‹ Cent proverbes (volume 2)Chapitre 9 sur 156 · SOUVENT SE TIENT LE DIABLE · texte numérisé non relu

SOUVENT SE TIENT LE DIABLE

^%\4^ (iciiiieGalabertvcnail dv [)ass('r(le sacliaiiilirc ^^y^^' à coucher dans la salle à mander, (iii iiiic espèce de ^ouveniaiile disposait un plateau ^ à thé sur nu petit guéridon.

'^^^ — ]\hidanie Gauthier, dit-il tout a eoiii), \oilà trois jours que je suis resté à la chasse, aoiis devez a\oir reçu des Iclli'es pour moi'?

— Des lettres, non; mais une lettre, oui; elle nous attend depuis hier ou avant-hier, l.a \(iilà.

Ktienne (lalalxirt brisa le cachet , et lut rapideiuenl

c'et(c letlre en imirmurant quelques paroles à demi-voix.

— Quoi ! de mon \ ieil ami Jacques Maubertin !.. « Quand « on a traduit Virgile sur les mêmes bancs à Sainte-Barbe, «on ne saurait se marier sans...» 11 se marie! lui! il m'invite à l'assister en qualité de témoin! Ali! mon Dieu! Madame Gauthier, vite mon habit le ])lus noir, ma cravate la plus blanche , mon gilet le plus beau , mes gants les plus jaunes, mon chapeau le plus neuf... Je ne déjeune pas.

Etienne Galabert s'habilla à la hâte, descendit l'escalier, sauta dans un cabriolet de place, et cria au cocher, en lui glissant une pièce de cent sous dans la main : Rue de Provence , 40 !

Au bout d un quart d'heure, Galabert s'arrêtait de\aut une maison de belle apparence, et bientôt il entrait dans un a})partement coquet , au premier sans entresol.

— ^Tute maries! s'écria Etienne aussitôt qu'il aperçut son ami. Bien sur tu te maries, toi"? Toi qui, comme moi, remerciais chaque jour Dieu de t'avoii' conservé célibataire eu te taisant Jiaîlre reulier?

■ — Je me marie, et tu ferais comme moi s'il pouvait y a\(>ir (li'iix Rosine daus le monde, l'éjxnulil Jac(pies.

— Ah! elle s'appelle Uosiue?

- Rosine de h'ernange. Ouelle ienuue, mon ami! I^lle a toutes les grâces, comme elle a toutes les veilus de son sexe.

— Cest-H-diie (|ue tu eu v> amoureux?

— Je lui it'uds justice... D'ailleurs lu la \erras,

— Oii donc as-tu rencontré celle mer\eille'.'

— Ici, rue de I^'ovence, 4(1, au premier. Vli! Etienne,

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(|ii(' lii laiirais adori'c si lu l'aNais mic comiiic moi! ('Jia(|ii(' jour Rosine allait à la messe de .Notrc-Dame-dc-l^orcilc", sa paroisse ; jamais on ne la surprenait au bal, au eoncerl, au théâtre; sa charité soulageait les lualheurenx dans Tomhre ; mdie visit(^ chez elle. Ah! ([ue de |)eine j'ai (Mie à me faire admettre" dans soji délicieux jX'tit ermitage ! Si je n'avais pas eu de cheveux gris , ])eut-èti'e n'y serais-jc jamais parvemi.

— Voyez ])ourtant à quoi tient le bonheur! En voilà \\u qui était suspendu à une nuance! s'écria Galabei't.

— Quel langage! Ab! mon cher Etienne, tu ne sais donc plus honorer la vertu?

— Pardonne-moi, mon cher Maubertin , j'oublie toujours qu'un témoin doit être sérieux quand même; mais la gravité ne tardera sans doute pas à venir, j'ai déjà l'habit de l'emploi. Cependant permets-moi encore une question ; tu m'as dit le nom et les vertus de ta prétendue, mais tu ne m'as rien dit de son état social. (Jui est-elle? tille ou veuve, l'iche ou j)auvre?

— Madame de Eernange est veu\e d'un lieulenaiilgénéral mort en Afrique,

— Mon ami, ne te semble-t-il pas que l'AfrKpie lue trop d'olliciers-généraux? Les veuves de la jeune armée se multiplieni à l'aire peur.

— Madame de Eernange a du bien du côté de sa mère, une terre en Bourbonnais, où sa famille était fort consid(''i(''e.

