BONJOUR LUNETTES
qu'en amour on se voit abandonné de tout, sans qu'on veuille renoncer à rien.
Ces proverbes devraient être réservés pour les vieux barbons qui, possédés de la manie de se poser en verts galants, reluquent sans cesse avec des lorgnons ou des binocles toutes les jouvencelles à qui ils savent si bien faire tourner la tjte... de l'autre côté. On sent que l'application en serait déplacée à l'égard des jeunes gens pour qui les lunettes sont des objets de nécessité ou des objets de mode.
Ajoutons, puisque l'occasion s'y adonne, que la mode des lunettes fut très-répandue en Espagne, au commencement du xvii" siècle, sous le règne de Philippe III. Elles faisaient partie du costume des gens comme il faut qui croyaient, par cette nouvelle espèce d'insignes, se donner plus de gravité et obtenir plus de considération. Elles étaient proportionnées au rang des personnes. Les grands du pays en mettaient de magnifiques dont les verres présentaient une circonférence double de celle des piastres fortes, et ils y tenaient tant, dit-on. qu'ils ne les quittaient pas même pour se coucher.
Les dames, à leur tour, les avaient adoptées, parce que ce complément de leur parure signalait aussi la noblesse de leur condition, et surtout parce qu'il leur procurait une foule d'avantages qu'il serait trop long de spécifier; bornons-nous à dire que quelques-unes les portaient afin de passer pour lettrées ou savantes (c'étaient les précieuses du temps, aujourd'hui qualifiées de bas-bleus) , et presque toutes afin d'^mpècher les curieux indiscrets de chercher à lire dans leurs yeux les sentiments dont elles étaient affectées. Il n'y en avait point de jeunes et jolies qui ne fussent dans cette catégorie.