PROJET D'HAUTERIVE
kanique soit coupée en deux, par une ligne partant du Nord au Sud et suivant le degré de longitude de Nicopoli, sur le Danube, jusqu'au point correspondant sur la mer Egée. Tous les territoires à l'Est de cette ligne, avec Constantinople et les Dardanelles, seraient attribués à la Russie ; l'autre moitié occidentale serait partagée entre la France et l'Autriche ; c'est la France qui se réserverait de fixer la part de l'Autriche et, de plus, elle prendrait l'Egypte et les îles. D'Hauterive proposait que ce projet fût aussi notifié à l'Angleterre « comme un acte comminatoire, destiné à une exécution immédiate, s'il ne produit pas sur elle l'effet de vaincre l'obstination de son gouvernement à refuser à l'Europe et au monde la paix dont l'un et l'autre ont besoin l. »
Avant d'aller à Erfurt, Talleyrand chargea d'Hauterive de rédiger un nouveau projet. Le 23 septembre 1808, celui-ci lui expédia son travail, accompagné d'une lettre, dont le passage suivant mérite d'être cité : « Dans ma façon de voir, il n'y a aucun doute sur l'événement. L'Empire ottoman sera partagé et nous ferons une expédition aux Indes. Quelles que soient les suites de ces deux entreprises, elles sont inévitables ; mais il faut tout faire pour qu'elles ne soient pas prochaines 2. »
Ces prophéties trop catégoriques ne se réalisèrent pas. Jusqu'à un certain point, le maître de M. d'Hauterive, Talleyrand, y contribua, en affaiblissant les relations entre la France et la Russie, en jetant la zizanie entre Alexandre Ier et Napoléon, surtout en empêchant celui-ci d'épouser une grande-duchesse de Russie 3. Il aida ainsi à la constitution de cette formidable coalition, qui terrassa Napoléon à Waterloo.
1. Archives des Affaires Etrangères. France et divers états de l'Europe, 286 ; Mémoires et Doc, Russie, 32 ; Vandal, I, 403.