TRAITÉ DE PARIS (1856) ET TRAITÉ DE BERLIN
Tels furent, pendant six siècles, les projets de conquête des chrétiens, projets dirigés contre l'Empire ottoman, un des plus formidables empires de l'histoire de l'humanité. Si aucun de ces projets n'a pas été intégralement exécuté, il résulta, tout de même, de cette propagande habilement entretenue dans toute l'Europe, une action lente, qui s'infiltra, peu à peu, dans l'édifice de FEtat turc et finit par le désagréger.
Récapitulons, en quelques mots fugitifs, des événements connus de tout le monde.
Après la bataille de Lépante (1571) la puissance ottomane commence à décliner1. Toute l'Afrique septentrionale s'émancipe tour à tour : l'Algérie, la Tunisie, Tripoli et l'Egypte ne sont plus que nominalement sous la suzeraineté du Sultan ; au xvme siècle les nombreuses guerres que la Russie et l'Autriche font à la Turquie lui arrachent la Hongrie (1699) ; en 1718 le Banat de Temesvar, la Petite-Valachie et une portion de la Serbie, réoccupés en 1739; le littoral de la mer Noire et la Grimée, (déclarée d'abord indépendante, 1774); la Bukowine (1775), la Grimée (1784-92) et la Petite-Tartarie. Au commencement du xixe siècle, la Porte perd les îles Ioniennes (1797), la Géorgie (1799), la Bessarabie jusqu'au
1. Voy. les Collections de Traités de Louis Renault et Baron Descamps, Testa, Martens, Noradounghian, D.-A. Sturdza, Ourousoff, P. Albin, etc.
Pruth (1812), la Grèce (1829) et l'Arménie turque; l'Algérie (1830), Samos (1832), la Bessarabie jusqu'au Dniester; par le traité cTAndrinople déjà (1829), la Valachie, la Moldavie et la Serbie commencent à se détacher de la Turquie. En 1841, l'Egypte s'émancipe; en 1851, autonomie du Monténégro. Il y eut un moment d'arrêt à la suite de la guerre de Crimée ; mais, tout de même, le traité de Paris du 30 mars 1856 assura l'autonomie des Principautés roumaines et de la Serbie; pour la Valachie et la Moldavie, cette autonomie fut complétée par les Conventions de Paris de 1858. Le traité de Paris éleva, il est vrai, la Turquie au rang de grande puissance, mais la mit virtuellement sous la tutelle de l'Europe, qui garantit nominalement l'intégrité de son territoire; la mer Noire fut neutralisée, la libre navigation sur le Danube fut assurée et mise sous la surveillance de la Commission européenne de Galatz. En 1867, Ismaïl Pacha est reconnu comme premier khédive d'Egypte.
L'effritement de l'Empire ottoman continua; rien ne pouvait désormais en arrêter le processus. La guerre, amorcée en 1876, par la Serbie, fut engagée l'année suivante par la Russie, bientôt soutenue par l'armée roumaine à Plevna. Les Russes arrivèrent aux portes de Constantinople et signèrent, avec la S. Porte le traité de San Stefano du 3 mars 1878. Mais l'Europe renia ce traité; il fut remplacépar le traité de Berlin du 13 juillet 1878 i : l'indépendance delà Roumanie, de la Serbie et du Monténégro était reconnue; la Bulgarie était constituée en principanté autonome, tributaire du Sultan ; on créait encore une province : la Roumélie Orientale, qui fut bientôt après réunie à la Bulgarie (1885). La
1 . Cf. Ad. d'Avril, Négociations relatives au Congrès de Berlinetaux arrangements qui ont suivi {1875-1886), Paris, 1886, in-8; B. Brunsvick, Le Traité de Berlin annoté et commenté, Paris, 1878; G. Hanotaux, Le Congrès de Berlin (Revue des Deux Mondes, 15 sept, et 10 oct. 1908).