‹ Cent projets de partage de la Turquie, 1281-1913 (volume 2)Chapitre 98 sur 280 · Zinkeisen, III, p. 859 et suiv · texte numérisé non relu

Zinkeisen, III, p. 859 et suiv

3. « En 1607. le Duc de Savoie Charles-Emmanuel fait sonder Henri IV

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Il commence par un appel aux chrétiens d'Occident pour délivrer les chrétiens d'Orient : « despegnorare quelli poveri greci dalla tiranica sugectione del' infidelli spiegando la sua gloriosa insigna a quelli luoghi ». Il garantit que tous les Grecs accepteront la souveraineté du roi de France : « Io mi obligo questo di far che tutti quelli popoli di rendergli ogni sorte di hobedienza et farlo suo Re. » Tous ces chrétiens attendent avec impatience leur délivrance et désirent ardemment avoir Henri IV comme Roi et Empereur : « E di piu tutti i greci suegliati et sollevati con caldissimo desiderio vedere a quelle parti qualche standardo di principe Christano... Poichè quelli miseri greci si trovano con ardente desiderio di vassalarsi à S. M. et acquistarla per suo Re et Imperatore. »

Minotto en arrive à l'exécution pratique de son plan. En premier lieu, il s'offre de fournir le nombre nécessaire de pilotes et de marins qui connaissent bien tout le Levant : « Primo mi offero far venire quella quantita di marinari comme piloti corsari et altre persone pratichissime di tutto levante. »

Il dépend du Roi de décider s'il veut conquérir tout l'Empire d'Orient ou seulement quelques provinces. Dans la première hypothèse, il demande pour l'expédition 80 vaisseaux de guerre, au moins 15.000 arquebusiers, 3.000 chevaux et des armes pour 25.000 hommes que l'on recrutera

sur l'appui que pourrait trouver chez lui l'entreprise de la conquête de la Macédoine. C'est un Grec influent de la Candie, Giovanni Fantin Minotto qui en est l'auteur. Depuis le commencement du siècle, ce personnage s'occupait de former, notamment à Chio, dans les îles de l'Archipel et dans la Morée, des hétairies ou sociétés secrètes où s'organisait un soulèvement général. Il sentait lui aussi le besoin de trouver des soutiens en Occident et songeant tout naturellement à l'arbitre de la chrétienté, à Henri IV, il avait recours à l'un de ses compatriotes, Manuel de Cerigo, serviteur et favori du roi, pour essayer de le séduir par la grandeur du rôle qu'il lui offrait et pour lui promettre le concours de Venise, des rois d'Ecosse et d'Angleterre, du pape et des Princes d'Italie. » (Fagniez, 1, 122.)

sur les lieux : « Se in tutto vole conquistare et farsi Imperatore di Constantinople e necessario di far armare sino 80 vascelli et havere non manco di 15 mila boni archibugeri, con tre mila cavali et arme per vinti cinque mila fanti levantini. »

On touchera d'abord en Morée, où l'on débarquera 3.000 hommes avec un général, qui aura la tâche de soulever les populations chrétiennes. On passera ensuite à Négropont et à Constantinople, avec l'aide des chrétiens soulevés de toutes parts. Le Grand Turc, effrayé se sauvera sans doute à Scutari d'Asie et Constantinople sera au pouvoir des croisés, On aurait Rhodes pour 8.000 écus d'or.

Dans la seconde hypothèse, on armera seulement 25 galères et 8 ou 10 petits vaisseaux. On n'a qu'à choisir la province à conquérir : la Morée, où il y a des mines d'or, Salonique, Chypre, Chio, où il est sûr de soulever de 50 à 60 mille Grecs, ou Mitylène; mais il préfère Négropont. Il promet d'entretenir toute l'armée sans aucun subside. Mais il exige cinq ou six navires chargés de chaux et de ferraille pour fortifier les villes et places fortes conquises : « Di piu ne fa di besogno cinque o sei altre nave cariche di calciera et ferramenti per fabricare et fortificare cosi Negroponte corne altri luoghi, che pigliaremo. »

Minutto ajoute encore qu'ayant appris que le roi de France veut faire venir des Grecs à Marseille, il se charge d'en choisir les plus experts.

Il termine en faisant appel au Roi de venir lui-même en Orient ou d'y mander un général : « Volendo dunque Sa Majesta farsi signore di Grecia et imperatore del' impero ottomano... e necessario fare una buona resolutione di passar S. M. in Levante o con la personna o col suo générale. » Il garantit la réussite de l'entreprise, de sa vie et de celle de ses deux fils. Et pour prouver que tout ce qu'il

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avance est parfaitement réalisable, il propose une reconnaissance préalable des pays à annexer, avec quatre galères et quatre petits navires.

En publiant ce mémoire, Zinkeisen rappelle que Henri IV n'était pas un roi fantaisiste, capable de s'engager à la légère. Toutefois, à la fin de son règne, il en voulait aux Turcs. Cela explique les projets de Sully et de de Brèves. Dans la dépèche de Henri IV du 27 mai 1604, on lit : « Je changeray aussi de conseil et de conduite et me sçauray bien résoudre à pis faire en m'alliant de ceux qui ont conjuré la ruine de son empire, s'ils ne me font telle justice et raison de ces traitres et barbares que j'aye occasion de m'en contenter »*.

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