‹ Cent proverbesChapitre 15 sur 257 · LAMOUR FAIT DANSER LES ANES · texte numérisé non relu

LAMOUR FAIT DANSER LES ANES

muniquent des femmes aimables auxquelles ils cherchent à phiire; Iransibrmés dans le commerce de ces enchanteresses, ils otTrent un caractère nouveau décoré d'un relief d'urbanité et de distinction qui fait d'eu\ des êtres charmants. C'est la métamorphose de l'âne de Lucien ou d'Apulée. Cet animal devient homme api'ès avoir brouté des roses.

On ne saurait nier d'après cela que l'amour ne soit un grand maître, mais il faut avouer aussi que, si cet habile maître apprend beaucoup de choses à ceux qui ne savent pas, il en fait oublier beaucoup à ceux ([ui savent. Ces deux propositions sont également vraies; la première a été démontrée par le proverbe précédent, la seconde va l'être par le suivant :

l'amour fait porter selle et bride aux plus grands clercs.

Celui-ci a dû son origine au fabliau dit le lai (VAn'stote, où il se trouve formulé à peu près dans les mêmes ternies.

Voici le canevas de ce fabliau, que j'ai retracé de mémoire, en le modernisant, parce que je n'avais pas le texte sous les yeux pour en donner une traduction littérale.

Alexandre le Grand, épris d'une jeune et belle Indienne, semblait avoir perdu le goîit des conquêtes. Ses guerriers en murmuraient; mais aucun d'eux n'était assez hardi pour lui exprimer le mécontentement général que sa conduite avait excité. Son- précepteur Aristote s'en chargea. 11 lui représenta librement, au nom de l'armée, qu'il ne convenait pas à un conquérant de négliger ainsi la gloire pour l'amour; que l'amour n'était bon que pour les bêtes, et que l'homme esclave de l'amour méritait d'être envoyé paître comme elles. Une telle remontrance, autorisée sans

Page 1