A MA SOEUR MARIE
Au retour de son voyage de noces.
AAa soeur> comme oiseau qui traverse la nue, 1 * * Quand le soleil d’avril sur ses ailes a lui. Enfant naïve hier, femme heureuse aujourd’hui, Au doux nid paternel te voici revenue.
L homme aimé que ton coeur s’est donné pour appui T’avait bien loin de nous trop longtemps retenue;
Il te ramène enfin : sois donc la bienvenue !
Au cercle du foyer qui s’ouvre devant lui.
Approche; asseyons-nous autour du feu qui tremble; Nos âmes et nos mains se mêleront ensemble ;
Quand il est partagé le bonheur est plus grand.
Puis, en te souhaitant des jours exempts de larmes, Nous nous demanderons lequel a plus de charmes. L’ange qu’on nous ravit ou l’ange qu’on nous rend !
A Mme O SC AB DU N N
Cousine, j’aime à voir sourire vos dents blanches;
J’aime entendre éclater votre rire mutin : Jamais son plus joyeux, timbre plus argentin.
N’ont encor résonné sur des lèvres plus franches.
On dirait un oiseau lançant, de branche en branche. Dans l’éther du ciel pur son hymne du matin . . . Ah ! c’est que le bonheur que vous fit le destin Eclate dans vos yeux, bleus comme les pervenches.
Le bonheur ! le bonheur ! ô trésor précieux Que notre sphère envie à la splendeur des deux ! Rose du paradis que tout homme a rêvée !
Mot de l’immense énigme où le coeur se confond ! Mot qui pour l’âme humaine est un gouffre profond Bonheur ! perle sans prix que vous avez trouvée !
A Mlle HONORINE CHAUVEAU
A quoi donc rêvent-ils, vos beaux yeux andalous, Quand, voilant à demi sa lueur incertaine, Votre regard s’en va se perdre loin de nous,
Comme s’il contemplait quelque image lointaine ?
Quand vous semblez chasser toute pensée humaine Et que, sur le clavier au son plaintif et doux.
Sans but, las et distrait, votre doigt se promène, Jeune fille rêveuse, à quoi donc songez-vous ?
Oh ! sans doute qu’alors votre âme ouvre ses ailes, Et s’en va retrouver, dans des sphères nouvelles, Ceux que le ciel emporte, hélas ! et ne rend pas !
Nous vivons dans un monde où presque tout s’oublie; Mais il reste toujours quelque chaînon qui lie Aux anges de là-haut les anges d’ici-bas !