‹ Cent proverbesChapitre 30 sur 257 · TROUVE SON NID BEAU · texte numérisé non relu

TROUVE SON NID BEAU

vée ! Ce sont les doigts de Colette qui ont préparé la laine sur laquelle s'étendront mes petits. Je ne crains ni le hihou qui loge à ton côté, ni le chat qui rode sur la gouttière, ni la pluie, ni l'orage, ni le vent. Il n'est pas de nid t)lus lieau que le mien.

Le moineau répondait à la fauvette :

— J'ai ramassé les lleuis fanées que Colelte laisse tomber chacjue soir de ses cheveux, et avec leurs tiges entrelacées j'ai Làti mon nid ; je l'ai garni avec le duvet dont le printemps couvre les jeunes saules. C'est un abri sijr et impénétrable , d'où ma famille s'élancera pleine de force et de gaieté. Mon nid est celui d'un oiseau libre, il est plus beau que le tien.

Du haut du toit, une hirondelle éleva la voix :

— Vous ne savez ce que vous dites, gazouillait- elle aux fauvettes et aux moineaux. Mon nid est fait de ciment

comme une forteresse; les tirchitoctes les plus liabiles n'ont rien à lui comparer pour la hardiesse de sa construction; le soleil le dore le premier à son lever, et son dernier rayon s'arrête sur lui avec complaisance. IMon nid est le plus beau de tous les nids.

Colette écoutait tous ces discours en souriant.

— La l'auvelte. disait-elle, s'endort sur la laine que je lui ai préparée ; le moineau est fier parce qu'il cache sa couvée dans mes vieux bouquets; l'hirondelle s'enorgueillit de sa citadelle aérienne , mais ma demeure est bien plus jolie que leurs nids. Commela lumière se joue gaiement au milieu de mes fleurs ! La vigne qui grimpe me fait un rideau de ses jets capricieux ; je vois la rivière qui coule il travers la claire feuillée, et le vent m'apporte avec le frémissement des arbres les sons de la musette de Colin. La fauvette, le moineau et l'hirondelle ont beau se vanter, ils ne sont pas mieux logés que moi.

Et Colette, jetant autour d'elle un regard de satisfaction, se tut pour écouter : c'élait l'heure sans doute oii (^olin confiait à l'écho les accents de sa chanson amoureuse.

JMais la pauvre musette aura bien de la peine ii se faire entendre aujourd'hui ! Le seigneur du village revient de la chasse ; les piqueurs crient, les chiens aboient, la fanfare retentit. Le seigneur est monté sur un magnifique cheval blanc; une chaîne d'or brille à son cou, son œil est fier, et sa plume rouge flotte au vent.

Il s'arrête,- comme d'habitude , sous la fenêtre de Colette, et pour la saluer il ôte son chaperon.

— Que faites-vous ainsi toute seule dans votre chambrette, la belle fille aux yeux bleus? Ne vous ennuyez-vous point enti'c ces quatre murs tristes et nus ? Venez dans

TROUVE SON NID BEAU. (i.t

mon palais , je vous donnerai des pages ; je remplacerai par des perles les fleurs qui sont dims vos cheveux ; aujourd'hui vous n'êtes qu'une bergère, vous serez duchesse demain si vous consentez à quitter votre chaumière.

— Et pourquoi , répondit Colette , quitterai-je ma chaumière? Non, Monseigneur, je la trouve plus belle que vos palais. A quoi bon les diamants, quand on a les lleurs de la prairie ? A quoi servent les titres, quand on a déjà le bonheur? D'autres recevront avec plaisir vos iiommages. elles seront heureuses et fières d'être duchesses, moi je veux être toujours votre vassale, lAlonseigneur. Je viens de l'apprendre tout ii l'heure, chaque oiseau trouve son nid beau ; moi, je dis comme les oiseaux, et je reste dans ma chambrette.

L'écho lointain répéta les sons d'une musette. On eût dit que Colin chantait pour remercier Colette.

Le seigneur s'était éloigné triste et baissant la tête, car il aimait la jeune lille.

La bergère descend pour se mêler aux danses qui teiminent les travaux de la journée. Jamais le ménétrier n'a été plus en train. Voici l'instant où le danseur embrasse sa danseuse; on s'arrête un instant, puis la danse recommence. Le gai ménétrier fait entendre une seconde fois le trille impératif; il faut que tout le monde obéisse. La ronde villageoise a noué la main de Colette à celle de Colin; elle rougit, son sein palpite; le berger, non moins ému, presse doucement les doigts qu'on lui confie ; il l'entraîne sous l'ormeau, il lui peint son amoureux délire, il lui parle des dangers que l'amour du seigneur lui fait courir ; il est si pressant, si tendre, si éloquent, que la jeune fille ne lui répond que par des soupirs. — A ([uand notre mariage . Colette? — .V demain. Colin.

Dix. heures sonnent à l'horloge de l'église. Les fauvettes se sont endormies sur leur édredon , les moineaux sur leur litière de lleurs ; l'hirondelle, pour èlre prête au premier signal d'alarme , montre sa tète vigilante au créneau de sa tour ; le hibou lui-même quitte à regret le nid qu'il aime pour eflleurer les toits de son aile cotonneuse ; le repos descend sur le village. Après ce qui vient de se passer, la demeure de Colette lui semble encore embellie. Elle fait sa prière et s'endort en pensant a son bonheur du lendemain.

L'essaim des songes heureux s'abat sur les chaumières; taudis que les paysans dorment , le seigneur du village veille seul, et, jetant un regard dédaigneux sur ses vastes appartements, que Coletle n'a pas voulu habiter, il s'écrie: Sans elle, je ne pourrai jamais dire:

CHAQUE OISEAU TROUVE SON MU IlEAU.

Jamais grand nez n'a gâté beau visase.

Page 1