‹ Cent proverbes (volume 2)Chapitre 7 sur 156 · II. TE cnkw.nx i.ks Yi:rx · texte numérisé non relu

II. TE cnkw.nx i.ks Yi:rx

lïrenadicr. Oiiaiid clic le rencontrait, Lucv s'ccaifait (l(> son chemin.

— Vons n'aimez |)as mon panvre Snag, lui disait parlois Rol)(M"t.

— i'.v n'es! pas mon eoiisiii, {('pondait en sonriant I aiinahlc lillc à (pii I amour (Miseigiiail la cocpicttcrie.

— \ ons (pii êtes si hoimc pour t(tus. jxturcpioi èlesvons dédai<;iiense ponr lui seul?

— Oh! Rohert, ne m'en vcnillez pas! s'écriait alors Lncy. .Vai Iroid an cœur ([uand le regard de Snag sarrète sm' moi; son sonrire est amer comme mu' raillerie, el lorsqne dans mes promenades jCutends sa voix, je tressaille comme an cri de l'orfraie.

Cependant, tandis que Snag gagnait de ])lns en plus la confiance de son maître, des vols étaient chaque jour commis à la ferme. Tantôt un mouton disparaissait, tantôt nu hœnf ne rentrait pas à l'étahle; les lavandières cherchaient vainement les plus belles pièces de toile étendues le soir sui' l'herbe des prairies. Mille rnmenrs circulai<'nt parmi les gens de la ferme à 1 heui'c du re[)as , les vieux pâtres se |)arlaient bas à l'oreille en regardant Snag; mais Snag demeurait dédaignenx et muet, et nul n'osait dire ses souillons à Robert Efling.

Parfois Snag s'éloignait aux premières clartés du jour, el ne rentrait qn'après le soleil couchant. Il l'tait alors tout trempé de sueur, et semblait avoir fourni une longue carrière dans les halliers et les marécages, tant ses habits étaient souillés de fange et ses jambes déchirées par les ronces.

Lorsqne Robert lui demandait d'où il \enail, Snag

14 ÉLÈVE LE CORBEAr,

répondait en riant qu'il avait suivi la piste d'un troupeau de daims.

— Que Dieu vous garde de ce gibier maudit ! reprit un jour un vieu\ chasseur qui avait a|)pris à Rol)ert à tirer ses premiers coups de fusil.

A quelque temps de là, Robert pensa que nulle part il ne trouverait cœur plus tendre et beauté jdus virginale que le cœur et la beauté de Lucy. Il le dit à sa cousine un soir qu'ils se promenaient ensemble sous les saules, au bord d'un ruisseau. Lucy rougit, et mit sa main dans la main de Robert.

— Tu seras ma temme dans trois jours, dit le jeune bonunc, et il se pencha sur le h'ont de Lucy.

An moment oii ses lèvres touchaient le front d'ivoii-e de la belle enfant, elle tressaillit, et du doigt lui montra Snag (pii se glissait entre les saules , sonple et agile comme un chat ligr(\

— Toujours lui ! tlit-ellc.

Le matin du jour des noces, un berger raconta aux gens (le la ferme (pie, tout en parcourant les binyéi-es, il avait vu |)asser des honnnes à visages sinistres.

— Veillons, frères, dit le vieux chasseur.

Après les danses et les festins les convives se séparèrent; quelque temps on vit briller les torches dans les ténèbres (]e la campagne on sifflait \v vent d'automne; puis les clarli's s'éteignirent, et Robert, prenant la main de Lncv rougissante, la conduisit vers sa cluunbre nnptiale. toute \)i\\vc de borupiets.

La ferme dormait; et le silence profond étendait ses doux mvstères des bois aux collines. Robert roida son bras aniom*

IL TK CUEVKHA MIS VKUX. |.)

(le la taille de Liicv, cl sa main drlacliail (l(''jà les Meurs d'oraiiger, lorsque vin^l eoiips de l'iisil éclatèiciil dans Tonibn»; trcMite baiidils escaladèrent les niui's a\ec des cris sanvaues, et Snau, à leur Iclc, une hache à la main, hundil dans la cour.

Rohert \oulul s'élancer, mais ime halle le Irappa a la poitrine; il j)onssa un cri el oiixril les yeux —

Le soleil inondait la (•hand)re de ses j)urs rayons; mille chants joyeux retentissaient (Mitre les branches des tilleuls fleuris; Robert était sm- son lit. il |)assa la main sur sou IVout, et les événements de la nuit lui revinrent à la mémoire.

— J'ai rè\é! dit-il.

— Oui, c'est un ré\e, r(''|)ondit la \oi\ douce comme le soupir d'uue flûte.

Robert tressaillit. Sur le i-ebord de la l'enètre un joli rou<^e-goryo sautillait.

— Tu m'as sauvé la vie, rej)rit la voix, un jour (|ue j allais être pris par un oiseau de [)roie; je t'avais j)romis de ui'en souvenir. (À>1 entant ({ue tu as recueilli sous ton toit es! un bohémien; sa ch(n (dure semblable à l'aile du corbeau est uioius uoire (pie son àme. J'ai prié ma sœur, la (ee Mal), de \erser le sommeil siu' les paupiÎM'cs, et, dans un souj^c, je tai l'ait \oir la v(''ril(''. i.e\e-loi donc, et liàle-loi de renvoNcr Sua^.

— Mais qui donc es-tu? demanda Rol>eil l'^l'liu^.

— Je suis le lutin KIpIn. rjia(pie année, peudaul trois jours, je suis obli^i'. pai' la loi (pii j^ouverue les es|)ri[s, de prendre la l'orme (rmie cr(''aliu-e \i\ante. J (''lais |)ei-(lu sans ton secom-s généreux. Ma capli\it('' finit ce matin. Adieu,

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