu de tous, n'a été plus anciennement remarquée et n'a plus généralement excité l'admiration que la Rose. Ne peut-on pas dire qu'elle réunit à elle seule tous les genres d'agrément ? Grâce dans la forme, richesse et variété dans la couleur, symétrie dans l'arrangement des diverses pièces qui la composent, parfum des plus suaves ; elle conserve encore, même dans ses nuances les plus prononcées, une fraîcheur de coloris qui dénote toute la déUcatesse de sa texture. Un tel joyau ne devrait certainement pas être à la portée de la main la plus légère et la plus inconsidérée, aussi l'auteur de la nature a-t-il pourvu sagement à sa protection en l'entourant d'aiguillons redoutables. Eh ! certes, il ne manque pas de Vénus dont la blanche main a plus d'une fois maculé d'une tache plus foncée la brillante corolle de la Rose qu'elle voulait cueillir.

» Emblème de la vertu et de la fragilité, nous la voyons d'un côté, non encore épanouie sur la tête des vierges ; de l'autre, efl'euillée, sur la sombre pierre tumulaire de la jeunesse. Reine des fleurs, la Rose est le symbole du plaisir et du bonheur, la récompense de la vertu, le signe de ralUement des partis ; la fleur de nos cérémonies religieuses, qui, autrefois, servait aussi à tresser lQ&<;«€:ttronjies de» grands sacrificateurs ». ' y<uER^^

( SCIENTriA! !

Après cette page, il ne nous reste plus qu'à nous effacer, ce que nous faisons en vous rappelant ce quatrain connu d'un auteur (Alphonse Karr) :

De leur meilleur côté tâchons de voir les choses. Vous vous plaignez de voir les rosiers épineux. Moi je me réjouis et rends grâces aux dieux Que les épines aient des roses.

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