SA MÈRE
Les jours de soleil sont passés,
Et l’automne fait sa vendange;
Dans l’enceinte des trépassés,
La feuille tombe à flots pressés :
Dors, mon doux ange !
Il était frais et blond comme un Enfant-Jésus . . .
— Dieu nous envoie, hélas ! des douleurs bien cruelles — Un soir, je le berçais; des anges sont venus Qui l’ont emporté sur leurs ailes.
J’épiais son sommeil, et, quand il remuait.
Je baisais à genoux ses petites mains blanches . . .
Il est là maintenant, sous ce tertre muet,
Prisonnier entre quatre planches.
Les jours de soleil sont passés.
Et l’automne fait sa vendange;
Dans l’enceinte des trépassés,
La feuille tombe à flots pressés ;
Dors, mon doux ange !
Et quand je caressais ses petits pieds frileux, —
Lui que je n’aurais pas donné pour des empires ! — Sur sa lèvre rosée, au coin de ses yeux bleus, Nageaient des groupes de sourires.
Il bredouillait des mots d’une étrange douceur,
Des mots incohérens, indécis, adorables;
Et moi qui l’écoutais, je sentais dans mon coeur Courir des frissons ineffables.
Les jours de soleil sont passés.
Et l’automne fait sa vendange;
Dans l’enceinte des trépassés,
La feuille tombe à flots pressés :
Dors, mon doux ange !
Il est là qui repose en son linceul glacé.
Au cimetière, hélas ! sa dernière demeure,
Songe-t-il quelquefois, le pauvre délaissé,
A sa mère qui souffre et pleure ?
Oh ! oui; car, je le sens, si dans la tombe dort Son petit corps roidi, froid, immobile, blême,
Son âme plane au ciel avec des ailes d’or. Devant la face de Dieu même !
Le dernier beau jour est passé;
L’automne a fini sa vendange;
La neige tombe à flot pressé . . .
Dans le ciel où Dieu t’a placé,
Pense à ta mère, mon doux ange !