TOUT CE QUI RELUIT N'EST PAS OR
haute importance : c'est qiie les petits ont tort d'envier la condition des grands, qui est loin d'être telle qu'ils se l'imaginent, et qui cesserait bientôt d'exciter leur envie, si la vérité, déchirant le voile de l'apparence, leur montrait ce qu'ont à souffrir ces grands dont le malheur réel est caché sous les dehors séduisants du bonheur.
Mais ce n'est pas dans cette philosophique acception que le proverbe est ordinairement employé. On s'en sert presque toujours, au propre comme au figuré, poiu" désigner toute espèce de clinquant; et Dieu sait de combien d'applications il est susceptible dans l'époque actuelle, oir tant de gens, possédés de la manie de paraître plus cpa'ils ne peuvent être, cherchent à en imposer au public par l'éclat extérieur de leur situation, qui n'est au fond que ce qu'on appelle luxe et indigence, ou bien misère et vanité.
Ces gens vains aux dépens de leur aise, suivant le mot de Montaigne, qui se soumettent à des privations cruelles et à des dépenses au-dessus de leurs moyens pour soutenir leur rôle sot et ridicule, étaient surnommés au moyen âge martyres sœculi, — martyres diaboli, — martyrs du siècle, — martyrs du diable.
Les Italiens disent d'eux, par une expression à la fois pittoresque et originale, qii ils tirent leur carrosse avec les dents, — firanno la carrozza coi denti.
Les Danois adressent ce proverbe simple et piquant aux glorieux qui afllchent un luxe et des prétentions audessus de leur état, dans l'espoir de passer pour des êtres de seconde majesté : Il vaut mieux ressembler ci ses égaux cfuau roi. — Bedre at vcere kion liige end kongelig.