ALBANI
au chevet funéraire de la reine Victoria.
Froide, et couronne au front, la morte bien-aimée Reposait sur un lit de rose et de jasmin; Sombre, et debout devant la forme inanimée, Pleurait le fils d’hier, monarque de demain.
Non loin se prosternait une autre renommée. Artiste dont la gloire a doré le chemin,
Diva cent et cent fois des foules acclamée . . . Le roi s’approcha d’elle et la prit par la main.
— Chantez ! dit-il : — Alors une voix chaude et tendre
Vibra dans le silence auguste, et fit entendre
Comme un long chant de deuil doucement sangloté . . .
Emotion suprême ! ineffable harmonie !
C’étaient la Royauté, la Mort et le Génie Qui mêlaient devant Dieu leur triple majesté !
A RHEA
C’est la Muse elle-même, ô Rhéa, qui t’inspire, Et t’ouvre à deux battants la porte du succès. Marche ! et nos coeurs émus t’aplaniront l’accès Des sommets où la gloire a fixé son empire.
Oui, nous t’applaudirons, noble artiste qui sais, Soit que ta voix éclate ou sanglote ou soupire, Animer parmi nous les héros de Shakespeare Du pur souffle de l’art et de l’esprit français.
Tous les sentiments vrais te palpitent dans l’âme. L’idéal même trouve un reflet de sa flamme Dans ton jeu plein de charme et de virilité;
Et rien qu’au seul aspect de ta grâce candide, Chacun croit voir briller, sur ta tête splendide, L’étoile du Génie au front de la Beauté !