‹ Cent morceaux choisisChapitre 80 sur 89 · SA MÈRE · texte numérisé non relu

SA MÈRE

Les jours de soleil sont passés,

Et l’automne fait sa vendange;

Dans l’enceinte des trépassés,

La feuille tombe à flots pressés :

Dors, mon doux ange !

Il était frais et blond comme un Enfant-Jésus . . .

— Dieu nous envoie, hélas ! des douleurs bien cruelles — Un soir, je le berçais; des anges sont venus Qui l’ont emporté sur leurs ailes.

J’épiais son sommeil, et, quand il remuait.

Je baisais à genoux ses petites mains blanches . . .

Il est là maintenant, sous ce tertre muet,

Prisonnier entre quatre planches.

Les jours de soleil sont passés.

Et l’automne fait sa vendange;

Dans l’enceinte des trépassés,

La feuille tombe à flots pressés ;

Dors, mon doux ange !

Et quand je caressais ses petits pieds frileux, —

Lui que je n’aurais pas donné pour des empires ! — Sur sa lèvre rosée, au coin de ses yeux bleus, Nageaient des groupes de sourires.

Il bredouillait des mots d’une étrange douceur,

Des mots incohérens, indécis, adorables;

Et moi qui l’écoutais, je sentais dans mon coeur Courir des frissons ineffables.

Les jours de soleil sont passés.

Et l’automne fait sa vendange;

Dans l’enceinte des trépassés,

La feuille tombe à flots pressés :

Dors, mon doux ange !

Il est là qui repose en son linceul glacé.

Au cimetière, hélas ! sa dernière demeure,

Songe-t-il quelquefois, le pauvre délaissé,

A sa mère qui souffre et pleure ?

Oh ! oui; car, je le sens, si dans la tombe dort Son petit corps roidi, froid, immobile, blême,

Son âme plane au ciel avec des ailes d’or. Devant la face de Dieu même !

Le dernier beau jour est passé;

L’automne a fini sa vendange;

La neige tombe à flot pressé . . .

Dans le ciel où Dieu t’a placé,

Pense à ta mère, mon doux ange !

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