MONTEBELLO
Pittoresque manoir, retraite hospitalière
Où Papineau vaincu coula ses derniers jours, J’aime à revoir tes murs, ta terrasse, tes tours Secouant au soleil leur panache de lierre.
Qui suit de tes sentiers la courbe irrégulière,
En s'égarant sous bois, s’imagine toujours
Voir, dans le calme ombreux de leurs secrets détours,
Glisser du grand tribun l’image familière.
Car il vit tout entier ici — dans chaque objet; Il aimait ce fauteuil, cet arbre l’ombrageait; Tout nous parle de lui, tout garde sa mémoire;
Et, pour suprême attrait, sur ce seuil enchanté.
Le coeur tout grand ouvert, la Grâce et la Beauté Ajoutent leur prestige aux souvenirs de gloire.
LONGEFONT
Château de Prospet Blanchemain.
Ce fut, dit-on, jadis un paisible couvent
Coquettement caché sur les bords où la Creuse Avec un bruit d'écluse, en serpentant se creuse Un lit sonore et frais sous le saule mouvant.
Des grands arbres perçant la voûte ténébreuse, Sa tour jumelle luit sous le soleil levant . . . Je ne l’ai jamais vu, mais en rêve souvent J’ai suivi les détours de son allée ombreuse.
Près du parterre en fleurs, un homme au front serein, Où le génie a mis son cachet souverain,
Contemple avec amour l’ange de sa famille;
Son fils est là, tout près, qui se penche à demi Sur trois gais chérubins jouant sous la charmille Je n’en connais aucun, mais je suis leur ami.
CASTEL-BIRAY
Villa de M. Paul Blanchemain.
C’est un frais manoir aux formes exquises Dont le toit domine un flot de bosquets, Un joli castel aux abords coquets Qui feraient envie à bien des marquises.
Le bonheur, ami des abris discrets Si précieux toujours aux âmes éprises, Sait ménager là de douces surprises,
Qui disent au coeur de charmants secrets.
Voyageur, ici reposez votre aile.
En apercevant la blanche tourelle,
Lorsque le soir tombe ou que le jour point,
Le passant, charmé, s’arrête à mi-côte, Et se dit tout bas qu’on la fit si haute Pour que l’amitié la vît de plus loin.