‹ Cent fleurs de mon herbierChapitre 46 sur 62 · LES LILAS · texte numérisé non relu

LES LILAS

Famille des oléinées. — Lilas commun, Syringa vulgaris. — Lilas de Perse, Syringa Persica. — Juin.

Aspirons à loisir le vent qui nous apporte Comme un vague parfum de lilas embaumés !

Louis Fréchette.

Une fois, dans un journal de Paris, Jean Richepin célébrait les splendeurs d'avril, par cette phrase harmonieusement ciselée :

« C'est le mois des Ulas, des lilas jolis, des lilas fleuris, des lilas fleurant le miel, des lilas couleur de ciel, couleur du ciel à l'heure où les nuages sont encore azurés par la nuit qui s'en va et sont déjà rosés par l'aube qui vient, en sorte que cet azur et ce rose se fondent en une délicate et tendre nuance de liquide améthyste ; c'est le mois des hlas fleuris fleurant le miel ».

En notre pays le lilas ne fleurit qu'au mois de juin, mais il n'en est pas moins joli et ne fleure pas moins bon.

Ce n'est pas un arbrisseau indigène.

Il est exotique pour nous, comme pour la France, comme pour tous les pays de l'Europe et de l'Amérique, du reste, puisqu'il est originaire de la Perse et de l'Asie. Il aurait été introduit d'abord en Allemagne par Busbecq, ambassadeur de Ferdinand l^^ auprès de Soliman II, en 1562. Il était si gracieux et son odeur si agréable, qu'il se répandit bientôt dans tous les pays civilisés. De fait, cet

Le lilas de Perse.

arbrisseau est très débonnaire et il s'acclimate partout, ce qui n'est pas un mince mérite pour une plante de sa valeur.

Son nom latin sijringa lui vient de syrix, qui veut dire chalumeau, parce que, autrefois, l'on se servait de ses branches vidées de leur moelle pour fabriquer cet instrument.

Le lilas fait partie des oléinées, qui renferment le frêne et surtout l'olivier (olea), genre type de cette tamille.

Les espèces les plus connues et les plus aimées en notre pays sont le lilas commun et le Hlas de Perse. Les feuilles de lilas sont remarquables pour leur amertume et l'on dit que ses fruits font un excellent fébrifuge.

Dans le langage des fleurs, chaque variété a sa signification. Ainsi,

le lilas commun veut dire : émotion d'amour ; le lilas blanc : jeunesse ou innocents désirs ; le lilas jaune; inquiétude, et le lilas rose : vanité. Le lilas ne compte certes que des amis ; son aspect est si beau et son parfum si suave, qu'il faudrait vraiment être dénué de bon sens pour le détester. Aussi bien, le voit-on partout dans les jardins des campagnes et des villes. Pour nous, nous faisons souvent le rêve d'une maisonnette entourée de lilas, ce qui nous permettrait de dire après François Coppée :

Je vois fleurir, assis à ma fenêtre.

L'humble lilas de mon petit jardin,

Et son subtil arôme qui pénètre

Vient jusqu'à moi dans le vent du matin...

Au jardin vert, couleur de l'espérance.

Fleuris longtemps, frêle et charmant lilas !...

Ce mot « lilas » ne peut no s venir à l'esprit sans é oquer tout un cortège de jours ensoleillés, alors que s'est accompli le réveil de la terre et qu'un soufïle aromal passe dans l'atmosphère...

Le lilas, c'est pour nous le printemps, la jeunesse Avec tout son arôme et toute son ivresse Qui semblent éternels sous le ciel ra5'onnant...

W. Chapman.

Nous nous rappelons encore certain songe que nous avons fait au temps où une afïection sérieuse força l'entrée de notre cœur. Oh 1 combien poétique était ce songe, et comme il est bien resté là, gravé dans notre souvenance.

Nous nous promenions avec elle, l'aimée, dans un immense jardin planté de lilas de toutes les variétés : bleus, blancs, violets, jaunes et roses. Le soleil couchant s'affaissait peu à peu dans les nuages aux couleurs rutilantes, et ses rayons d'or pâli frappaient la tête des charmants arbrisseaux dont les rameaux étaient chargés de panicules fleuris.

