lb., ff
pire ottoman : « apparebit Christianorum Gladius, qui Turcam quaqua versum in fugam aget ». Malgré son aversion contre ses anciens persécuteurs, le candide Georgevits ne désespère pas de les convertir : « Itaque spes aliqua est, Turcas, etiamsi à Ghristiana Religione iam alieni sint, ad Christum tamen conuerti posse ».
Georgevits est l'auteur d'un ouvrage : De Turcarum moribus Epitome, qui eut plusieurs éditions1. Dans cette étude, se trouve une Exhortatio contra Turcas 2, qui nous intéresse spécialement, parce qu'elle contient un appel à la croisade. Cet appel avait déjà paru, en 1545, dans son livre : Prognoma sive Praesagium Mehemetanorum* . A la fin de ce livre, se trouve l'appel de Georgevits, dédié à l'Archiduc Maximilien d'Autriche : Epistola exhortatoria contra Infidèles ad Illustrissimum Principem Maximilianum Archiducem Austriae.
Il me suffira d'y emprunter les fragments ci-après, qui mettent parfaitement en lumière de quelles troupes comptaient disposer les alliés pour s'opposer aux Turcs, quoique
1. Lugduni, 1553, 1555,1558, 1567, 1578, 1598; Parisiis, 1566, 1567, 1568; Genevse, 1629; Hanovriœ, 1686 ; Hemstadii, 1671, in-4 (dans cette édition le mot Epitome est remplacé par le mot Libellus). Voy. le Projet de Chavigny (1606) qui traduisit Georgevits.
2. Dans l'édition de 1558 aux p. 160-177 ; dans celle de 1671, aux p. 65- 76; dans les deux éditions elle forme le ch. vi.
3. Antverpiae, typ. Eg. Gopenij, 1545, in-16, 16 p. En 1540 avait paru à Paris le livre de Richer : De rébus Turcarum libri V, traduit plus tard par J. Millet. Richer, en latin Richerus, fut Secrétaire du Chancelier Poyet. Ambassadeur en Suède (1541) au Danemark (1546) et en Suisse (1548) ; fut envoyé aussi à Constantinople ; il est mort en 1552.
En 1542, avait paru à Lyon une plaquette de 64p., intitulée : Le Discours du voyage à Constantinople envoyé du dit lieu à une Damoyselle Françoyse, où l'on lit ces vers, qui en caractérisent la tendance :
Pour accointer une terre incognue
De nation infidèle tenue,
Contraire à moy de foy et d'alliance
Ou ie n'espère amytié ne fiance. . .
Car Turcs d'ancienneté
Sont pis que loups envers la chrestienté.
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l'auteur reconnaisse avec amertume que les brouilles s'accentuaient parmi les chrétiens :
« Saepe mecum admiratus sum, princeps illustrissime, cur quum omnia videantur Christianis polliceri victoriam, nunquam tamen eam inter tôt annos consequantur... Dum habemus et summum et verum sed a nobis alienatum... nam praeter nomen quid nobis Christianis Ghristiani est ? » Les chrétiens ne le sont plus que de nom; les désastres s'accumulent, car pendant que quelques chrétiens luttent contre les Turcs, d'autres se combattent entr'eux : « Pereunt igitur omnia et infinitis cladibus involuuntur ; et cum una gens Ghristiana contra Turcas pugnat, alia gens vel in aliis versatur bellis, vel in ocio agiat; miles qui in aciem aducitur, summo inservit non Ghristo : siderit stipendium, statim vel desertor, vel transfuga futurus... Turca vitia sua in castris deponit... » Maintenant que la France n'est plus en état de guerre, les discordes entre les Princes chrétiens cesseront et ils pourront enfin porter leur secours contre les Turcs : « Sed quia nunc bellum Gallicum finem accepit, sperandum quod non solum haeresis inter Ecclesiasticos sparsa, et omnis abusus ab Ecclesie tolletur, sed etiam principum discordiae cessabunt et tandem firma auxilia contra Turcas coibunt ».
L'Allemagne fournira donc facilement 50.000 fantassins et 20.000 cavaliers; l'Italie autant; on peut espérer davantage de la France et de l'Espagne. D'après George vits, la Belgique et la Hollande d'aujourd'hui devaient réaliser 10.000 cavaliers et 20.000 fantassins; la Hongrie, la Moravie, la Silésie, la Bohême et les pays du Danube offriraient sans difficulté 60. 000 cavaliers : « Igitur facile armabit Germania quinquaginta milia peditum XX equitum. Nec minorem conficiet Italia. Idem vel aliquando plus in Galia sperandum. Nec Hispania inferiores vires ad hanc expeditionem addet. Praeterea ditiones Brabantiae, Flandriae, Hollandiae, Zelandiae,
Frisiae, unà cum Traiecten, decem milia equitum et vigenti milia peditum, vel etiam majorem numerum implebunt. Reliquiae Hungariae, Moraviae, Slesiae, Bohemiae et quidquid ad Istrum,Sarmatiam, Illyricum sinus habet, facile sexaginta milia equitum produxerint. »
Si Ton réunit ainsi toutes ces forces, dit Georgevits, et si Ton corrige les mœurs et les mauvaises habitudes, on pourra, avec l'aide de Dieu, vaincre les ennemis de la foi et leur arracher la Grèce et la Thrace, où de malheureux chrétiens attendent impatiemment d'être délivrés :
« Quod si istis viribus in bella eatur, propitiato numine, correctis moribus, in proclivi erit vincere hostes fidei, recuperare Graeciam et Thraciam, ubi adhuc maior pars hominum Christiani colit, qui avidissimis votis expectant Christianorum arma ad quamlibet occasionem defecturi, et suos dominos et tyrannos, a quibus miserrimè vexantur, oppugnaturi : quae res sola victoriam vel dare, vel maturare potest. »
Certes, si on avait pu obtenir, comme le disait Georgevits, 220.000 soldats d'infanterie et 90.000 de cavalerie, l'armée aurait compté, à cette époque. Mais, dans ce plaidoyer, on est frappé du contraste que Fauteur établit entre le soldat chrétien, qui ne pense qu'à sa solde, et le soldat musulman, « qui oublie tout vice, une fois qu'il est au camp ». Et ces soldats turcs, ne l'oublions pas, étaient commandés par Soliman le Magnifique. A toutes les époques et sous toutes les latitudes, la vraie force des' guerriers réside dans l'idéal qui les anime !
