QUAND VIENT LA GLOIRE
linée électorale de M. Jean-Franeois-Claude Perrin allait se jouer au jeu du scrutin. Il s'agissait de vaincre ou de mourir; de rester l'une des unités inscrites au grand livre des vingt-cinq mille adresses, ou d'être député; de n'être rien ou d'être tout.
Tandis que, pour la vingtième t'ois, il supputait les listes électorales, marquant à l'encre rouge les noms douteux, un domestique vint lui annoncer à voix basse . en honnne qui comprenait toute la gravité des circonstances, que M. Dumolard, son associé, et deux messieurs demandaient à lui ])arler.
— Mais qu'ils entrent donc ! s'écria le candidat en s'avancant vers la porte. Kh' c'est mon lidéle Achate, avec Buisson et ce cher Coustou , mes deux appuis dans le collège ! Est-ce à vous à vous faire annoncer? Je croyais que ma maison était la vôtre.
— Excellent Perrin! répondit Dnmolard; toujours le même! Ah! cà, mon cher associé, vous savez que c'est aujourd'hui que nous triomphons. Je viens de voir nos amis, j'ai réchauffé leur zèle; nos chances sont excellentes ce matin.
— Les voix portées hier sur M. Kagon se porteront aujourd'hui sur vous, dit M. Coustou.
— Et vous serez nouuné à une im])osante majorité , s'écria M. Buisson.
— (Testa vous que je devrai mon mandai, dit alors M. Jean -François Perrin en serrant la main à ses amis.
En ce moment, madame Perrin entra clu'z son mai'i ; elle était snivie de mademoiselle Alplionsine Perrin , h'ur inii(jne héritièi'e.
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s'en va la mémoikk. 49
— Khi bonjour, ma filleule, s'écria M. Duniolard; vcnc/ vile embrasser votre parrain. Ourlle esl donc jolie, ma lilleule ! On la prendrai! déjà pour votre sœur, tant elle est embellie, ajouta-l-il en se tournant vers madame Perrin.
— Flatteur, dit la mère en minaudant.
— Ah! çà, vous n'oubliez pas, reprit M. Duniolard, (jue vous dînez tous chez moi demain? Mon neveu y sera; mon gaillard est en train de Unir son stage; vous le pousserez . monsieur le député.
— Nous en parlerons ce soir; car si nous dînons chez vous demain, vous dînez tous ici aujourd'hui.
Quelques électeurs entrèrent, et les dames Perrin s'esquivèrent.
— Le neveu Gustave y sera; as-tu entendu, ma tille? dit la mère.
— Oui, maman, répondit Alphonsine en baissant les yeux.
La rougeur qui se répandit sur son front révélait tout un secret de famille. Depuis longtemps les deux associés, Perrin et Duniolard, avaient conçu le projet de resserrer leurs liens commerciaux par une plus intime union ; les paroles étaient échangées; et si les jeunes gens n'en avaient rien appris, il est permis de croire qu'ils l'avaient deviné.
A cinq heincs, .M. Dmnolard entra d'un Jjond dans le salon de la famille Perrin.
— Victoire! s'écria-t-il tout essoufflé. La nominalion esl enlevée à cent vingt-trois voix de majorité.
(]e furent pendant un ([uart d'heure mille embrassenients. après lesquels M. Dmnolard partit pour réparer sa toilette . toute ébouriffée par la bataille électorale. Mais , (piand il