‹ Cent projets de partage de la Turquie, 1281-1913 (volume 2)Chapitre 19 sur 280 · Delaville Le Roulx, I, p · texte numérisé non relu

Delaville Le Roulx, I, p

Charles de Valois, frère du Roi de France Philippe le Bel, avait épousé, en secondes noces, le 18 janvier 1301, Catherine, fille de Philippe de Courtenay, empereur titulaire de Byzance, et nièce de Baudouin II, le dernier empereur latin de Constantinople. Sur la base de ces parentés, il aspirait à Fempire d'Orient et se fit même proclamer empereur d'Orient par le pape Boniface VIII. Il s'assura aussi l'appui de Frédéric d'Aragon, qui, par le traité du 27 septembre 1303, lui promit une flotte de 15 à 20 galères et 200 chevaliers ; Venise s'engagea également à l'appuyer et le pape Clément V lui accorda une dîme pour l'expédition. Sa femme étant morte, le Prince revendiqua tout de même ses droits pour sa fille Catherine de Valois. Il conclut, le 27 mars 1308, un traité avec Urosch, roi de Serbie, auquel il concéda plusieurs territoires en Albanie et en Macédoine. Mais l'escadre vénitienne, réunie à Negroponte, se retira en 1308. Le pauvre Charles de Valois garda, pendant plusieurs années, à Venise, les approvisionnements et les bâtiments qu'il avait réunis avec tant de peine pour la conquête de l'Empire d'Orient1.

Ainsi prit fin cette nouvelle entreprise d'intérêt purement personnel ; le projet eut même un commencement d'exécution ;

i. Delà ville Le Roulx, I, p. 40-47.

mais les préparatifs étaient en disproportion avec l'objet poursuivi.

Le véritable inspirateur de ce projet, comme aussi de celui de Du Bois, que nous analyserons plus bas et d'autres semblables du commencement du xiv° siècle, fut le roi Philippele-Bel, dont l'ambition ne connaissait pas de bornes : « L'idée d'une croisade occupait toujours les esprits ; Philippe-le-Bel, dès que l'horizon politique s'éclaircissait en France, était le premier à se préoccuper de la question de la Terre Sainte1. »

Pareillement, le Grand Maître de l'Ordre des Templiers, Jacques de Molay, fut consulté par le pape Clément V, en \ 307 2 : il conseilla une expédition armée de toute la chrétienté, faute de quoi on ne pourrait plus résister au Soudan musulman ; l'effectif des troupes devait être d'au moins 15.000 hommes armés et 50.000 fantassins ; au préalable, on devait envoyer une escadre de dix galères dans les eaux de Chypre, sous le commandement de l'amiral aragonais Roger de Loria3.

Page 1