‹ Cent morceaux choisisChapitre 57 sur 89 · AU FRÈRE STEPHEN · texte numérisé non relu

AU FRÈRE STEPHEN

J’ai planté ce matin un bouquet éphémère

Au-dessus du cher mort sous le tertre endormi; Et je veux, un moment, dans votre sein d’ami Epancher le trop plein de ma détresse amère.

Dieu, qui ne fait jamais les choses à demi,

Près du pauvre exilé vous mit comme une mère; Et quand le sort fatal vint briser ma chimère Des peines de mon coeur votre coeur a gémi.

Aussi, dans le secret de mon âme froissée.

Je vous confonds tous deux, et ma triste pensée Va de celui que j’aime à celui que j’aimais.

Hanté par l’un, je sens que l’autre me regarde;

Je vous complète l’un par l’autre, et je vous garde Tous deux dans ma tendresse alliés pour jamais.

A Mlle ALMITA LE DUC

O ma chère Almita, dis-moi, t’en souvient-il ?

Ce n’était qu’un bébé, tu n’étais qu’un doux ange Et Dieu sait quel courant de sympathie étrange Vous pénétra tous deux de son charme subtil.

Puis l’âge vint; la vie est un décor qui change. Pourtant, presque mourant, quand il revint d'exil. Ton nom fit souvent poindre une larme à son oeil : Du temps et de l’oubli toujours le coeur se venge.

Tout est passé, ma chère; et ton petit ami Repose maintenant dans sa tombe endormi; Si fragile est la base où tout espoir se fonde !

Il dort, et j’attends l’heure où, pensive, à genoux, Celle qui l’eût aimé viendra, seule avec nous, Laisser tomber un pleur sur la fosse profonde.

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