‹ Cent projets de partage de la Turquie, 1281-1913 (volume 2)Chapitre 22 sur 280 · PROJET DE PIERRE DU ROIS · texte numérisé non relu

PROJET DE PIERRE DU ROIS

portant encore pour le sujet qui nous intéresse est le : « Mémoire adressé à Philippe-le-Bel pour l'engager à fonder un Royaume en Orient en faveur de Philippe-le-Long, son second fils ! ».

Du Bois est mort vers 1321. Ce fut un esprit ouvert au progrès et un publiciste très audacieux pour son époque. Il est à peine croyable de voir Du Bois recommandant la suppression du pouvoir temporel du Pape, la confiscation pour la Couronne des biens des Eglises et des Couvents ; il conseilla encore l'arbitrage international comme un moyen d'assurer la paix perpétuelle entre les peuples de FOccident confédérés en « États-Unis » sous la souveraineté du Roi de France et s'éleva contre le célibat ecclésiastique, en proposant de remplacer les couvents de femmes par des « Lycées de jeunes filles ! »

De recuperalione Terme Sanctae a été d'abord publié comme ouvrage anonyme par Bongars, dans la seconde partie du recueil intitulé : Gesta Dei per Francos ; M. Boutaric prouva que l'œuvre était de Du Bois ; elle est dédiée au Roi Edouard, qui projetait de libérer la Terre Sainte 2.

Du Bois conseille d'abord les Princes catholiques de ne plus se faire la guerre entre eux, mais de réunir, au contraire, toutes leurs forces contre les infidèles. Il exprime l'espoir que tous les chrétiens orthodoxes de l'Orient seront convertis au catholicisme 3, par l'entremise des femmes. Il propose d'orga-

1. Publié par Baluze dans Vitae Paparum Avenionensium, il, col, 186-195.

2. Gh.-V. Langlois a publié une savante édition de cet ouvrage, d'après le manuscrit du Vatican. Paris, Picard, 1891, in-8, 24-144 p.

3. Cette idée hantait l'Église catholique, surtout jusqu'à la Réforme de Luther. Le 10 juillet 1336, le Pape Urbain V écrit au Roi de Hongrie Louis de ne secourir l'Empereur de Byzance contre les Turcs, qu'au cas où il se convertirait au catholicisme : « Placet tamen nobis, quod dicto lmperatore ac eius filiis reductis adhuiusmodi unitatem, eis intérim de aliqua armigera gente succuras, si tibi expediens videatur, tuaque magnificentia bonis operibus semper intenta intérim vacare poterit aliis operibus pietatis » (Documente Hurmuzaki, Bucarest, t. I, 2, p. 119). Par sa lettre, datée

Djuvara. 2

ganiser quatre armées : trois iraient par mer, la quatrième, la plus forte, par terre. Malgré les revers récents, Du Bois se fait l'illusion que les infidèles, informés du nombre imposant des chrétiens assaillants quitteront de bon gré la terre promise, qu'ils détenaient depuis sept siècles ! S'ils résistent, ils devront être tous exterminés.

Après la conclusion de la paix, Charles de Valois occupera tout l'Empire d'Orient, y compris la Hongrie, la Valachie et la Moldavie. Ainsi, d'après le premier projet sérieux de partage, la Roumanie actuelle aurait été incorporée à la

Du Bois précise comme suit les trois devoirs qui incomberaient au roi de France, en cas de réussite de l'expédition d'Orient : 1° il devrait établir une paix perpétuelle parmi les chrétiens ; 2° reconquérir et garder la Terre Sainte ainsi que l'Empire de Gonstantinople ; 3° prendre la suprématie sur toute l'étendue du monde chrétien qui reconnaissait le Pape comme chef spirituel.

Relativement à l'arbitrage international, idée nouvelle et vraiment géniale pour l'époque, voilà comment s'exprimait Du Bois : « Si altéra pars de ipsorum sentencia non sit contenta, ipsi judices pro omni lite processus cum sentenciis mittant ad apostolicam sedem * . »

Du Bois développe l'idée qu'il appartient au Pape de rétablir la concorde parmi tous les chrétiens 2 ; de prendre des

d'Avignon, 8 février 1374, le Pape Grégoire XI menace l'Empereur de Gonstantinople de ne pas l'aider « si a quocumque fideli, vel infideli vos molestari contigerit » à moins de s'unir à Rome {Ib., p. 220). Bien plus, le Pape, Aeneas Sylvius Piccolomini, écrivit, en 1463, au Sultan Mahomet, l'invitant à se faire chrétien : « Un peu d'eau avec laquelle tu te laisserais baptiser et qui te rendrait chrétien, serviteur de l'Evangile ; si tu fais cela, il n'y aura sur la terre prince qui puisse te surpasser en gloire ni t'égaler en puissance r (J. Klaczko, Evolutions du problème oriental, Revue des Deux Mondes, 1878).

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