En 1542, avait paru, à Anvers, un livre : Estât de La court du grant Turc Lordre de sa gendarmerie et de ses finances ; auec ung brief discours de leurs conquestes
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depues le premier de ceste race \ dont la conclusion était encore un appel à la chrétienté : « Parquoy doncq il me samble fort expédient et nécessaire de prier dieu nostre créateur quil luy plaise de laisser son ire et nous donner la grâce de pouoir (auec laide et secour de Limperiale M. et de tous ses amys) résister a la felonnie et tirannie de ce faulx ennemy de la foy chrestienne afïin que par ce moyen puissons acquirir la vie éternelle. Amen. »
En cette même année, 1542, il y eut encore le projet de croisade du prince Jochim II de Brandebourg, raconté par M. Herman Traut dans sa thèse : Kurfùst Joachim II von Brandeburg und der Tûrkenfeldzug von Jahre 1542 (Gummerbach, 1892, in-8, X-48 p.). L'auteur apprécie ainsi cette entreprise, guidée par des intérêts particuliers : « Kurfûst Joachim II hat keinen Grund auf die Fiïhrung im Tùrkenzug stolz zu sein. »
1. On les vend à Envers en la maison de Jehan Steels demeurant en la rue de Lamer a lescu de Bourgoingne Lan 1542, in-16, 52 ff.
De la Chesnaie des Bois i nous apprend, en parlant de la famille de l'Aubespine, que Madeleine, sœur de Claude de l'Aubespine, chargé de plusieurs missions diplomatiques, et qui vivaient tous deux au milieu du xvie siècle, s'allia : « 1° à Albert, seigneur de Grantrye. » Cet Albert était le père de Guillaume de Grantrye de Grandchamp, dont nous allons nous occuper dans ce chapitre.
D'abord abbé de Grandchamp, puis capitaine des gardes françaises, il épousa, le 15 octobre 1560, Claude de Beaumont-Varennes, dont il eut plusieurs enfants ; il l'abandonna, après son retour de Gonstantinople, et épousa une parente de sa femme, Marie Bataille de la Chaume ; avant sa mort, il reconnut dans son testament, son état de bigamie et ses torts à Tégard de sa première femme. Dans sa jeunesse il avait fait un séjour de quinze années a Constantinople, d'où il était revenu en France, avec l'ancien ambassadeur d'Aramon, en 1551 2. Grâce à sa parenté avec la famille de l'Aubespine et avec le secrétaire d'Etat Villeroy, il fut choisi comme ambassadeur de France à Constantinople, en 1566; « à défaut d'une habileté remarquable, un long séjour en
1. Dictionnaire de la Noblesse française, Paris, 1770-1787, 15 vol. in-4° t. I, p. 483.
2. Cf. Nicolas de Nicolay (Secrétaire de M. d'Aramon). Discours et histoire véritable de navigations, pérégrinations et voyages faits en la Turquie, Anvers, 1586.
T. G. DJUVARA. — Cent projets de partage d
Orient l'avait familiarisé avec les idées et les conditions du pays l . . »
Voici comment Gharrière apprécie la nomination de Grantrye de Grandchamp : « Aussi, à la même époque (1566) un nouvel envoyé partait de la cour de France, revêtu du caractère supérieur sous lequel les négociateurs français avaient depuis longtemps cessé de se présenter dans le Levant. On a vu l'importance que la Turquie attachait à la qualité d'ambassadeur et combien de fois Fabsence de ce titre dans nos agents avait excité sa défiance et provoqué ses réclamations. L'un des neveux du secrétaire d'état de FAubespine et de Févêque de Limoges, qui avait précédemment représenté la France à la cour d'Espagne, arrivait enfin à Gonstantinople comme ambassadeur ; et il est à présumer, d'après les circonstances mêmes qui avaient décidé de ce choix, que le principal objet de sa mission était d'intervenir en faveur de Maximilien II2. »
Brantôme, qui alla lui-même à Malte avec 300 gentilshommes et 800 soldats « dont le grand seigneur s'en plaignit au Roy, qui pour le contenter nous bannit tous et nous désavoua », parle de la coopération de Henri de Guise à la campagne de Maximilien II contre les Turcs et aussi du départ pour Gonstantinople de Grantrye de Grandchamp :
Vous eussiez dit que cette année la estoit venue et destinée pour faire voyager les François. Les uns allèrent en Hongrie avec ce vaillant prince M. de Guise, qui ne pouvoit lors atteindre dixhuit ans ; lequel, suivant l'exemple de ses ayeuls en la Guerre Sainte, se voulut trouver pour faire teste à l'armée infidèle de ce grand sultan Soliman, qui y estoit luy-mesme en personne... Les autres allèrent en l'armée du G. S., avec l'ambassadeur du
1. Charrière, t. III, p. 110. — Zinkeisen ne l'apprécie pas beaucoup : « Petremol und Grantrie de Granchamp waren noch nicht wieder mit einem hôheren diplomatischen Charakter bekleidet » (III, p. 483).