Un vent léger secouait les branches et faisait pleuvoir des fleurettes. Le gazon en était tapissé, l'air était embaumé de leur haleine.

Et nous marchions silencieusement dans cet idéal jardin, foulant des corolles sous une avalanche de corolles, pendant qu'en nos cœurs s'épanouissait la fleur d'amour.

AUBEPINES OU SENELLIERS.

Famille des pomacées. — Aubépine à ergot de coq, Cratœgus crusgalli. — Aubépine tomenteuse, Crutagus iomenlosa. — Arbrisseaux de 10 à 20 pieds. Fruits rouges. Taillis, bords des fossés. Mai-juin. (Provancher.)

Aubépine.

L'aubépine fraîche éclose Pare les bords du chemin.

Parfume l'air qu on respire, Et son éclat semble dire :

Dieu sur nous étend la main I

(Anonyme.)

Aubépine est un nom gracieux et le nom nous faisait aimer la fleur avant de la connaître.

Quand nous étions petit bonhomme, nous prenions un « plaisir extrême » à la lecture des contes en image d'Épinal et nous enviions le sort des fées, des enchanteurs, des princes et des princesses qui se paraient de roses et d'aubépines, à propos de tout et à propos de rien. Nous regrettions que l'on n)en eût pas, en ce pays.

Plus tard, nous lisions que l'aubépine est la fleur du mois de Marie

et de Jeanne d'Arc, et que, dans les campagnes de France, on en coupait des bouquets chaque jour du mois de mai pour décorer les autels de la madone, et cela augmentait notre peine de ne voir rien de tel ici. Pour sûr, nous disions-nous, si nous avions cette plante nous aurions conservé cette charmante coutume, et nos autels auraient été couverts du « blanc frimas de ses fleurs ». Cela nous attristait pour notre pays.

Et quelle ne fut pas notre surprise, lorsque le hasard nous apprit que nous avions des aubépines, mais q .'elles se cachaient sous un nom populaire des moins poétiques : Senelliers ou Cenelliers. Ce terme était d'un usage courant en France, autrefois, et nos pères ne pouvaient autrement que de l'adopter.

Les Anglais la nomment : Thorn, Hawthorn, Cock spur, et les Français : Pommettier rouge, pommettier blanc, aubépine, épine blanche, bois de mai.

Noël et Chapsal écrivent que le peuple dit aussi « noble épine » par corruption.

L'aubépine est une proche parente du pommier. Son fruit charnu est agréable dans certaines espèces, mais il est petit. C'est un tort. Ses fleurs en corymbe, blanches et odorantes, sont d'autant plus gentilles, du moins à Montréal, qu'elles sont au nombre des premières à nous annoncer le retour des beaux jours.

L'aubépine est en fleurs au joli mois de mai ; Partout sur les buissons s'étend sa neige blanche. Comme un voile léger, doucement parfumé. Cachant les nids craintifs blottis sous chaque branche.

Marie-andrée.

Nous en avons cinq ou six espèces, ici, mais les plus communes sont celles que nous avons nommées en tête de cette monographie.

Au point de vue pratique, Provancher nous donne les renseignements suivants : « Leur bois dur, rougâtre et compacte, sert dans la menuiserie, la gravure, les petites pièces de mécanisme, etc., mais c'est surtout pour la plantation des haies vives que les aubépines sont recherchées ».

Autrefois, l'on a cru que l'odeur de l'aubépine faisait gâter le poisson. Les Romains, moins prosaïques, « pensaient que l'aubépine avait le pouvoir de combattre les maléfices. Au jour de l'hyménée, ils en décoraient leurs maisons, et les jeunes filles offraient à la fiancée une corbeille remplie de cette charmante fleur. Dans quelques provinces de France, on avait coutume, au moyen âge, d'attacher un bouquet d'aubépine au berceau du nouveau-né ».

Toutes ces croyances sont oubliées aujourd'hui. Seul, le langage des fleurs, lui a conservé l'emblème de l'espérance et du courage.

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