‹ Cent fleurs de mon herbierChapitre 48 sur 62 · SUMAC VENENEUX, HERBE A LA PUCE · texte numérisé non relu

SUMAC VENENEUX, HERBE A LA PUCE

Famille des térébinthacées. — Sumac vénéneux, Rlms toxicodendron. — Lieux sablonneux, ombragés et humides. Juin. (Provancher.)

« L'herbe à la puce » est un petit arbrisseau de un à trois pieds, de bonne apparence, et ses petites fleurs rosées en grappes paniculées sont même gracieuses.

Elle n'est cependant pas aussi commune que l'on pense, parce que l'apocyn et la symphorine qui lui ressemblent beaucoup, font penser qu'on la rencontre à chaque instant tandis qu'il n'en est rien.

Le sumac vénéneux (rhus toxicodendron) est originaire de l'Amérique du Nord et il a la réputation d'être un des végétaux les plus délétères que l'on connaisse. C'est bien le cas de dire que les espèces dans les genres des plantes sont comme les enfants de certaines familles : les uns sont bons, les autres méchants.

Ainsi, dans le genre sumac, nous avons le sumac amarante et le sumac glabre, dont les fruits servent à faire des liqueurs agréables, tandis que le sumac vernis et le sumac vénéneux renferment tous deux un poison qui peut causer de graves désordres.

Écoutons le savant Provancher : « Le sumac vénéneux, de même que le sumac vernis, contient dans toute/, ses parties un suc blanchâtre résineux, très acre, renfermant un principe vénéneux d'une extrême subtilité. Les émanations qui s'échappent de ces plantes occasionnent souvent des accidents assez graves. Il suffît parfois de s'exposer seulement un instant à ces émanations, même sans toucher la plante pour se voir, au bout de 48 heures, la figure, les mains et souvent tout le corps, couverts de petites ampoules ou pustules, accompagnées d'une inflammation de la peau considérable et très douloureuse. On dit que c'est au soleil et au miheu de l'été que ces émanations sont le plus à craindre. Grand nombre de personnes, toutefois, traitent de chimériques les craintes qu'elles voient témoigner à la rencontre de « l'herbe à puce » et n'ajoutent aucune foi à sa malignité. Nous savons que pour nous-mêmes, nous en avons mainte et mainte fois foulé aux pieds, froissé dans nos mains et mis dans notre bouche, sans jamais en ressentir le moindre effet. Mais les

médecins peuvent sans doute nous dire sur cela, comme à l'égard des maladies épidémiques, que le virus de la maladie qu'occasionnent les émanations de cette plante peut prendre sur une personne et non sur une autre, la chose dépendant des dispositions particulières de la personne, qui peuvent la rendre plus ou moins capable de résister à l'influence pernicieuse à laquelle elle se trouve exposée ».

Sumac vénéneux.

Mme Traill, dans ses études sur les plantes du Canada, nous raconte aussi qu'elle en a cueilli plusieurs fois et qu'elle n'en a ressenti aucun mal. Les botanistes sont peut-être réfractaires à cette maladie !

N'importe, pour la satisfaction de tous, nous signalons, en ter-

minant, un remède in/iqué par l'abbé Moyen, pour guérir ce mal bizarre. « On arrête le progrès du mal si l'on a soin, dés le principe, de laver les organes atteints avec de l'eau contenant de l'acétate de plomb ou sucre de plomb ».

AMPELOPSIDE, VIGNE VIERGE.

Famille des ampelidées. — Ampélopside, vigne vierge, Vitis quinquefoUa. — Fleurs peu apparentes, verdâtres. Terrains frais. Juillet.

La vigne vierge tapisse de verdure les anciennes tours, et, dans l'automne, son feuillage d'or et de pourpre semble fixer sur leurs flancs rembrunis les riches couleurs du soleil couchant.

Bernardin de Saint-Pierre.

Ampélopside, vigne vierge.

Vous avez vu dans les plus beaux quartiers de Montréal, et dans les environs de la grande métropole, des maisons couvertes d'un manteau de feuillage sombre, ou bien des vérandas abritées sous un rideau de verdure d'un effet joli. Dans la plupart des cas, c'est l'ampélopside vigne vierge, ou plus simplement, la vierge qui le fournit.

Cette plante grimpante, proche parente de nos autres vignes et dont la tige peut atteindre 40 à 50 pieds de longueur, a la faculté de s'accrocher partout. Ses vrilles qu'elle lance de tout côté se transforment à volonté selon qu'elles doivent s'enrouler autour d'un objet ou s'appliquer sur un mur. Dans ce dernier cas, leur extrémité s'aplatit et forme une rondelle qui se colle sur les surfaces et y adhère fortement.

Les feuilles de l'ampélopside sont réunies par cinq autour d'un même pétiole et prennent une teinte cramoisie à l'automne. Les fleurs, qui apparaissent en juin et juillet, sont verdâtres, peu appa-

rentes, ce qui fait croire aux profanes que cette vigne ne fleurit jamais. Les fruits sont acides, d'un bleu foncé et encore plus petits que des pois.

Comme la vigne vierge est d'une culture facile, ceux qui ont à couvrir des tonnelles ou des murs n'ont qu'à le vouloir pour satisfaire leur désir. En entremêlant des liserons, des belles de jours ou certaines variétés de roses grimpantes on corrige la « sombreiur » de son apparence. Les feuilles de ces espèces étant d'une tent e plus claire, leurs fleurs étant plus considérables et de couleurs plus voyantes, ressortent admirablement sur ce fond et jettent sur l'ensemble une note gaie que l'on apprécie davantage.

Ampélopside vient d'« ampelos » : vigne, et « opsis » apparence : c'est-à-dire plante ressemblant à la vigne.

Cette plante est une de celles que Philippe Cornut (1606-1651) décrit dans son ouvrage : Canadensium, Planiarum, aliarumque nondum editariurn, Hisloria. Paris, 1635, in-4to. Cornut ne semble pas être vu au Canada, et il a décrit nos plantes d'après les espèces qu'il a observé dans les jardins de Pierre Morin et de Jean etVespasien Robin, lesquels cultivaient en France des végétaux qui leur avaient été apportés d'ici.

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