‹ Cent proverbesChapitre 65 sur 257 · MOINE QUI DEMANDE POL'R DIEU · texte numérisé non relu

MOINE QUI DEMANDE POL'R DIEU

laquelle on la voyait; et un jeune homme mis avec une simplicité pleine de distinction. Ces trois personnes déjeunaient; les tièdes rayons d'un soleil du mois de mai ëtincelaient sur les cristaux, qui renvoyaient des gerbes diamantées. Dans une chambre voisine, on enlendail une voix, claire et vibrante qui chantait sur divers tons :

Oh! oli ! oh! qu'il était beau Le postillon de Lonjumeau!

— Ce cher enfant ! il s'amuse, dit la dame en tournant vers la porte entre-bàillée un regard plein de sollicitude maternelle.

— Eh ! notre Alfred court sur ses onze ans, s'écria le monsieur. Tandis qu'il s'aïuuse, nous devons penser à son avenir; il est temps d'y songer. Qu'en ferons-nous?

— Faites-en un philanthrope, répondit le jeune homme.

— Un philanthrope? dit la dame en lançant un regard interrogateur.

— Eli! ne voyez -vous pas, ma chère ITorlcnse, que Georges en veut toujours à ce digne 31. de Suriac, dont je lui citais tout à l'heure les admirables traits de chariié.

— Une charité qui ne l'empèthe pas de vivre en un fort bel bùlel.

— Ne voulez-vous pas que. par bonté d'àme. il se loge dans un grenier? 3Iais tenez, j'ai justement à parler ;i M. de SutMac pour affaire qui concerne le bureau de bienfaisance de son arrondissement ; accompagnez-moi dans ma visite; vous verrez cet honnête homme, vous l'entendrez et le jugerez mieux. • ■ '

— Soit, dit Georges, je ne serai pas fâché de voir la philanthropie de son intérieur.

y\. et madame de Plantade se levèrent de table, la

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(lame en souriant, le monsieur en i:>Tommelant; et bientôt tous les trois se dirigèrent, par les Tuileries, vers la rue tie Verneuil, où demeuraient M. et madame de Suriac.

Ï\I. de Plantade laissa sa femme au salon chez madame de Suriac, et pénétra, avec son neveu, dans le cabinet du mari.

Ce cabinet, grand et bien aéré, avait vue sur un jardin planté d'arbustes exoticjues et de magnifiques tilleuls. Tout autour de l'appartement s'élevaient des casiers remplis de cartons, et sur les murs, tapissés d'une étoffe brune, on voyait divers plans d'édifices et des vues de monuments d'un aspect sévère. M. de Suriac se tenait assis derrière un bureau à cylindre surchargé de paperasses et de dossiers. C'était un homme encore vert, portant lunettes; sur son habit noir brillait la rosette d'olllcier de la Légion d'honneur.

— Toujours occupé! dit ,M. de Plantade en entrant.

— Eh ! mon Dieu! il le faut bien ; la misère est si grande cette année que toutes mes heures sont dues à nos pauvres. Je rédigeais un mémoire au ministre pour solliciter l'établissement d'une maison de secours en faveur des femmes de chambre sans emploi. A quels dangers ne sont pas exposées ces infortunées dans une ville oîi la corruption fait chaque jour de nouveaux progrès !

— Ce sera une bien sage institution, dit Georges gravement.

— iM. de Plantade, à qui j'en ai parlé, pourra vous en faire apprécier l'injportance. Mais puisque vous vous intéressez à ces matières, permeltez-moi, monsieur, de vou^ faire hommage d'un volume que j'ai naguère publié sur l'utilité d'une maison de refuge pour les postillons mis à la réforme par les chemins de fer.

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