‹ Cent proverbes (volume 2)Chapitre 129 sur 156 · I.A l'ori.R A LES VKIX · texte numérisé non relu

I.A l'ori.R A LES VKIX

rion, n\Mileiul rii'ii, ;i ciciiii avouglo, coiiipli'hMiu'iit souille, aux trois quarts porcluc. Eh bien! vous vous troiujx'z. Tous ceux (|ui c'oniiaisscnl la scfioia Montes vt)us diront que son œil est brillant, sou oreille tiue, sa jambe solide; ou ajoutera qu'elle est tort bien élevée, fort instruite, tort spirituelle.

Du reste, si vous tenez à faire connaissance avec la sefiora Montes , elle passe la soirée chez le gouverneur. Entrez dans le salon , vous y verrez trôner la tante de nos liéroïnes; on l'écoute, on fait cercle autour d'elle. Quel est l'objet de la conversation? l'éducation des jeunes filles. La senora Montés soutient qu'il ne faut pas s'effrayer de l'amour, que c'est un sentiment naturel plus ou moins éprouvé par tout le monde, qu'il est toujours victorieux quand on l'attaque en face, et que la meilleure manière d'en venir à bout est de paraître l'ignorer; si de cette façon l'on ne réussit pas à l'éteindre, on parvient à le diriger; et que peut-on souhaiter de plus?

Quelques jours après les divers entretiens que nous venons de rapporter, Eugène entra dans la chambre d'Ernest.

— Salue en moi, lui dit-il, le plus fortuné des honmies.

— Reconnais en ma personne, répondit son ami. le plus heureux des mortels.

— Elle m'accorde un rendez-vous.

— Elle consent à m'entendre.

— Où?

— Dans les ruines , derrière l'Alhambra.

— A quelle heure ?

— Après la bénédiction.

— Eh bien! partons, car moi aussi je suis attendu der-

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l'ièie les ruines de rAlhainbra, après ia Léiiédiclion. Les deux sœurs n'ont pas voulu se séparer ; nous ferons partie earrée.

On n'attend pas de nous la description d'un rendez-vous (îspagnol à l'Alhanibra; nous renvoyons le lecteur aux nond)reux romans et aux non moins nombreuses nouvelles pul)liées sur l'Espagne. Qu'on se figure une miit étoilée, des arbres agités par la brise, des soupirs, des serments, des mots entrecoupés, des baisers... Je me trompe, au moment où les deux couples allaient sceller par un baiser, suivant l'usage antique et solennel , l'inviolable promesse d'un amour éternel, une vieille femme sortit tout à coup des ruines, et s'assit sans façon sur une pierre à côté des amoureux.

— C'est sans doute une manière de demander raumône, pensa Ernest, et il jeta quelques réanx dans le tablier de la vieille.

Celle-ci remercia, mais sans bouger de place.

— Elle ne part pas! murmura Ernest; allons ailleurs reprendre cet entrelien.

Ils se levèrent, la vieille en fit autant; ils s'éloignèrent, mais elle les suivit en les accablant d'actions de grâces. Ce fut un déluge de « Dieu vous protège et vous accorde d'heureux jours! » le tout accompagné de révérences à n'en plus finir. L'heure de rentrer étant arrivée, la vieille ne quitta les amounnix qu'aux portes de la ville.

— ^laudits soient les mendiants et leur reconnaissance! s'écrièrent les deux jeunes gens, quand ils eurent quitté, bien malgré eux, leurs maîtresses; celle l'ennne nous a lait ])er(he le bé)iélice de notre rendez-vous.

\.\ poil, F A LES Yi:UX. o4l

Les amours vont \ite en l'^spai^iic ; une l'ois 1 lial)ilii(l(' prise (le se \oir, ou ne renonce pas laeilenienl à C(> j)laisn'. Miraiula, Soledad, Krnesl el Enj^ène luultipliaient les rencontres préméditées; la scfiora Montés paraissait no se douter (le rien ; aucun obstacle ne traversait le bonheur des amants, si ce n'est le hasard. Ordinairement le hasard se ran<;(' du coté de ranioiu'; il n'en i'nt rien cette t'ois : j)as un rendez-vous qui ne t'iit troublé par la présence inattendne de quelque témoin importun. S'ils choisissaient une chaj)elle écartée, tout de suite une vieille dévote, la tète embéguinée , venait s'agenouiller à leur côté; s'ils allaient à la campagne, une paysanne s'asseyait sur l'herbe à (juelques pas d'eux et se mettait à tresser des espardilles : pas moyen d'être seuls pendant cinq minutes.

Cependant toute la ville causait de la liaison des deux couples. — Voyez , disaient les Grenadines , à quoi sert Tesprit? La sefiora Montés ne se doute pas seulement que ses nièces ont des amoureux; elle ne l'apprendra que le jour où les Français les lui auront enlevées.

A cette époque on donna à Grenade un bal masqué pour célébrer une victoire remportée sur les factieux; la senora Montés avait promis à ses nièces de les conduire à cette fête. Je vous laisse à penser si Eugène et Ernest en furent instruits. On convint d'un signal de ralliement; Soledad et Miranda mettront une rose rouge dans leurs cheveux; Ernest et Eugène arboreront un brin de bruyère blanche à leur domino.

Les deux jeunes fdles sont charmantes, la rose ressort gracieusement au milieu de leurs cheveux noirs ; elles montent en voilure; elles entrent dans la salle de bal; je ne

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sais comiiicnl cela se fait, mais un flot de spectateurs les sépare de leur tante. N'avaient-elles pas compté là-dessus? Ne mirent -elles pas un peu de bonne volonté dans cette séparation? C'est à ceux qui connaissent mieux que nous le cœur des femmes rpi'il appartient de décider.

Ernest et Eugène attendaient les roses rouges, adossés contre un pilier; ils sentirent tous les deux au même inslaul une main qui froissait leur domino; mais ils ne cherchèreut pas à deviner d'oi^i venait cette pression. Que faisaient pendant ce temps-là les deux roses rouges? Elles cherchaient la bruyère blanche. Mais pas la moindre bruyère qui fleurît à l'horizon. — Où sont donc nos deux chères roses? se demandaient les deux bruyères. — Ernest , ne vois-tu rien venir? — Eugène , aperçois-tu quelque chose?

Le bal touchait à sa lin ; les deux fleurs ne s'étaient pas rencontrées.

— Ce sont des infidèles, disait Soledad à sa sœur.

— Ce sont des coquettes, murmurait Eugène à Ernest. La senora Montés avait rejoint ses deux nièces. —

Malheureux coiffeur! dit -elle quand elles furent en voiture, vos roses ne sont plus dans vos cheveux; il les a si mal attachées qu'elles sont tombées, je parie, avant votre entrée au bal.

Soledad et Miranda ne répondirent rien. — Pauvres amis ! pensèrent-elles , que vont-ils s'imaginer?

En quittant leurs dominos , Eugène et Ernest s'aperçurent que la bruyère n'y était plus. — Que vont-elles croire? se dirent-ils; attendons à demain pour nous excuser.

Chaque jour cependant l'amour s'accroissait de toutes

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