— Noblesse d'épée sans doute? reprit Etienne iwrc un sourire que ne vit pas Jacques Maubeilin.

— Noblesse de robe, répondit sérieusement le |)i-(''teMdu. Mais suis-moi, et je te ])résenterai à ma Uosiue.

— Va donc, Almaviva.

Madame Rosine de Fernange se tenait dans nn boudoir giis-])('rle rehaussé d'or; c'était une femme blonde, fivle, délicaie; ses cheveux bouclés a l'anglaise descendaicn! jusque sui- sa poitrine ; et ses yeux bleus, le plus souvent baissés vers la ferre, ne se relevaient (|ue pour irgarder le eiel; mais elle avait le nez pointu et les lèvres miiu^es. I'>lle accueillit Etienne Galabert avec un sourire charmant, et nn instant son l'cgard glissa sur le visage du c(''lil)alaire a\ec la rapidité d"un éclair. Bi(>ntôt Jacques Mauherlin se retira, voulant, disaii-il. leni' laisser toule liiterle de l'aire connaissance.

Madame de Fernange , bien (pie modeste et toute pleine de timidili', avait Tespril alerle e( la j)arole facile. La conversation fui pronq^tement engag(''e enli-e elle et Fllienne (ialaberl. 1ji deux benres. ceti(^ c(inv(n^sation fit le tour du monde; de la Madeleine à la iîaslille il n y avait qu'une re|)!i(pie. cl Ion se promena an iravers de Paris à vol de parole.

Mais, c[noi ([u il dît. cl de quebjue fornude quil seservîl, au |M'emie!" mol (pii ne scnitait pas loitliodoxie, madame Kosiiie de Fernange ramenait Etienne Galabert au sentier de la vertu. (Juand le célibataire se cabrait sons les admoneslalions de la jeune veuve, elle lui picnail la main avec im sourire mignard ; le célibataire se pencbail et baisai! celle main (ju'on lui abandonnait un instaul.

-— Ob', je vons convertirai, lui disait-on.

Dans c(^s moments-là. quand il sentait sous ses lèvres la peau line cl Inslri'c de la jcnnc^ piaule. b]lieime Galabert ii"(''l,iil |.as loin d'clre IoiicIk' par la grâce. Gejtendanl

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.l;u'([ii('s .Maiilx'rliii rciilia, cl le c'('lil)alaii(' piil congô de Miadaini' de l'cnian^c.

— I']li l)i(Mi 1 (jn (Ml dis-lii'? s"(''ci'ia le prciciidii (juand d '■ Inrciil si'ids.

— Jo dis que la Hosinc (>sl une losiric. A un (diàlcaii elle prclci'c une (iiannucrc; à lU) linhd . une luaisonncltc ; à une calcclic . la pruuicuadc au lond des Itois . à piiui. niais

— (lui. (|uaii(l le second csl moi, son l'idur mari. Oli' je nioiiorc rien; je sais (jue madame de Kernanj^i' |)i(''rere à nn hal le coin du l'eu; à un manlcaii de \(donrs. un chàlc de laine; à des laquais ])oudr(''s, nue honne eu soc(|iies; aux vaudevilles de MM. Duvert el Lausanne, les homélies de M. 1 alihe (iombalol; aux jdaisirs cU'^ eaux, les soins de son ménage. Bref, (die a les grâces d'iuie païenne. uni(^s à I à me d "nue abbcsse.

— Dialde! que de vérins cIk^z une l'emme si jetme el si |(>li(^ !

— Va eel ange \a ni a|)|)ai'leiiir. a moi. (|ui ai (|uaraiile ans d(''jà el seulemenl (|uaranle mille li\res de renies avec. Mais, mon ami. si nous troiiNons une aiilre Uosine. cidle-la sei"a pour loi.

— Merci, monclier; jai failli me marier il va dix ans. el j'ai rompn les n(''>focialions . loul simj)lement j)arce (pie ma femme avail trop de (pialilcs. Or. la lianci'c en a deux lois davanlage ; c'csl (pialre lois plus (pi il n en laiil.

Le lendemain, i^li(Mmc relomiia chez madame de l'einange. el le coniral lui sigiu' le soir nu'ine. .Iac(|ues se demandail si Dieu . vonlaul l'aire un miracle en sa laveur, n avait jias \o'^v le paradis rue de i*ro\enc(>.

