‹ Cent proverbes (volume 2)Chapitre 104 sur 156 · LA BREBIS SUR LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

LA BREBIS SUR LA MONTAGNE

— Comment! une choriste tron])ler le sommeil de l'nn des pins puissants seigneurs de la cour de Naples , de l'unique et dernier rejelon de la faniille Antivalomeni! Carlo, monte chez cette choriste, et fais-lui savoir qu'elle ait à cesser ses cris à l'instant même, si elle ne veut encourir le ressentiment du prince Agnolo-Bernardo Antivalomeni.

Le domestique sortit et reparut au hout de quelques instants :

— Je viens d'exécuter les ordres de Votre Excellence; mais la signora Barati, quand je lui ai parlé de garder le silence , m'a répondu : — Dites à Tunique et dernier rejeton de la famille Antivalomeni qu'il en parle hien à son aise, niais que si je cesse un seul jour de filer des sons et d'exercer mon gosier, ma voix se rouillera et mon ittiprcsario me donnera mon congé. Ce que le prince a de mieux à faire est donc de s'apprivoiser avec mes cris, qui sont la seule ressource de sa très-humhle servante.

En ce moment, une gamme chromatique partie du dernier étage de l'hôtel Antivalomeni vint conlîrmer les paroles de Carlo.

— Encore! s'écria le prince. Ah! c'est trop fort, et s" il y a une justice dans le royaume de Naples, j'aurai avant peu raison de cet insolent gosier.

Le lidèle Carlo apporla aussitôt au j)rinci' sa plus large perruque, sa plus longue canne, ses has de soie les mieux hrodés; après quoi l'unique et dernier rejeton de la famille Antivalomeni s'élança de la rui^ d(^ Tolède, où son hôtel était situé, sur la place du Palais-Royal. Il se lit introduire près du seigneur Caro Cecchi , iidendanl des menus-plaisirs du roi , son ami intime , auquel il raconta ses peines.

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— .Il' ne (lors plus , lui dil-il ; (jrs (|i!(' 1 aiiioïc a posé ses doigls de roses sui' le soiniiict de mon palais, une crca- Ini'c inrcinalc connnL'nce à gia[)ir cl a roiK'oul(>r; loiilc la journée, je suis pouisuiNi par ses niandiies noies. l']n (•<> nionieid même il me send)le .avoir tii's dièses et des bémols dans les oreilles. Ne pourricz-vous, par égard pour mon sonnneil du malin , l'aire écroner celle l'anvetle dans ([uel([ne lorleresse'?. . .

— V pensez-vous, moR cher Agnolo-Beriiardo Antivalonieni? reprit l'intendant des menns-plaisirs. Ne savez-vons pas que Sa Majesté est toile de nuisique et ne pardonnerait pas une pareille violation du droit des cantatrices? Le roi veut que tous les chanteurs de son rovaume puissent crier, s'il leur plaît, à lue-tète du matin au soir;... malheur à qui essaierait de mettre une gamme ou une seule note à l'index!

Le prince sortit désespéré du palais, et rentra dans le sien en méditant quelque vengeance contre son harmonieuse ennemie. Mais, après avoir comhiné plusieurs plans, il reconnut que le meilleur parti à prendre était celui de la résignation. En efl'et, comment atteindre ces notes aériennes? Comment étouffer ces sons voisins du (!iel qui s'échappaient tous les matins dans le limpide azur?

— Eh! quoi! disait le prince d'un ton accablé, je puis tout ce que je veux dans le rovaume de Naples; après le roi , je jouis d'une puissance, pour ainsi dire, illinn'lée. Chacun m'honore, me respecte, s'incline devant moi quand je traverse les rues de Chiaja ; et je n'ai pas même le pouvoir de mettre une sourdine dans le gosier d'une choriste ([ue le hasard a logée au-dessus de moi!... Une idée me \ienl,

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