Deux jouis après, Etienne Galabert s'absenta pour un vovafïo. A son retour à Paris, vers la fin de l'hiver, il n'eut rien de pins pressé que de se rendre chez Jacques Maubertiii.

Aussitôt qu'il l'apeirut, Jacques Maubertin lui tendit la main. Hélas! que le pauvre homme était changé! La pâleur s'étendait sur ses joues; un cercle bleuâtre entourait ses |)au])ières; un triste sourire errait sur ses lèvres.

— Es-tu malade? s écria Etienne.

Xon; mais je suis marié, répondit Jacques.

— Quoi ! ton archange?...

— Est un démon.

— Ecoute , mon ami Jacques ; je crois que tu exagères encore ; si je ne crois pas aux séraphins , je ne crois pas non |)lus aux diables. Je veux bien supposer, puisque tu l'exiges, que ta femme n'est pas la Sain te -Vierge; mais encore permets-moi de n être pas convaincu que ce soit Lucifer.

— C'est au moins son cousin, Astaroth ou Belzébuth.

— Quoi! l'héritière d'une famille de noblesse de robe du

Bon

rnonnais:

— Belle noblesse, ma foi! Pour jendre service à leurs amis, son père et "^sa mère aunaienl du calicot dans un faubourg de Moulins.

— La veuve d'un lieutenant-général!

— Lieutenant, oui; mais général, non.

— Une femme qui a des goûts si modestes !

— Begarde : elle marche sur l'aubusson, s'assied sur le velours, se couche dans la batiste.

— Elle qui ne voulait qu'un pauvre chàle de laine!

— Pourvu que cette laine vînt de (iachcMuire.

SOrVKNT SE TIKNT M'. DIAlîLK. 2.)

— Tii I;i caloiimics! lA\c a lioiTcur du \aii(l('\ill(' cl liciil le îiu'lodi'aïuc en al)omiiKiti()ii !

— Oui ; mais elle a sa lo^c au\ Italiens cl une aud'c a l'Opéra.

-— Elllo adorait le coin du l'eu !

— Elle le clierit eucoic. (juaud il \ a eiu<| cculs pcrsuiines à reiitoiu-,

— - Et sa passion poiu' les cliaiunièrcsct les uiaisonuedes ?

— Elle la nourrit toujours; ses albums en sont pleitis, chaumières à l'aquarelle et maisonnettes à la sej)ia.

— Une Rosine qui ne voulait vivre que })our ses enfants 1

— Elle n'en a pas.

— Une dévote qui prelere une bonne en socques a des laquais en poudn^!

— Aussi n'a-t-elle (jue des ^looius ou des chasseurs.

— Une veuve qui l'aisail li des eaux!

— Elle ne conq)te pas en j)rendre; mais elle est li-esrésolue à y aller. La vertu ])ropose, et la névrose disjidse.

— Elle qui ne conq^renait pas qu'on put user dune calèche !

— Sans doute, et c est pourcpioi elle a ])ris nu C(»uj;e. Tiens, mon ami, regarde.

En ce moment, les roues d'un brillant (''(|ui|)af;(' ('biaulei'enl les pavés de la cour. Madame .Maubertin desccudil paiement a[)puvéc siu' le hras (Vwn jeiuic lionuuc |^anlc et \erni connue une «gravure de mode.

Etienne mterro^ca du i-e|;ard sou ann .lac(pies.

— Oh! c est im cousin... .le lai a pciue \u... ^obles^(• déj)ée. celle-là; il es! . je crois, ollicM'i' de s|iahis à (!( irtantine.

DfclHHIEHE J,A CROIX, ETC.

Tout (Ml parlant, Jacqiu's s'approclia d uik^ ni;i<;iiili(HM' jardiiiicn' (|iii aiTondissait sa gcrhc de llciirs dans une embrasure de lenèlre; d inie main impatiente il >()u!nl arraeher une rose, mais mie épine lui déehira le doi^t.

Uliî lit-il en retirant sa main rougie de gouttes de

sang.

— C'est un symbole, mon ami. lui dit Klienne; si derrière la Heur se lient l'épine,

1) 1 1; m i: R E la croix souvEiNT sk tient le diable.

un'/ 1 , i / \^ SÇ ',. ^ \\* ' '

\\\ w\va\\\\\{ >\*:^ ^\^\v^\\<f \^> Vu^Y^^^\c^ ^ouV vm^.

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